Sacré-Coeur-RocklandMD : l'entente est qualifiée de «faux remède»

Clinique Rockland MD


La solution mise en avant par l'hôpital du Sacré-Coeur pour accroître le volume de ses chirurgies d'un jour et contourner la pénurie de personnel est un «faux remède», a dénoncé hier la Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN, qui estime que l'établissement montréalais jette de l'huile sur le feu en faisant appel aux ressources de la clinique privée RocklandMD. Cet avis est étonnamment partagé par l'Action démocratique du Québec (ADQ), qui dit craindre une désaffection des professionnels du réseau public.
Par voie de communiqué, le critique de l'opposition officielle en matière de santé, Éric Caire, a en effet dénoncé hier la «position de faiblesse» dans laquelle le ministre de la Santé place le système de santé en donnant son aval à une entente qui permettra à RocklandMD de mettre son bloc opératoire et du personnel infirmier à la disposition des chirurgiens du Sacré-Coeur. Même si son parti juge souhaitable de faire davantage appel au privé, la manière ne lui plaît pas du tout. «Le ministre a laissé les conditions de pratique se détériorer et, aujourd'hui, c'est le privé qui accueille le personnel désabusé du système public.»
Le député adéquiste n'apprécie pas non plus de voir ce partenariat se négocier derrière des portes closes, d'autant que la clinique RocklandMD vient tout juste d'être rabrouée par la Régie de l'assurance maladie du Québec pour avoir exigé des frais accessoires non conformes à la loi. «Le gouvernement devra faire preuve de transparence et nous expliquer pourquoi il n'a pas lancé d'appel d'offres et pourquoi c'est RocklandMD qui a eu le contrat», a exigé M. Caire, qui aurait préféré que le contrat revienne à une clinique médicale spécialisée associée, comme le prévoit la loi 33.
À la FSSS-CSN, on ne comprend tout simplement pas les calculs faits par la direction de l'hôpital à l'heure où le personnel infirmier connaît une grave pénurie. «Où la clinique privée trouvera-t-elle les infirmières dont elle a besoin, sinon au Sacré-Coeur et dans d'autres établissements publics? Selon nous, le résultat sera contraire à ce que la direction prétend rechercher, car on accentuera ainsi le problème du manque d'infirmières», a commenté la présidente de la fédération, Francine Lévesque.
La directrice générale adjointe de l'établissement estime au contraire que la voie choisie par son hôpital se fera au bénéfice tant des patients que des infirmières. À l'heure actuelle, le bloc opératoire ne peut pas fonctionner à plein régime, faute de personnel. «Recourir au privé va nous permettre de nous rapprocher de notre vitesse de croisière tout en nous permettant de réduire le nombre d'heures supplémentaires demandées à nos infirmières», a expliqué Johanne Roy. Le tout se fera sous haute surveillance et de manière temporaire, le temps que l'hôpital regarnisse ses effectifs infirmiers.
Mme Roy a aussi précisé qu'en aucun cas ce partenariat ne coûtera plus cher que ce qu'il en coûte normalement dans le public, soit un maximum de 600 $ par intervention. Malgré cela, le vice-président du Syndicat des professionnels en soins infirmiers et cardiorespiratoires de l'hôpital persiste à croire que l'idée est contre-productive. «Alors que les installations de l'hôpital sont sous-utilisées, le recours à la clinique RocklandMD est un dédoublement de ressources coûteux et inutile. Pendant ce temps, la direction néglige sa responsabilité d'organiser le travail infirmier», a déclaré Serge Nemey.
L'Institut économique de Montréal (IEDM) croit au contraire que l'idée est bonne et mérite d'être mise à l'épreuve. Dans une note publiée hier, l'institut révélait que le privé accaparait 28,4 % des dépenses totales en santé en 2006, contre 20,3 % en 1981. Cela laisse encore beaucoup de terrain à explorer, croit l'économiste Mathieu Laberge, qui cosigne cette note. «Le privé peut prendre le relais du public et, en plus, il peut le pousser à s'améliorer en apportant de nouvelles idées, de nouvelles façons de faire.»
Mais à trop vouloir prendre de l'expansion, le privé ne risque-t-il pas de dégarnir le réseau public, déjà en pénurie de professionnels? Mathieu Laberge ne le croit pas. «La pénurie est réelle, mais elle est accentuée par l'absence de flexibilité du public. C'est exactement ce que vient corriger l'entente entre RocklandMD et le Sacré-Coeur.» Cela étant, les règles régissant le privé devront être plus précises, prévient l'économiste, qui croit que «le fait d'exploiter des zones grises de la législation nuit à la confiance des citoyens dans le système de santé».


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