Féminisme: un Québec malade de ses consensus?

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Tribune libre

Au Québec, nous sommes allergiques au débat. Nous avons eu deux référendums sur la souveraineté du Québec : c’est peut-être ce qui nous a vaccinés contre le « virus » du débat. Le récent brassage médiatique sur les propos de la ministre Lise Thériault en fournit une parfaite illustration. Elle a refusé de se donner l’étiquette de féministe, mais la réaction quasi unanime véhiculée dans les médias a été d’affirmer haut et fort que toute personne adhérant au principe d’égalité entre hommes et femmes devait s’afficher comme féministe. Point final.

Un rapide survol de l’histoire des idées véhiculées au Québec sur le sujet montrerait que la réalité ne se réduit pas à cette définition simpliste du féminisme. Vue de haut, cette histoire a bien les allures d’un consensus. Le Québec a emboîté le pas, plutôt tardivement, mais avec un enthousiasme redoublé, dans le mouvement occidental de revendication de droits égaux pour les femmes et les hommes. Ce mouvement, tel que je l’ai vécu, me semble avoir rallié une très vaste majorité de la population des deux genres. Quant à la résistance, elle se faisait plutôt discrète. Bref, nous étions déjà dans un régime de consensus, bien que le consensus se soit établi progressivement.

Vu de plus près, le portrait diffère un peu, car il y a toujours eu une partie des femmes qui se disaient féministes et une partie d’entre elles qui ne le faisaient pas, tout en souscrivant très majoritairement aux objectifs généraux du mouvement. Pourquoi ne le faisaient-elles pas ? C’est la question qui se pose encore maintenant, car elles ne le font pas toutes, et les hommes seraient encore plus nombreux à avoir des hésitations à ce sujet.

J’avoue être incapable d’y répondre d’une façon générale et je pense que les réponses varieraient beaucoup d’une personne à l’autre. À mon point de vue, c’est une question qui ressemble un peu trop à la question « êtes-vous croyant ? » et je refuserais sûrement d’y répondre par un oui ou un non.

En revanche, il me semble important de signaler l’existence d’une sorte de censure informelle sur la possibilité même de discuter des enjeux du féminisme, comme si toute tentative en ce sens était synonyme de rejet ou d’hostilité. Je pense que nous y gagnerions tous en acceptant de regarder en face certains impacts de la révolution féministe et en cherchant à réfléchir aux possibles façons d’y remédier.

Par exemple, se pourrait-il que la révolution féministe, tout en favorisant l’épanouissement d’un plus grand pourcentage de personnes, ait en même temps engendré un nombre important de victimes collatérales, notamment dans l’accroissement du nombre de personnes condamnées à la solitude, en particulier les personnes âgées, par rapport à la condition qui était la leur avant cette révolution sociale ? Se pourrait-il que le féminisme puisse servir de justification à un mouvement social de xénophobie à l’égard des immigrants de cultures différentes et essentiellement de ceux issus du monde islamique ? Se pourrait-il aussi que le féminisme, issu du monde occidental, ait été instrumentalisé pour servir d’argument central d’une prétendue supériorité culturelle sur toutes les autres cultures et pour justifier ainsi la poursuite de la conquête du reste du monde ?

La liste de questions pourrait facilement être allongée, ce qui serait perçu par bien des gens comme très désagréable ou très offensant, voire sacrilège, mais pourrait aussi nous enrichir collectivement si nous acceptions d’en discuter sans laisser les émotions écraser toutes nos capacités de réflexion.


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3 commentaires

  • Robert J. Lachance Répondre

    12 mars 2016

    En réponse à André Arsenault,
    De mon bar, c’est une blague ! De mon bord, j’ai du mal à croire que je suis croyant, j’ai du mâle à croire que je suis féministe, c’est une deuxième blague.
    Il m’arrive d’être sérieux, voici. Dans une démocratie rêvée par une élite très minoritaire, je pense à l’ACCQ, au PSP, en toute inégalité de gens au Québec, contents d’être politiquement en province ou aspirants graduer à être en pays, chacun de nous en ce territoire est une personne sur 8,263,600 en juillet 2015, féministes et masculistes confondu.es et dans le désordre inverse.
    Dans un démocratie réelle, de tout temps, ce serait plutôt 330,544 volontaires, 4 % de 8,2 millions d’après Robert Dutil 1995, La Juste Inégalité : Essai sur la liberté, l’égalité et la démocratie, page 219.
    Ce nombre d’élus serait plus ou moins comparable au nombre de citoyens engagés politiquement dans les systèmes actuels. Dans un petit pays démocratique d’environ 5 millions d’électeurs, il tournerait autour de 200 000 personnes, ce qui peut correspondre tous partis politiques confondus, au nombre total de leurs membres.
    Ce juste, suivant le règlement et comme tout le monde, n’inclut pas les moins de 18 ans dans le procédé électoral. Ça explique 20 % de l’écart entre 200 mille et 330,544. Le reste s’explique par la croissance démographique de provenance migratoire, possiblement majoritaire depuis 25 ans.
    Et alors, place à la compréhension de ce qu’est la démocratie représentative modulaire pour qui se souci comme féministe ou masculiste du politique et de sa gouvernance.

  • Olivier Kaestlé Répondre

    11 mars 2016

    Très bon texte. Je trouve cependant que le discours féministe dominant fait la carpette devant l'islam politique. Quant à la difficulté de discuter du féminisme sans être pris d'assaut par des idéologues intolérants des deux sexes, le commentaire qui précède vient confirmer votre point de vue.

  • arseneault andre Répondre

    11 mars 2016

    Si on me demande si je suis croyant je réponds oui sans aucune hésitation et je suis féministe au plus haut point, fini de diminuer la femme sur toute sorte de prétexte nous ne sommes pas en Arabie Saoudite Lise Thériault c'est pas fort elle n'a pas grand chose à son actif comme ministre et parlementaire gaffe par dessus gaffe, M Blondin je n' aimerais pas être votre conjointe lisant vos propos insinuent afin de descendre les femmes???