Francophonie contre Sarkozy

XIIe Sommet de la Francophonie - Québec du 17 au 19 octobre 2008


L'avenir de TV5 Monde repose-t-il entre les seules mains de la France? La question enflamme les partenaires de la chaîne télévisée, qui s'offusquent avec raison de la menace qui place sur l'autonomie du réseau. La France a beau être le grand argentier de la chaîne télévisée, elle ne peut confondre ses propres réformes avec l'avenir d'une chaîne aux multiples partenaires.
Une autre crise - et une autre! - menace la survie de TV5 Monde. Voilà que cette championne de la télévision en français dans le monde est au coeur d'une querelle qui oppose l'impériale France à ses partenaires nommés Suisse, Belgique, Québec et Canada.
Dans le coin droit, le fougueux Nicolas Sarkozy: le président français a entrepris de réformer le paysage audiovisuel extérieur de sa contrée, une réorganisation complexe qui risque d'entraîner avec elle l'autonomie de TV5 Monde. Dans le coin gauche, outrés du colonialisme à la française, lesdits partenaires: en désaccord avec une remise en question du statut de TV5 Monde qui en menacerait l'aspect multilatéral, les Belges, Suisses et Québécois réfutent tout projet de fusion de TV5 Monde qui en ferait un canal «franco-français».
La Belgique et la Suisse ont élevé leur courroux d'un cran en remettant en question leur participation à la chaîne de télévision, qui captive 25 millions d'auditeurs par jour. Plus tempéré mais néanmoins «préoccupé», le premier ministre Jean Charest, de passage à Paris la semaine dernière, a prévenu son homologue François Fillon que le Québec ne baisserait pas pavillon devant l'appétit de la France.
Ces mises en garde sont fondées. Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a beau promettre le «consensus» avant tout remaniement qui équivaudrait à un démantèlement de la fenêtre francophone sur le monde, la manière Sarkozy (et son doigté médiatique douteux) laissent craindre le pire. Le président a déjà rêvé tout haut: avec un holding qui souderait TV5 Monde aux France 24 et Radio France International, M. Sarkozy imagine une chaîne unique - France Monde - concurrente de la britannique BBC et de l'américaine CNN.
Les partenaires peuvent rager haut et fort: de quel droit la France mêle-t-elle des envies de restructuration de son propre audiovisuel extérieur à un organisme francophone multilatéral, osant penser faire de TV5 Monde une des trois branches d'un réseau français dirigé par un seul et même président-directeur général?
La carte économique à elle seule ne justifie pas cet affront fait aux souverainetés francophones. S'il est vrai que le président a les moyens de ses rêves - la France finance à 84 % TV5 Monde -, elle doit avoir l'honnêteté politique de diriger ses dossiers sans les entrechoquer. La visibilité française sur les ondes du globe n'a rien à voir, n'en déplaise à la patrie, avec une vitrine francophone télévisée alimentée, entre autres juridictions francophones, par la France.
Sa participation financière à TV5 lui pèse, ne lui convient plus, et elle souhaiterait un nouveau partage? Fort bien! Que les partenaires soient invités à envisager un mode de financement peut-être plus fidèle à la représentativité de chacun au sein du bassin francophone. La programmation de TV5 lasse la France, qui a envie d'autre chose? Alors que l'on en discute, et que chacun ait l'occasion de faire valoir son point de vue!
Mais la France, peu importe son poids économique dans la composition de TV5 Monde, ne peut pas espérer faire de cette chaîne francophone une filiale française sans que le mécontentement de la Francophonie gronde.
machouinard@ledevoir.com


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