INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 264

Fable comparative entre l'actif et l'agir

Ou de la compréhension de l'AGIR sous trois aspects dans toute société civile

Chronique de Bruno Deshaies


PRÉSENTATION
Dans le billet de cette semaine, notre collaborateur Parfondor veut attirer notre attention sur trois aspects de la société civile : politique (le pouvoir), économique (la richesse) et culturel (le savoir). Il les considère plus particulièrement sous l'angle d'une interaction de facteurs où « chaque aspect peut être considéré comme une force à côté d'autres forces » (cf. Les Normes, Chapitre deuxième, Partie A, subdivision 2). Il s'agit en quelque sorte de l'ACTIF. Considérons celui-ci comme les mille et une bonnes raisons de faire l'indépendance. Les FORCES du Québec sur les trois aspects de la société civile seront quintuplées et même plus dans un pays indépendant. Notre plus grande richesse se trouve de ce côté-là. Malgré tout, il ne suffit pas de posséder un bon actif, il faut aussi AGIR, car « chaque aspect peut être considéré comme un facteur agissant sur les autres forces et les modifiant » (cf. Les Normes, Chapitre deuxième, Partie B, premier énoncé). Il s'ensuit, comme le pense Parfondor, que « l'agir dans chacun de ces aspects peut, à l'exemple de l'actif dans un compte bancaire, suffire ou non - auquel cas, il rogne l'agir des deux autres aspects ou de l'un d'entre eux seulement ».
Le contenu de ce texte a l'avantage de mettre en évidence un fait très important, à savoir que l'indépendance n'est pas qu'une question de liberté et d'identité dont les nationalistes souverainistes abusent abondamment. L'indépendance est principalement cette capacité de mettre la prédominance sur l'AGIR collectif. À cet égard, il n'y a pas de palliatifs simples. Les Bernard Landry ou les Gérard Bouchard n'y parviennent pas vraiment. Ils sont dans le discours de l'égalité, de l'identité, de la fierté quand ce n'est pas dans celui de la dignité, de la liberté et enfin celui du « goût de l'avenir ». Essayez d'accrocher le discours indépendantiste véritable à ces concepts et vous pourrez vous dire que vous pouvez vraiment en faire autant dans le « provincialisme », c'est-à-dire dans l'esprit « de ceux qui croient qu'une « nation » peut se contenter d'être « province » d'une autre nation » (cf. Maurice Séguin. Les Normes, Chapitre deuxième, subdivision B-3 : 5-b. Un thème « à reprendre » selon l'auteur, car il concerne l'ANNEXION). Donc, à quoi bon faire l'indépendance, si le peuple québécois peut aussi bien s'épanouir dans le régime actuel, diraient les fédéralistes... Ce danger guette la pensée des souverainistes plus revendicateurs seulement qu'indépendantistes.
Quant à cet ex-premier ministre du Québec, monsieur Lucien Bouchard, on sait toute la hargne qui l'anime et qui l'aveugle en ce qui concerne l'indépendance véritable du Québec. Quant à de nombreux partisans de l'indépendance du Québec, il faut nous demander si la majorité d'entre eux ne se contentent pas de n'être que des observateurs et des discuteurs, dans le style de la « ligue du vieux poêle » de jadis au hockey. Quant aux deux nouveaux partis politiques qui se sont formés, ils ne font que confirmer qu'ils sont plus intéressés à résoudre des problèmes de société civile que de mettre la main à la roue dans le cadre d'un effort collectif tourné vers l'indépendance du Québec. Ils demeurent toujours devant le dilemme de la poule ou de l'œuf ou devant une impasse. On dirait que les souverainistes chérissent particulièrement d'être constamment à la croisée des chemins. Choisir entre deux possibilités ou prendre une décision est souvent très difficile. En présence d'une telle situation, chez les souverainistes, l'indépendance du Québec n'est pas encore un objectif. Malheureusement, il devient un projet perpétuel ! Hélas, trois fois hélas, il risque de le demeurer encore très longtemps ! (1) Une sorte d'eschatologie politique, quoi ! Un jour viendra... La Terre promise !
Bruno Deshaies
* * *
Je possède trois comptes à la même institution financière. Deux d'entre eux se soldent par un excédent, le dernier par un déficit tel que je dois virer des deux de quoi le combler. La situation se répète chaque mois. À cause du manque de fonds dans un seul compte, les deux autres rapportent moins que prévu.
En leur interaction, ces trois comptes rappellent les trois aspects - politique, économique et culturel - de toute société civile : l'agir dans chacun de ces aspects peut, à l'exemple de l'actif dans un compte bancaire, suffire ou non - auquel cas, il rogne l'agir des deux autres aspects ou de l'un d'entre eux seulement ». Mais, pour que chacun rende vraiment ce qu'on attend de lui, chaque aspect requiert l'équivalent d'un « solde créditeur », aussi modeste soit-il.
Tel ce solde créditeur, l'indépendance d'une nation consiste en la prédominance de l'agir qu'elle exerce sur celui que les autres nations lui fait subir et ce, dans les trois aspects de sa vie collective, sans pour autant que disparaisse ce qu'elle subit. Affirmer que la moindre parcelle de dépendance anéantit l'indépendance d'une nation est aussi faux que de prétendre que le moindre débit porté à un compte le rend déficitaire.

