Charest nie que trois ministres aient vogué avec Accurso

L'ADQ soulève une vague d'indignation en se fiant à la parole de Benoit Labonté

JJC - chronique d'une chute annoncée

Journée à donner le mal de mer à l'Assemblée nationale, hier. En affirmant que trois ministres avaient séjourné sur le luxueux yacht de l'entrepreneur controversé Tony Accurso, la chef parlementaire de l'ADQ Sylvie Roy a créé un séisme politique. Sa seule source s'est avérée controversée, soit Benoit Labonté. Source que le premier ministre a lui-même tenté de démolir, en soirée.
Québec -- C'est finalement à l'ex-chef de Vision Montréal Benoit Labonté que l'ADQ s'est fiée pour affirmer, en Chambre, que trois ministres du gouvernement avaient séjourné sur le yacht de l'entrepreneur controversé Tony Accurso. L'entourage de la chef parlementaire adéquiste Sylvie Roy a confirmé au Devoir que sa seule source venait de l'entrevue accordée par M. Labonté à RDI et diffusée hier soir.
«Est-ce que le ministre de la Sécurité publique, dans ses vérifications, a appris que le premier ministre sait qu'il y a trois ministres qui ont été sur le bateau d'Accurso?», a lancé Mme Roy hier matin, au Salon bleu, s'attirant les foudres des libéraux et créant instantanément un séisme dans le milieu politico-médiatique. Jean Charest a même demandé à ce que le nouveau chef, Gilles Taillon, la démette de ses fonctions, ce que M. Taillon a refusé de faire, hier.
Une information a toutefois été confirmée par le premier ministre lui-même, hier soir, au moment où l'entrevue était diffusée. (Ce dernier a refusé de faire face à la presse parlementaire et n'a répondu qu'à un seul journaliste.) Le 5 mars, M. Labonté, qui était encore chef de l'opposition à Montréal, a rencontré Jean Charest. Le but: discuter de différents dossiers en lien avec la métropole. Mais M. Labonté, pour une raison inexpliquée, a prétendu, à la fin de l'entretien, vouloir informer M. Charest que trois de ses ministres avaient séjourné sur le bateau du fameux entrepreneur. «Deux sources me disaient que trois ministres avaient été sur le bateau de Tony Accurso», a précisé M. Labonté dans l'entretien diffusé hier. Le premier ministre a tout de suite demandé à M. Labonté les noms de ces trois ministres. M. Labonté a dit les ignorer. Trois semaines plus tard, ce dernier a finalement livré les noms de Julie Boulet, David Whissell et Norm MacMillan, ce qui a été confirmé par le premier ministre en entrevue. Le chef de cabinet du premier ministre de l'époque, Dan Gagnier, a vérifié l'information auprès des trois ministres. Résultat: tout était faux, soutien le premier ministre. Quant à M. Labonté, il a été informé du résultat des vérifications, mais a soutenu maintenir «sa version», qu'il prétend fondée sur des sources policières et politiques.
«Dégueulasse»
En Chambre plus tôt, le premier ministre avait sommé Mme Roy de donner les noms des ministres qu'elle évoquait. Cette dernière avait rétorqué: «Si le premier ministre veut connaître ces trois noms-là, s'il ne les sait pas, qu'il appelle une commission d'enquête publique.» Un procédé qualifié de «dégueulasse» par le bureau du premier ministre. Il a en tout cas conduit les médias, après la période de questions, à se livrer à une chasse singulière. Chaque ministre qui circulait dans les couloirs était interrogé: «Êtes-vous déjà allé sur le bateau de Tony Accurso?»
Au moment où la question lui a été lancée, personne ne savait que Norm Macmillan faisait partie des trois ministres nommés par M. Labonté. Mais le ministre s'est réfugié dans l'humour: «La dernière fois que j'ai fait du bateau, j'avais une truite de deux livres au bout de ma ligne, et ce n'était pas avec Accurso. Lui, il n'était pas au bout de ma ligne non plus.» David Whissell paraissait insulté que la question lui soit posée de nouveau (il y avait déjà nié en avril). «J'ai déjà répondu amplement. J'ai répondu à ça il y a très longtemps. Je n'ai jamais été sur ce bateau. À part dans vos articles...» Julie Boulet a pour sa part évité le couloir dans lequel se trouvaient les journalistes. C'est son attachée de presse Jolyanne Pronovost qui a soutenu plus tard que Mme Boulet ne connaît pas M. Accurso, qu'elle n'avait même «jamais rencontré» ce personnage. Quant au ministre des Finances, Raymond Bachand, il a répondu hier matin qu'en tant qu'ancien président du Fonds de solidarité de la FTQ, il a connu
M. Accurso, mais de la même façon qu'il a connu «des centaines d'autres investisseurs». «Je ne savais même pas qu'il avait un bateau», a-t-il précisé. Les ministres Nicole Ménard (Tourisme) et Jacques Dupuis, disent souffrir du «mal de mer».


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