L’arme politique

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Harper ou le bal de l’incohérence

« Armez-vous, citoyens, si le poste de police est trop loin ! » Absurde ? Totalement, mais c’est ce qu’on peut déduire des propos tenus la semaine dernière par le premier ministre Stephen Harper.

« Ma femme vient d’une région rurale où, évidemment, la possession d’une arme à feu n’était pas que pour les besoins de la ferme, mais aussi pour assurer un certain niveau de sécurité lorsqu’une assistance policière immédiate n’était pas disponible », a-t-il dit.

Pardon ? Le droit à la légitime défense a ses limites. Après tout, tuer quelqu’un peut entraîner une longue peine d’emprisonnement. Ce n’est pas un détail.

Cela fait toutefois un moment que le premier ministre et son équipe ne s’embarrassent plus des détails pour défendre leurs politiques et augmenter leurs appuis. C’est encore pire depuis que la peur est devenue la reine de leur arsenal.

La peur de meurtriers dangereux, de la menace terroriste, de la belligérante Russie, de l’atteinte à nos valeurs par ces femmes portant le niqab, tout cela nous a valu depuis quelques semaines des lois plus musclées que nécessaire, des déclarations incendiaires et même mensongères.


Le projet de loi visant à incarcérer jusqu’à ce que mort s’ensuive des meurtriers qu’on dit dangereux est présenté sans aucune donnée démontrant sa nécessité. La menace terroriste est réelle, mais on ne cesse de la dramatiser pour mieux justifier la démesure du projet de loi antiterroriste C-51.

Là encore, le gouvernement n’a présenté aucune analyse démontrant l’insuffisance des pouvoirs actuels de la police ou des services secrets. Tous les complots déjoués au Canada, les accusations portées et les condamnations obtenues l’ont été en vertu des pouvoirs existants.

Ceux qui critiquent sont qualifiés de « soi-disant experts ». On met en doute leur crédibilité sans presque jamais répondre à leurs questions. Et on ment. Le ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, a ainsi affirmé que la loi accorderait aux services secrets des pouvoirs qui existent ailleurs alors que ce n’est pas le cas.

Quand il est question de la mission en Irak, on soutient que les membres des forces spéciales ne sont pas au combat, même lorsqu’un d’entre eux trouve la mort à 200 mètres du front. Mais lorsqu’un navire déployé en mer Noire fait face à un lointain vaisseau russe, le ministre de la Défense, Jason Kenney, n’hésite pas à parler d’« affrontement ».

Lorsque l’OTAN a contredit ses dires, le ministère de la Défense est venu à la rescousse en déclarant que le navire en question « a suivi le NCSM Fredericton à une distance de six kilomètres ». À 200 mètres du front, ce n’est pas être au combat, mais à six kilomètres, c’est un affrontement. Cherchez l’erreur.


Dans le climat actuel où les musulmans se sentent stigmatisés, le gouvernement ne fait rien pour atténuer le sentiment d’insécurité, calmer les esprits et contrer les préjugés. En fait, il exploite plutôt les émotions pour marquer des points. Le prétendu débat sur le niqab en est un bel exemple.

Il se fait sur le dos d’un petit groupe de femmes dont on ignore, la plupart du temps, les raisons qui les poussent à se couvrir le visage. On peut être contre le niqab et souhaiter son interdiction, mais cela doit se faire dans le respect des droits. Et de la loi.

La décision de la Cour fédérale que le gouvernement Harper a décidé de contester n’est pas fondée sur la Charte des droits et libertés, mais sur le respect des règlements et de la loi gouvernant le serment de citoyenneté. Ces derniers accordent au juge qui officie un pouvoir discrétionnaire pour respecter les convictions religieuses des participants. Cela ouvre la porte à l’autorisation du niqab.

En imposant une directive interdisant ce voile en 2011, le ministre de l’Immigration de l’époque, Jason Kenney, a contredit la loi. Bref, si le gouvernement veut interdire le niqab, il n’a qu’à changer la loi, avec ce que cela suppose de débat au Parlement. Un détail…

Le premier ministre préfère jouer sur une corde sensible en dénonçant cette pratique issue d’une « culture antifemme ». Le lendemain de cette déclaration, le président du Conseil du trésor, Tony Clement, ne voyait pourtant aucun problème à ce qu’une fonctionnaire fédérale serve le public le visage voilé.

L’espace me manque pour faire un bilan de ce gouvernement en matière de défense des droits des femmes, mais où était ce souci quand ce gouvernement a accepté de vendre des véhicules blindés à l’Arabie saoudite, faisant de ce pays le deuxième client militaire du Canada ? Un pays qu’il présente comme un allié et où les femmes n’ont à peu près aucun droit. Et où le niqab est la norme. Un détail…

Les conservateurs sont passés maîtres dans la manipulation des enjeux émotifs dans le but de diviser l’électorat pour ensuite se présenter comme les seuls défenseurs de ceux qui partagent leur indignation.

S’il faut pour cela torturer les faits et même mentir, tant pis. L’important est de créer une impression tenace qui, à force d’être répétée et renforcée, prend allure de vérité et rend plus acceptables les politiques qu’on cherche à imposer. En espérant, chaque fois, que les citoyens mordront solidement à l’hameçon.


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