SÉCURITÉ NUCLÉAIRE

Fléau pire que l’amiante, l’uranium doit rester en terre

Le président de la CCSN est hors d’ordre

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Non aux apprentis-sorciers prêts à risquer des vies humaines






Certains peuvent être surpris de voir le président d’un quasi-tribunal qui se dit indépendant se jeter dans une bataille médiatique contre le BAPE, conjointement avec les entrepreneurs et lobbyistes de l’industrie de l’uranium.


 

En effet, par sa lettre de la semaine dernière au ministre Heurtel attaquant la crédibilité du très solide rapport du BAPE sur la filière uranifère, le président de la CCSN, Michael Binder, est complètement hors d’ordre. Non seulement il vient de discréditer sa fonction, mais il confirme encore une fois que cet organisme, la Commission canadienne de sûreté nucléaire, défend avant tout l’industrie et non pas la sécurité des citoyens.


 

Les moins surpris sont sûrement les commissaires ayant mené cette étude sur l’uranium, puisque, lors de la présentation de mon mémoire en audience, je les avais prévenus qu’ils avaient affaire au plus puissant lobby qui existe. Ce lobby est puissant puisqu’il réunit, en plus de grandes entreprises multinationales, de puissantes entreprises d’État, d’influents syndicats d’ingénieurs nucléaires, le tout chapeauté par un organisme de contrôle plus actif à promouvoir l’industrie qu’à protéger le public, comme cela est supposé être sa mission. J’ai même fourni aux commissaires des exemples récents des interventions intempestives du président Binder en faveur de l’industrie, incompatibles avec le rôle d’un président d’un tribunal tenu à la neutralité et qui a une obligation de réserve.


 

Interventions inacceptables


 

Il a multiplié ses interventions inacceptables depuis sa nomination en remplacement de l’ancienne présidente, congédiée après avoir pris une seule décision défavorable à l’industrie, alors qu’elle allait mettre de l’avant l’adoption de normes de sécurité reconnues partout, mais auxquelles ne peuvent satisfaire les vieux rafiots canadiens, les réacteurs CANDU. Soulevant le manque d’indépendance de la CCSN, j’avais prévenu cette présidente, lors d’une audience tenue dans les mois ayant précédé son renvoi, qu’elle ne pouvait prendre de décisions à l’encontre de l’industrie, au risque d’être congédiée.


 

Tout juge agissant comme le fait le président Binder aurait depuis longtemps été ramené à l’ordre par son conseil de la magistrature.


 

J’espère donc que le ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, David Heurtel, ne sera pas ébranlé par cette intervention supposément basée sur des connaissances scientifiques que les commissaires n’auraient, semble-t-il, pas comprises et qui leur avaient pourtant bien été expliquées par les éminents et infaillibles intervenants de la CCSN.


 

Il faut rappeler que ces scientifiques de la CCSN sont régulièrement intervenus en 2012 pour faire la leçon à l’Allemagne et contester les études scientifiques solides sur lesquelles ce pays s’était basé pour décider de sortir du nucléaire. Ils interviennent continuellement pour attaquer tout expert qui ose mettre en doute la validité des normes canadiennes, souvent contraires aux pratiques internationales et curieusement ajustées pour permettre aux vieux réacteurs CANDU de continuer à fonctionner. On mentionnera entre autres les niveaux de tritium, avec une norme 100 fois plus élevée qu’en Californie, parce que les CANDU canadiens fonctionnant à l’eau lourde en produisent plus que tout autre type de réacteur. Quant au coefficient positif au vide des CANDU, c’est une caractéristique des réacteurs canadiens qui est inacceptable chez nos voisins du Sud, en France et dans la plupart des pays de l’OCDE.


 

Sarcophages de béton


 

N’étant pas un scientifique, mais un retraité du monde de la finance et de la haute technologie, j’ai fait une intervention qui a surtout consisté à rappeler aux commissaires que l’uranium ne sert essentiellement qu’à produire des bombes atomiques et à faire fonctionner des réacteurs nucléaires capables de causer des désastres inégalés dans aucune autre industrie, comme à Tchernobyl et à Fukushima, et surtout qui produisent chacun, chaque semaine, des tonnes de déchets hautement radioactifs qui, faute de solution pour encore au moins un siècle, s’accumulent dangereusement partout sur la planète. Seulement ici au Québec, malgré la fermeture de Gentilly-2 en décembre 2012, on a encore à gérer 3000 tonnes de ce pire poison de la planète jusqu’à l’an 2151, selon le rapport annuel d’Hydro-Québec. Ces 142 000 grappes sont entreposées sur le bord du fleuve, dans sa partie la plus étroite, dans des sarcophages de béton censés à l’origine durer 50 ans.


 

Vu que la solution permanente pour disposer de ce combustible irradié, dangereux pour des dizaines de milliers d’années, est toujours recherchée et ne sera pas prête avant la fin du siècle au mieux, on prédit maintenant, avec l’assentiment de la CCSN, leur vie à 100 ans. On a raison de mettre en doute une telle survie du béton dans notre climat, en se basant sur plusieurs exemples comme le pont Champlain ou Turcot, surtout quand on sait que les grappes de combustible sont encore à une température de plusieurs centaines de degrés lorsqu’elles sont entreposées dans ces sarcophages de béton non testés. En Ontario, la majorité des grappes s’accumulent dans des piscines non protégées et dangereusement surchargées, ce qui, selon le rapport de l’expert Alvarez, en augmente beaucoup le risque.


 

Moratoire


 

Que dit à ce sujet la CCSN ? Informe-t-elle les citoyens canadiens de l’ampleur de ce problème, jusqu’à maintenant non résolu, et des risques énormes que ce combustible irradié nous fait courir ? Absolument pas, cela risquerait de nuire à l’industrie. Elle affirme plutôt que « le combustible sera évacué vers un centre canadien d’enfouissement en zone géologique profonde à être développé par la SGDN. Entre-temps, le combustible est entreposé de façon sécuritaire sur les sites des réacteurs ».


 

Donc, l’argument voulant que les conclusions du BAPE sont erronées parce que contraires aux décisions basées sur les infaillibles connaissances scientifiques de la CCSN depuis 30 ans concernant les mines d’uranium en Saskatchewan ne devrait pas influencer le ministre Heurtel. La Colombie-Britannique et la Nouvelle-Écosse n’ont pas hésité à décréter un moratoire sur l’exploitation de l’uranium.


 

Encore plus néfaste que l’amiante, autant pour les travailleurs, les communautés environnantes que pour les dommages créés par son utilisation, l’uranium au Québec doit rester en terre. Le Québec a les moyens et suffisamment d’autres ressources pour se permettre de maintenir ce moratoire de façon permanente.


 

Les risques juridiques et financiers d’une telle décision, quelles que soient les menaces des lobbyistes, devraient être de peu d’importance.


 

Les investisseurs dans ce domaine sont généralement bien indemnisés par les crédits d’impôt pour exploration et des pertes transférées par le financement d’actions accréditives de petites compagnies coquilles, dont ils ne garantissent d’aucune façon les dommages immenses qu’elles peuvent causer, le gouvernement devant généralement ramasser la facture de tout désastre ou abandon.


 

Si on se fie aux milliards de dollars de poursuites liées à l’exploitation de l’amiante toujours en cours partout dans le monde, le ministre exposerait les Québécois pour des générations à venir à de biens plus grands risques juridiques et financiers en permettant l’exploitation de l’uranium plutôt qu’en décrétant un moratoire permanent.



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