PQ : un drame existentiel

Trois chantiers de modernisation, deux chefs et une saison des idées plus tard n'ont pas suffi à relancer le parti souverainiste

PQ - état des lieux et refondation


Champion des psychodrames, le Parti québécois a étalé cette semaine pour une énième fois ses désordres internes sur la place publique. André Boisclair parti, le PQ se retrouve donc encore plongé dans une course au sauveur, un exercice qui pourrait peut-être bien illustrer à quel point il y a péril.
En mars dernier, en pleine campagne électorale, un travailleur d'usine avait apostrophé Jean Charest en raison de ses promesses non tenues. C'est la colère contre les libéraux qui avait surtout retenue l'attention. Mais un autre aspect du discours de cet homme et de ses collègues touchait pourtant au coeur de la désaffection qui allait frapper le PQ le jour du scrutin. «Je suis pour la souveraineté, mais à en entendre parler tout le temps quand il n'y a rien qui se passe, tu te tannes, tu t'écoeures», avait expliqué un des travailleurs.
Le commentaire n'a rien d'anecdotique. Pour le communicateur-conseil Michel Fréchette, les grands déchirements péquistes viennent «exacerber le détachement de la population à l'endroit du Parti québécois». «Le Parti québécois ne mérite ni Gilles Duceppe ni Pauline Marois, soutient M. Fréchette. C'est un parti qui est complètement indiscipliné parce que tout le monde veut avoir raison et considère que le chef n'est pas différent des autres. Quand ce sont les soldats qui dirigent la guerre, ils perdent la guerre.»
Le jour de la démission d'André Boisclair, mardi, l'ancienne ministre péquiste Lise Payette disait ne pas souhaiter à son pire ennemi de devenir chef du Parti québécois. Elle relevait la tentation pour chaque militant de faire valoir son point de vue sur toutes les tribunes.
Les égo
Le PQ évolue dans un système peuplé d'ego qui menottent le chef et le bâillonnent. Lorsque M. Boisclair a été élu en novembre 2005, il a pris acte du programme que les militants avaient remanié quelques mois plus tôt. Il n'y avait aucun espace pour que le nouveau chef puisse laisser sa marque. Et en se concentrant sur le changement de messager, les péquistes risquent maintenant d'oublier l'essentiel, c'est-à-dire revoir le message. Pointer le chef pour justifier son propre immobilisme ne peut être rentable, croit Jean-Herman Guay, professeur de science politique à l'Université de Sherbrooke.
«Le problème du PQ, et c'est souvent le problème de bien des intellectuels, c'est que les militants sont habités par la conviction que les gens n'ont pas compris. Tant que le PQ sera habité par cette prétention-là, il ne comprendra pas le monde. Et se livrer en public à un tel chamaillage, c'est pire que pire. Ils ont l'air d'enfants incapables de s'entendre. Ils perdent toute crédibilité», fait-il valoir.
Ces dernières semaines, les présidents de comté, les porte-parole des différentes instances ont pris d'assaut l'avant-scène. Mais cette façon de faire est devenue agaçante pour la population, croit Michel Fréchette. «Un pays, c'est une marche. Ça prend quelqu'un qui ouvre la marche et qui indique le chemin pour s'y rendre», rappelle Michel Fréchette, qui estime que la culture organisationnelle du PQ est complètement dépassée.
Le risque de dérive
Le député du Bloc québécois Louis Plamondon est allé plus loin cette semaine. Il a dit que «ce qui manque le plus au PQ, c'est un chef qui imposerait une discipline, qui botterait le derrière à certains, qui ferait en sorte que le parti pourrait aller de l'avant sans s'entredéchirer».
Il semble bien que ce soit là un des problèmes qui sclérosent le PQ. Mais il y a aussi la montée de l'Action démocratique du Québec et le vieillissement des membres péquistes, croit Jean-Herman Guay. «Il y a un risque sérieux de dérive du Parti québécois. Ce n'est pas seulement la démission de M. Boisclair, mais un ensemble d'éléments qui convergent dans une seule et même direction», fait valoir M. Guay.
Au lendemain de la défaite électorale de 2003, ce politologue avait assené tout un coup aux troupes péquistes en leur déclarant que le Parti québécois est le parti d'une génération. Trois chantiers de modernisation, deux chefs et une saison des idées plus tard n'ont pas suffi à faire le grand ménage auquel invitait M. Guay.
