Esprit de famille

Budget Québec 2008

En favorisant les familles dans son dernier budget, le gouvernement Charest a peut-être cédé un brin à la pression adéquiste, mais il a surtout entendu l'appel des Québécois, qui revendiquent haut et fort un réseau de garderies universel où régnerait la souplesse.
Voilà donc comment une «bonne mère de famille» manoeuvre lorsqu'elle négocie avec les membres de son groupe élargi: elle écoute, entend les récriminations des uns, soupèse les demandes des autres, évalue les risques de plonger dans la chicane -- de famille -- si elle refuse de céder, puis réfléchit à un compromis qui porterait sa propre signature.
C'est la négociation qu'a réussie la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, avec son plan d'aide à la famille, décliné sous toutes formes de mesures dans le budget présenté jeudi. La grande argentière du gouvernement Charest a certes prêté oreille aux doléances de son premier adversaire, l'ADQ, qui a promis de placer la famille au centre de futures élections. Toutefois, et cela transparaît avec la bonification du crédit d'impôt pour frais de garde d'enfants, elle ne succombe pas à la manière adéquiste mais trouve une façon, plus rationnelle qu'émotive, de plaire aux parents dont les enfants ne fréquentent pas le réseau de garderies à 7 $ par jour.
Afin de contrer le vieillissement de la population, Mario Dumont et son équipe proposent de miser sur la hausse du taux de fécondité. Entre autres appâts, ils avancent une allocation familiale de 100 $ par semaine pour chaque enfant d'âge préscolaire ne fréquentant pas le réseau des garderies.
Rejetant cette idée, le gouvernement a plutôt trouvé une façon de dédommager les parents qui ne trouvent pas chaussure à leur pied dans le réseau public des services de garde, sans toutefois acheter la bande-annonce de l'ADQ («100 $ par semaine par enfant à la maison!»). Avec la bonification du crédit d'impôt destiné aux parents ne bénéficiant pas de places à contribution réduite, le gouvernement élargit l'accès à cette aide fiscale à un plus grand nombre de familles. En tout, un allégement de 20 millions de dollars sera consenti à environ 150 000 familles.
Avec cette mesure, qui tend vers une plus grande neutralité entre les parents qui ont accès aux garderies à 7 $ par jour et ceux qui n'y placent pas leurs petits, le gouvernement reconnaît effectivement l'iniquité à l'endroit des parents qui ne bénéficient pas de la garde subventionnée. Il concède du même souffle sa propre incapacité à répondre à la demande.
«Nous avons un beau problème à gérer», a affirmé hier le premier ministre Jean Charest dans un centre de la petite enfance de Laval, flanqué de la ministre de la Famille, Michelle Courchesne. Pour une nation qui a mal à sa démographie, beau problème à gérer, en effet, que ces 82 000 nouvelles naissances cette année, qui annoncent un besoin croissant de places dans les garderies.
L'ajout de 20 000 nouvelles places -- en cinq ans, CPE et garderies privées compris -- est un écho au manque criant de places dans le réseau, l'universalité des services stagnant toujours au stade de l'illusion. Il est intéressant de voir qu'en distribuant ces 4500 nouvelles places par année, la ministre Courchesne annonce son intention de le faire avec plus de souplesse, un ingrédient encore trop cruellement absent mais pourtant réclamé à grands cris par les parents.
Le choix du temps partiel, la proximité des lieux de travail et d'études, l'ouverture aux poupons et aux enfants handicapés ainsi que l'intégration des immigrants constitueront des critères prioritaires dans l'octroi des précieuses nouvelles places, un baromètre de la souplesse désormais nécessaire pour aider les parents à mener leur vie de famille.
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machouinard@ledevoir.com


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