LIBRE OPINION

Champlain: un symbole nécessaire

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Respecter les acteurs de notre histoire

La ville nous parle. Chaque coin de rue, chaque perspective et chaque ensemble ouvre un nouveau dialogue avec qui veut bien l’entamer. Les Montréalais l’oublient souvent, mais nous sommes chanceux d’être les propriétaires d’une si grande richesse. Le paysage de Montréal témoigne de nos ambitions, de nos rêves et de nos projets. Sa lecture fait également ressortir nos échecs collectifs, sauf qu’au travers de toutes ses imperfections, la métropole s’exprime généralement de façon cohérente. La forme de la ville, ses parcours, ses lieux de rencontre et ses autres points de repère se conjuguent pour donner ce que l’urbaniste Kevin Lynch a nommé « l’image de la cité » dans son ouvrage phare du même nom publié en 1960.

Ainsi, de nombreux symboles contribuent à donner à Montréal une silhouette distinctive, parmi celles qui sont les plus reconnaissables dans le monde. Si on demandait à un Torontois de décrire la silhouette de sa ville sans mentionner la tour du CN, la réponse qu’on obtiendrait ne nous avancerait pas beaucoup. Ici, les atouts du lieu et de nombreuses stratégies d’aménagement ont sculpté la ville peu à peu dans un exercice qui est en constante évolution. Depuis de nombreuses années, le développement de la forme urbaine montréalaise s’appuie sur le concept d’un massif bâti qui fait écho au massif naturel formé par le mont Royal, nommé ainsi par Jacques Cartier en 1535 en l’honneur du roi de France François 1er. La montagne donnera éventuellement son nom à son île, puis à notre ville.

Le paysage urbain que l’on connaît aujourd’hui raconte donc une histoire cohérente dont la montagne et le fleuve constituent le canevas intemporel. Les bâtiments qui forment l’espace urbain définissent les axes et les espaces importants qui portent des noms significatifs. À l’échelle de celui ou de celle qui vit la ville, les toponymes éclairent son image collective. La rue des Carrières nous rappelle l’existence des carrières qui ont employé les premiers habitants des quartiers du nord du Plateau. Son parcours sinueux est aussi symbolique que le nom qu’elle porte. La simple rencontre des boulevards René-Lévesque et Dorchester raconte à elle seule l’histoire récente du Québec. La piste cyclable du boulevard de Maisonneuve porte le nom de Claire Morissette, qui fut l’une des figures les plus importantes du cyclisme urbain au Québec. D’autres rues portent le nom des propriétaires qui ont cédé les terres qui font aujourd’hui nos quartiers et les acteurs de l’histoire récente sont régulièrement honorés.

Le nom des ponts qui relient la Rive-Sud à Montréal illustre également la cohérence de la toponymie montréalaise. Jacques Cartier et Samuel de Champlain enjambent tous deux le fleuve qu’ils ont exploré. Le symbole n’a rien d’anecdotique. Il est frappant.

A priori, rien ne justifie que l’on renomme le pont Champlain parce qu’il sera remplacé. Après tout, la rue Sainte-Catherine, qui fera l’objet d’importants travaux dans les années à venir, ne changera pas de nom pour autant. Pourtant, si Champlain, l’un des plus importants explorateurs de l’Amérique du Nord et fondateur de la ville de Québec, n’est pas à l’abri de l’oubli, quel sort réservera-t-on aux autres témoins de notre histoire ?


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