Être candidat la tête couverte

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SPST se trompe : la laïcité ne peut pas reculer puisqu'au Québec, elle n'existe tout simplement pas

Aujourd’hui même, un collectif de personnalités adresse à l’ensemble de la députation de l’Assemblée nationale une lettre ouverte pour maintenir, dans une perspective laïque, l’exigence d’une photo « a tête découverte » pour la présentation d’une candidature électorale. Ils dénoncent une modification apportée à la réglementation électorale il y a un mois.


Jusqu’à ce moment, le Québec, plus avancé que le Canada en matière de laïcité, exigeait que les candidats soumettent au Directeur général des élections (DGEQ) une photo à tête découverte. Ça n’empêchait pas les candidats de porter un signe religieux, une tuque, une capuche ou une casquette pendant qu’ils serrent des mains et cognent aux portes. Rien n’interdisait, non plus, d’avoir la tête couverte sur les photos qui sont sur les pancartes électorales, sur le site internet du candidat, ou dans une publicité télé. Les élus sont aussi autorisés à siéger avec des signes religieux, comme le ministre Bernard Drainville le répétait lorsqu’il faisait la promotion de sa charte des valeurs.


La seule exigence du Règlement sur la déclaration de candidature était qu’une photo officielle –qui n’est pas destinée à être diffusée- à tête découverte soit transmise au DGEQ. Or, cette obligation minime qui vient de tomber. À la mi-février, le DGEQ, Pierre Reid, a annoncé qu’il allait retirer cette condition.


À mon humble avis, c’est inacceptable. La condition qui saute n’était qu’un strict minimum. La laïcité implique une distinction entre la vie privée, où les convictions religieuses et leur expression font office de droits fondamentaux, et le service public. Une déclaration de candidature n’est pas (ou du moins, ne devrait pas être) un acte négligeable auquel on se livre le cœur léger. Être candidat implique un sens de la dévotion à un État qui n’a pas de religion officielle. La laïcité repose sur l’idée qu’on ne peut débattre de l’existence de Dieu au parlement, ou dans toute autre enceinte politique, car cette question, qui est affaire de convictions personnelles, ne saurait être tranchée par des arguments rationnels. Si la religion ne peut être un débat politique, il apparaît normal que les différents candidats –qui sont entièrement libres de croire personnellement en ce qu’ils veulent- ne se fassent pas les porte-paroles d’une confession donnée.


Comme en témoigne la loi 62 du gouvernement Couillard, la volonté politique en faveur de la laïcité –un principe encore trop mal compris au Québec- est très loin d’être au rendez-vous sous la présente administration.


La laïcité recule encore...


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Simon-Pierre Savard-Tremblay135 articles

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Simon-Pierre Savard-Tremblay est sociologue de formation et enseigne dans cette discipline à l'Université Laval. Blogueur au Journal de Montréal et chroniqueur au journal La Vie agricole, à Radio VM et à CIBL, il est aussi président de Génération nationale, un organisme de réflexion sur l'État-nation. Il est l'auteur de Le souverainisme de province (Boréal, 2014) et de L'État succursale. La démission politique du Québec (VLB Éditeur, 2016).