L'amicale des mécontents

Crise de leadership au PQ


Pour se justifier d'avoir qualifié le drapeau canadien de «bout de chiffon rouge», Bernard Landry avait évoqué la culture tauromachique. Bien entendu, personne n'avait été dupe. On n'a jamais vu un taureau agiter la muleta devant ses propres yeux.

En revanche, André Boisclair semble prendre plaisir à jouer au toréador avec certains éléments de son parti, notamment avec la faction syndicale regroupée au sein du SPQ libre.
Le chef du PQ n'a certainement pas laissé échapper ses propos lors de sa conversation à bâtons rompus avec Réjean Thomas sur les ondes de Radio-Canada. Le format de l'émission L'autre midi à la table d'à côté peut donner une impression de spontanéité, mais M. Boisclair pèse toujours soigneusement ses mots. Il les pèse même un peu trop au goût de plusieurs.
L'entendre dire qu'il faut «soulager le capital» et faire en sorte que le Québec devienne l'endroit au monde où il sera le mieux accueilli ne pouvait que faire bondir le président du SPQ libre, Marc Laviolette.
Pour être bien sûr de son effet, M. Boisclair a ajouté qu'il était d'accord avec plusieurs des idées d'Alain Dubuc, dont le récent livre intitulé Éloge de la richesse doit sans doute être très hérissant pour des gens qui voudraient justement «faire payer les riches». Comme M. Landry devant l'unifolié, M. Laviolette a foncé.
Cela ne signifie pas que le chef du PQ ne croit pas ce qu'il a dit à son ami Réjean Thomas, bien au contraire. Dès le jour où il est entré dans la course au leadership, il a été perçu comme l'homme de la droite par l'aile dite progressiste. Tout au long de la campagne, le candidat officiel du SPQ libre, Pierre Dubuc, a mis en doute la sincérité de son adhésion au programme adopté au congrès de juin 2005.
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Il est vrai que le nouveau programme affirme officiellement le caractère social-démocrate du PQ, ce à quoi Lucien Bouchard s'était opposé au congrès de mai 2000. Il serait toutefois plus juste de parler d'un virage prosyndical que d'un virage à gauche.
Dans un parti perpétuellement agité par les luttes intestines, il faut reconnaître le sens stratégique et l'habileté manoeuvrière de la faction prosyndicale, qui a su profiter de la conjoncture créée par la défaite du 14 avril 2003 et la contestation du leadership de Bernard Landry.
Il était bien plus intéressant d'investir le PQ de l'intérieur que de miser sur la création d'un nouveau parti où il aurait fallu cohabiter avec la gauche communautaire sans le moindre espoir de prendre le pouvoir.
Pour s'assurer un vote de confiance sans problème, M. Landry a accepté la formation d'un «club politique» syndical autonome au sein du PQ. Très rapidement, l'ancienne présidente de la CSQ, Monique Richard, a été élevée au rang de présidente du PQ. Alors que des membres de l'entourage de M. Landry lui conseillaient de profiter de la «saison des idées» pour opérer un recentrage à la Tony Blair, il a jugé préférable de courtiser la gauche du parti.
Après sa démission-surprise, André Boisclair s'est retrouvé devant un fait accompli. S'il voulait lui succéder, il devait accepter son héritage. Au moins temporairement. Une fois devenu chef, et l'approche des élections aidant, il serait toujours temps de se distancier du programme.
Le Québec est de loin la société la plus syndiquée en Amérique du Nord, mais cela ne signifie pas que les syndicats suscitent un grand enthousiasme dans la population. Le PQ n'a aucun intérêt à être perçu comme le parti des syndicats. M. Laviolette aurait bien aimé être candidat aux prochaines élections générales, mais il ne doit pas compter sur le «national» pour lui trouver un comté.
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M. Boisclair se plaît à dire qu'il n'a pas l'intention de «fédérer tous les mécontents» du Québec pour arracher le pouvoir aux libéraux, mais il devrait aussi prendre garde à ne pas susciter la création d'une amicale des mécontents au sein de son propre parti.
Le Devoir fait état aujourd'hui même de la lettre de démission de deux membres du comité exécutif du PQ, Isabelle Beaulieu et Dominique Ollivier, qui dénoncent «l'attitude paternaliste et autocrate des dirigeants» du parti, c'est-à-dire M. Boisclair et sa garde rapprochée.
Certains diront que Mme Ollivier règle ses comptes, mais il est vrai que «dans toutes les circonscriptions prenables, le vieux réflexe de l'homogénéité joue encore». Si M. Boisclair pouvait avoir de bonnes raisons de lui préférer Marie Malavoy dans Taillon, on attend encore le jour où un candidat issu des communautés culturelles se présentera dans un des 20 ou 30 comtés les plus sûrs.
À en croire les démissionnaires, M. Boisclair considère l'exécutif comme un mal nécessaire. «Nous n'avons plus aucun canal de communication avec la direction du parti», affirment-elles. Il faut dire que M. Boisclair n'a pas eu plus d'influence sur la composition de l'exécutif que sur la rédaction du programme du parti qu'il dirige. Son entourage se méfie de certains de ses membres comme de la peste. Des inimitiés qui remontent parfois à des années.
La crise qui s'amplifie dans l'industrie forestière semble avoir définitivement convaincu le premier ministre Jean Charest de reporter les élections au printemps, sinon à l'automne 2007. La perspective d'un déclenchement imminent avait contribué à faire taire la grogne au sein du PQ. Elle pourra maintenant s'exprimer avec plus de liberté.
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mdavid@ledevoir.com


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