À ce rythme-là, le PQ semble se destiner à une position de tiers parti pour encore quelques années, estiment les observateurs de la scène politique. Les difficultés actuelles risquent d'en engendrer d'autres, notamment au chapitre du recrutement de candidats et du financement.
Dans ce contexte sombre, Michel Fréchette soutient que la «cause souverainiste est bien mal prise avec le PQ», qui n'a plus rien «d'inspirant». Il plaide pour que le mouvement souverainiste retrouve la pureté à l'origine de son idéal en dehors du Parti québécois. «La cause serait peut-être mieux servie dans des mouvements qui n'ont pas à s'embarrasser à court terme de la politique politicienne du PQ», suggère-t-il avant d'ajouter: «Pour renaître de ses cendres, il faut d'abord brûler!.»
Jean-Herman Guay l'exprime moins crûment, mais l'idée est la même: «La force d'un général d'armée, ce n'est pas seulement de remporter des victoires, c'est aussi de savoir se replier. Le défi pour les souverainistes consiste à se replier. Ils ont toujours cru que leur mouvement était en expansion. S'ils ne réussissent pas ça, la débâcle les attend», prévient-il.
Le Bloc
Mais le Parti québécois n'est pas le seul à se trouver sur une pente descendante. Selon un sondage CROP publié au début du mois, les intentions de vote du Bloc québécois ont littéralement chuté, atteignant 28 %. Le mouvement souverainiste à deux têtes ne convient peut-être plus à la conjoncture actuelle, laisse entendre Jean-Herman Guay. Ce qui semblait être un avantage est en train de devenir un inconvénient.
«Deux organisations, c'est très exigeant. Tout est en double: les militants, les campagnes de financement, les candidatures et même les gaffes. Quand ça va mal, il y en a un de trop. [...] Si entre les deux il y a une économie d'énergie et de militance à faire, c'est le Parti québécois qui restera et c'est le Bloc qui disparaîtra. De sorte que, pour M. Duceppe, le leadership du PQ pourrait être une porte de sortie adéquate», explique M. Guay.
Ébranlé, bousculé et écorché, le PQ serait-il en mode survie? Il reste encore des membres du PQ pour croire que la crise actuelle est une occasion de redressement et même de changements profonds. Michel Seymour, professeur de philosophie à l'Université de Montréal et membre du SPQ-libre, le club politique au sein du PQ, n'a rien perdu de sa foi. Il brandit la voie de l'affirmation nationale, non pas dans sa forme traditionnelle qui met en veilleuse l'option souverainiste, mais dans celle qu'il associe au «souverainisme d'ouverture».
«Il faut repenser l'idéal du PQ d'avoir un pays en établissant d'abord les exigences minimales dans la fédération. Ça va redonner tout son sens et sa légitimité à l'approche souverainiste», estime M. Seymour, pour qui l'heure n'est plus au romantisme. Il espère ainsi que le remue-ménage en cours conduira à un véritable remue-méninges.
M. Seymour reconnaît que sa proposition flirte avec l'autonomisme de Mario Dumont. Et le PQ peut emprunter cette voie tout en restant bien campé au centre-gauche, croit-il. «Ceux qui sont réticents à voir quelqu'un de centre-gauche apparaître et qui préconisent pour la survie du PQ qu'il bouge vers la droite, ce sont les fossoyeurs du PQ. Placés devant trois partis de droite, les citoyens vont choisir les vrais, pas les improvisés», fait valoir le philosophe péquiste.
Mais Jean-Herman Guay se demande bien qui peut relever ce défi. Si les partis politiques se redéfinissent quand ça va mal, le Parti québécois a raté le bateau après la défaite de 2003. Le sursaut du scandale des commandites et la baisse de la satisfaction de la population à l'endroit du gouvernement Charest avaient créé l'illusion que l'équipe péquiste pouvait rebondir au pouvoir. Michel Fréchette constate que, quatre ans plus tard, le PQ ne s'est pas défait de ses vieilles habitudes de se donner en spectacle: querelles, trahissons, sautes d'humeur et états d'âme. «Mais cette fois-ci, c'est peut-être une fois de trop. La cause souverainiste, c'est le peuple qui doit se l'approprier», lance-t-il.


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