L'électrochoc Pauline Marois

La candidate à la chefferie propose des changements profonds au PQ

Pauline Marois - le couronnement


Les députés péquistes François Legault et Camil Bouchard ainsi que le député du Bloc québécois Réal Ménard ont chaudement applaudi à la candidature de Pauline Marois qui a provoqué hier un véritable engouement. Après une semaine de turbulences au sein du mouvement souverainiste, l'événement avait des airs de couronnement avant même que la course à la direction ne débute officiellement.
Photo: Jacques Grenier
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Bousculé depuis une semaine, le Parti québécois a reçu hier un autre électrochoc. Pauline Marois a annoncé sa candidature à la direction du parti en proposant de procéder à des changements profonds: mettre en veilleuse la mécanique référendaire, s'adapter aux aspirations des Québécois et renouer avec le nationalisme identitaire.

Après 18 mois d'absence sur la scène politique, c'est une Pauline Marois souriante, l'oeil pétillant, qui a prévenu les militants péquistes que c'est d'un «parti renouvelé» qu'elle veut être cheffe. «Un parti qui ne répond pas à une nécessité évidente se condamne à la marginalité et peut même se condamner à la disparition. Il y a un immense travail d'écoute à faire, et je sais que je peux le faire», a-t-elle déclaré entourée de quelques dizaines de députés du PQ et du Bloc québécois.
Le changement d'approche que propose Mme Marois apparaît comme une condition pour celle qui en est à son troisième essai pour prendre les rênes du PQ. Il est plus que temps, selon elle, que le PQ rompe avec les sempiternels débats sur la date d'un référendum (que ce soit les 1000 jours de Bernard Landry ou la formule récente d'André Boisclair du plus tôt possible dans un prochain mandat). C'est un piège, a fait valoir Mme Marois.
«Je propose que nous mettions de côté l'échéancier référendaire pour travailler sur le projet de pays, l'expliquer, en discuter et écouter les gens sur la façon dont ils le voient. Si on me choisit comme chef de ce parti, c'est aussi cette orientation-là que l'on choisit», a clairement indiqué Mme Marois.
Avant de présenter brièvement son programme, Pauline Marois a salué le chef du Bloc, Gilles Duceppe, qui la veille a surpris tout le monde en se retirant de la course moins de vingt-quatre heures après avoir annoncé son intention de briguer la chefferie péquiste. «Gilles, cela te grandit. Merci», a affirmé Mme Marois.
Les coups de théâtre se sont multipliés dans les rangs souverainistes depuis une semaine. André Boisclair a d'abord déclaré que M. Duceppe travaillait en sous-main pour le remplacer. Gilles Duceppe s'en est défendu. Puis, mardi dernier, André Boisclair tire sa révérence. Des candidats sont pressentis pour le remplacer. Vendredi, Gilles Duceppe prend de vitesse Pauline Marois et annonce sa candidature. Mais la riposte de Mme Marois arrive quelques minutes plus tard: elle sera aussi de la course à la direction.
Puis, en fin d'après-midi samedi, M. Duceppe a diffusé un communiqué de presse annonçant qu'il se ralliait à Mme Marois, vaincu par «l'importante et rapide récolte d'appuis de Pauline Marois». Dès lors, M. Duceppe a indiqué vouloir demeurer à la barre du Bloc, une question soumise dès aujourd'hui au caucus bloquiste.
Retour au discours identitaire
Hier à Longueuil, Pauline Marois a dit avoir pris acte de la «sévère défaite» infligée à sa formation politique le 26 mars. À ses yeux, le PQ doit saisir l'occasion pour se recentrer, ce qui, précise-t-elle, ne peut être confondu avec un virage à droite. À l'inverse, se radicaliser constitue «une recette assurée pour la marginalisation, pour le suicide», a-t-elle affirmé. Pauline Marois propose plutôt de tendre vers un État plus efficace.
Le PQ doit mettre le cap sur la prospérité économique dans une perspective de développement durable, croit-elle. C'est une «condition essentielle pour faire avancer l'égalité des chances, pour financer les services publics et bâtir la vraie solidarité», a soutenu Mme Marois. «Vouloir moderniser l'État n'est pas anti-social-démocrate et n'est pas en contradiction avec la poursuite du projet souverainiste», a-t-elle ajouté.
Mme Marois a également teinté son discours de nationalisme identitaire. Depuis la défaite au référendum de 1995, le PQ et le Bloc avaient délaissé cette voie pour parler dorénavant de nationalisme civique. «Les valeurs que nous partageons, toutes origines confondues, nous les connaissons: nous sommes des francophones avant tout, solidaires et démocrates, tolérants mais désireux du respect de notre identité», a déclaré Mme Marois qui a aussi cité la famille comme le pilier de sa proposition politique.
Cette dernière s'est défendue d'aller sur le terrain de prédilection de l'Action démocratique du Québec, alors que Mario Dumont a fait ses choux gras tant du nationalisme découlant des accommodements raisonnables que des besoins de la famille lors de la dernière campagne électorale. «Nous ne devenons pas autonomistes à partir d'aujourd'hui», a précisé Mme Marois.
Les députés Daniel Turp et François Legault se sont réjouis d'un tel changement de ton. «On s'est éloignés de ce que veulent les Québécois. Il faut renforcer notre identité», a dit M. Legault. Ce dernier a dit apprécier la détermination de Pauline Marois à miser sur une gauche efficace, à l'instar des partis de centre gauche de l'Occident, qui ne renient pas pour autant leurs valeurs profondes de justice sociale. «En 2003, on a eu une défaite et on n'a peut-être pas eu le courage de changer les choses», a-t-il fait remarquer.
Quant à la possibilité que les changements proposés n'enchantent pas l'aile orthodoxe du PQ, M. Legault a rappelé que l'objectif n'est pas «de faire l'unanimité, mais le consensus».
L'emballement des partisans présents à ce qui devait être une conférence de presse et qui s'est transformé en un rassemblement militant ne trompait personne. Pauline Marois a été accueillie par quelque 200 personnes qui ont spontanément chanté: «Ma chère Pauline, c'est à ton tour...»
Puis les nouveaux députés Pierre Curzi et Bernard Drainville ont fait de courts discours pour présenter la candidature de Mme Marois. M. Curzi a notamment lu la missive d'appui envoyée par la présidente du Parti, Monique Richard, ainsi que celle de la députée Louise Harel.
Le député de Borduas a également souligné qu'il est maintenant temps que le PQ modifie sa traditionnelle formule de «sortir, parler et convaincre» pour celle de «sortir, écouter et agir». De son côté, M. Drainville a affirmé que Mme Marois «va se mettre à l'écoute des idées nouvelles dont nous avons besoin».
L'époux de Mme Marois, Claude Blanchet, qui a dirigé la Société générale de financement entre 1997 et 2003, s'est dit très fier de son retour en politique. «Ça ne prenait qu'une petite étincelle», a-t-il assuré.
D'ailleurs, Pauline Marois semblait hier portée par beaucoup de fébrilité. Rien ne semblait l'atteindre. À ceux qui ont tenté par le passé de réduire ses compétences à animatrice sociale, elle dont la feuille de route est impressionnante (elle a dirigé notamment les ministères de l'Éducation, de la Santé, du Trésor et des Finances), elle a rétorqué avec le sourire que c'est là un rôle passionnant. Et quand on lui a souligné qu'elle pourrait devenir la première femme au Québec à être chef de parti, elle a lancé: «C'est un beau risque.»


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