CHUM: non plus deux sites, mais deux projets

Charest mandate deux experts pour cibler le site optimal du superhôpital

CHUM


samedi 8 et dimanche 9 janvier 2005
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Les partisans du 1000 Saint-Denis comme les défenseurs de la gare de triage l'Acadie-Beaumont ont accueilli avec un soupir de soulagement la décision du gouvernement Charest de mandater deux experts indépendants pour déterminer l'emplacement «optimal» du futur Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM). Surprise, les deux experts auront non seulement à examiner deux sites, mais aussi deux projets, ouvrant officiellement la voie à une Technopole de la santé et du savoir, au grand plaisir de son instigatrice, l'Université de Montréal.
Rappelant que le projet d'Outremont était somme toute «assez récent», le premier ministre Charest a cru bon de mandater deux experts indépendants, Armand Couture et Guy Saint-Pierre, afin d'identifier lequel des deux projets offre une «configuration et une localisation optimales». Interrogé sur la pertinence de ce nouveau comité alors que trois analyses -- toutes favorables au 1000 Saint-Denis -- ont déjà été rendues, Jean Charest a invoqué la nouveauté du dernier projet en lice. «Avant, on avait un projet et plusieurs sites. Là, il y a deux projets sur différents sites.»
Dans un communiqué rédigé conjointement avec le ministre de la Santé, Philippe Couillard, le premier ministre promet que le tout sera rendu le 2 février prochain. «On procède le plus rapidement possible, mais, pour une décision comme celle-là, qui aura un impact très, très important sur tout le réseau de la santé du Québec pour les prochaines années, il faut s'assurer qu'on puisse tenir compte de l'ensemble des tenants et aboutissants», a-t-il expliqué lors d'un point de presse tenu hier pour défendre la logique de son gouvernement en matière d'aide humanitaire dans l'affaire des tsunamis meurtriers en Asie du Sud-Est.
Pour mener à bien cette dernière analyse, les deux experts mandatés par Québec prendront appui sur les travaux de la commission d'analyse présidée par Brian Mulroney et Daniel Johnson, sur l'avis complémentaire formulé par M. Johnson, sur l'avis de l'Agence régionale de Montréal, ainsi que sur le rapport du groupe de travail interministériel.
La venue de ces nouveaux joueurs est un baume tant pour l'université que pour le CHUM, qui sont à couteaux tirés dans ce dossier. «Il y a une mésentente entre nous et l'université sur l'évaluation des coûts et ce n'est pas une mauvaise idée qu'un tiers observe ça d'une manière indépendante», a confirmé le président du conseil d'administration du CHUM, Me Patrick A. Molinari, au lendemain de sa présentation du site du 1000 Saint-Denis, initiative qui avait fortement déplu à l'Université de Montréal.
Jugeant le mandat reçu par les deux experts «complet», Me Molinari a qualifié de «choix très éclairé dans les circonstances» la décision de Québec. Il a toutefois tenu à rappeler à ceux-ci que l'impératif d'un hôpital de 700 lits, qui n'est mentionné nulle part dans ledit mandat, n'est pas négociable.
«C'est plus qu'un leitmotiv. Quand on prend deux minutes pour réfléchir à ce que serait un CHUM sur deux sites, forcément on voit bien qu'on sera forcé de séparer les soins en deux et que nos patients seront ballottés entre les deux. C'est un contre-sens monumental», a-t-il jugé.
Cette inquiétude a aussi été reprise par le président du comité des usagers du CHUM, Jean-Marie Dumesnil, qui, bien que satisfait de voir le gouvernement prendre le dossier en main, craint de voir le nombre de lits bradé au profit d'une synergie de proximité. «L'aspect des 700 lits a toujours été non négociable; ce qui nous inquiète, c'est de voir que, dans le volet Outremont, on ait dit qu'on pourrait éventuellement faire des concessions et nous espérons que ce ne sera pas le cas.»
À l'Université de Montréal, on était ravi de voir enfin le projet d'une technopole inscrit officiellement à la table des négociations. «On a développé un projet en lequel on croit. On pense que ce projet est important aussi pour les patients et Montréal, et le fait qu'il soit désormais considéré officiellement est un élément important», a commenté le directeur général des communications et du recrutement, Bernard Motulsky.
M. Moltusky a profité de l'occasion pour faire taire les rumeurs voulant qu'un CHUM à Outremont compterait moins de lits. Confiant d'avoir dans sa manche un «excellent projet», l'université a salué la nomination des deux experts. «C'est une bonne chose que d'avoir deux experts dont la réputation est reconnue qui vont regarder les projets selon leurs mérites indépendants», a précisé M. Moltusky.
Lui aussi satisfait des critères proposés pour cette nouvelle étude, le représentant de la population au conseil d'administration du CHUM, Marc Laviolette, n'a toutefois pas caché son agacement de voir cette décision reportée une fois de plus. «Je ne doute pas du tout de l'expertise et de l'indépendance des deux experts, mais je croyais qu'on avait déjà obtenu l'avis de tels experts. Tout ça ne fait que retarder la décision.»
L'ancien président de la CSN croit que l'Université de Montréal n'est pas étrangère à cette valse-hésitation. «Le consensus sur l'aspect clinique et la mission du CHUM est là depuis le début alors que l'idée d'annexer les facultés n'est pas essentielle. Ce qu'on ne dit pas, c'est que c'est faisable sur les deux sites, mais l'université refuse de venir au centre-ville et fait preuve d'impérialisme dans ce dossier», a-t-il déploré.
Un superhôpital ou une technopole ?
Concrètement, MM. Couture et Saint-Pierre devront choisir entre un superhôpital et une Technopole de la santé et du savoir, une option qui sourit à la Ville de Montréal bien qu'elle refuse de prendre position en faveur d'un site. Six critères guideront ces experts dans leur étude à rendre dans moins d'un mois :
- la couverture des besoins en soins hospitaliers;
- l'insertion du nouveau CHUM dans l'organisation des soins de santé sur l'île de Montréal et dans la région de Montréal;
- la synergie et les développements futurs résultant d'un regroupement du CHUM avec les facultés des sciences de la santé de l'Université de Montréal, l'enseignement et la recherche et développement des technologies en santé;
- la sécurité de l'implantation proposée (sécurité environnementale, sécurité reliée aux activités industrielles avoisinantes) compte tenu de la nature stratégique du projet;
- l'accessibilité du site proposé, en matière d'infrastructures de transport (réseaux routiers, transports en commun);
- les investissements requis ainsi que les incertitudes reliées à certains coûts projetés (notamment en matière d'infrastructures urbaines et de transport).
Autre nouveauté à noter -- et qui a d'ailleurs été relevée avec inquiétude par des intervenants des deux institutions --, l'échéancier prévu pour 2010 a été prolongé à 2010-11 hier par Québec.
Avec Marie-Andrée Chouinard


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