Parfondor
COMMENTAIRE
Au sujet de l'interaction des facteurs, on trouve dans Les Normes de Maurice Séguin cette notion capitale.
« Si l'un des facteurs progresse ou faiblit, l'ensemble s'en ressent.

On ne perturbe pas un facteur sans toucher aux autres jusqu'à un certain point,

mais pas « mathématiquement » au même degré. »
(Cf. Chapitre deuxième, subdivision
B-1 : d.)

En contrepartie, mais positivement, « cette interaction [des facteurs] est cumulative, « en spirale » et à dose variable ». (Cf. Chapitre deuxième, subdivision B-1 : b.)
Globalement, lorsqu'il s'agit de lier ces phénomènes à l'indépendance, on doit se rendre au Chapitre troisième (section 3, subdivision 10) intitulé : « Fédéralisme et nationalités ». Ici, il s'agit plutôt de l'AGIR (par soi) que l'on trouve au Chapitre premier, section 2. C'est la prédominance de l'agir qui permet de faire en sorte que les vases communiquant des trois facteurs ne subissent un déficit important, tel celui qui découle de l'annexion. Le primat de l'agir est tellement fondamental que l'inaction dans un secteur ou dans un autre peut rendre « déficitaire » l'un des aspects. L'agir ne peut être déficitaire dans aucun des « comptes » grâce à l'action d'interdépendance des facteurs. Il y a dépendance sur un aspect, mais ce fait ne signifie pas nécessairement que son indépendance est anéantie. C'est par l'AGIR que l'ACTIF peut rétablir son équilibre d'indépendance. S'il y a perte de l'AGIR, il y a perte dans l'ACTIF.
En ce qui concerne l'aspect historique de la question, nous suggérons la lecture des pages suivantes dans l'Histoire de deux nationalismes au Canada, p. 7-8, 23-25, 394-395, 396-407 et 430-431. Leur lecture permettrait de conforter le point de vue de Parfondor.
NOTE :
(1) Bruno DESHAIES, « LE SOUVERAINISTE QUÉBÉCOIS. Ses contradictions, ses hésitations et ses aspirations. » Dans Vigile.Net. Chronique du jeudi 31janvier 2002.

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Bruno Deshaies209 articles

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BRUNO DESHAIES est né à Montréal. Il est marié et père de trois enfants. Il a demeuré à Québec de nombreuses années, puis il est revenu à Montréal en 2002. Il continue à publier sa chronique sur le site Internet Vigile.net. Il est un spécialiste de la pensée de Maurice Séguin. Vous trouverez son cours sur Les Normes (1961-1962) à l’adresse Internet qui suit : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-1-20 (N. B. Exceptionnellement, la numéro 5 est à l’adresse suivante : http://www.vigile.net/Les-Normes-en-histoire, la16 à l’adresse qui suit : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-15-20,18580 ) et les quatre chroniques supplémentaires : 21 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique 22 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19364 23 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19509 24 et fin http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19636 ainsi que son Histoire des deux Canadas (1961-62) : Le PREMIER CANADA http://www.vigile.net/Le-premier-Canada-1-5 et le DEUXIÈME CANADA : http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-1-29 et un supplément http://www.vigile.net/Le-Canada-actuel-30

REM. : Pour toutes les chroniques numérotées mentionnées supra ainsi : 1-20, 1-5 et 1-29, il suffit de modifier le chiffre 1 par un autre chiffre, par ex. 2, 3, 4, pour qu’elles deviennent 2-20 ou 3-5 ou 4-29, etc. selon le nombre de chroniques jusqu’à la limite de chaque série. Il est obligatoire d’effectuer le changement directement sur l’adresse qui se trouve dans la fenêtre où l’hyperlien apparaît dans l’Internet. Par exemple : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-1-20 Vous devez vous rendre d’abord à la première adresse dans l’Internet (1-20). Ensuite, dans la fenêtre d’adresse Internet, vous modifier directement le chiffre pour accéder à une autre chronique, ainsi http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-10-29 La chronique devient (10-29).

Vous pouvez aussi consulter une série de chroniques consacrée à l’enseignement de l’histoire au Québec. Il suffit de se rendre à l’INDEX 1999 à 2004 : http://www.archives.vigile.net/ds-deshaies/index2.html Voir dans liste les chroniques numérotées 90, 128, 130, 155, 158, 160, 176 à 188, 191, 192 et « Le passé devient notre présent » sur la page d’appel de l’INDEX des chroniques de Bruno Deshaies (col. de gauche).

Finalement, il y a une série intitulée « POSITION ». Voir les chroniques numérotées 101, 104, 108 À 111, 119, 132 à 135, 152, 154, 159, 161, 163, 166 et 167.





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