Calculs électoraux

Élection partielle à Pointe-aux-Trembles



ÉDITORIAL - On se demandait bien de quoi causerait André Boisclair au cours de la campagne électorale qui s'ouvre dans Pointe-aux-Trembles, où il est candidat sans véritable opposition. L'Action démocratique et le Parti libéral n'ayant pas de candidats, le chef péquiste risquait de discourir dans le vide, mais le premier ministre Jean Charest est venu à sa rescousse avec sa déclaration sur le Québec qui possède «les moyens» de faire la souveraineté. Cela a donné l'occasion au Parti québécois de lancer dimanche après-midi sa campagne sur le thème de la souveraineté.
Cette déclaration du premier ministre rend service au chef péquiste à plus d'un titre. Tout d'abord, elle lui permet de revenir sur le thème de la confiance. Les souverainistes ont été l'objet de tant d'attaques sur les conséquences économiques de l'accession du Québec à l'indépendance qu'ils sont instinctivement sur la défensive lorsque ce thème est abordé. Il va sans dire que, lorsque l'un des plus farouches défenseurs du fédéralisme constate que la maturité économique du Québec rend possible la souveraineté, il y a de quoi alimenter quelques discours.
Le chef péquiste ne manquera pas d'exploiter à fond les propos de M. Charest durant cette campagne, d'autant plus que ses rares adversaires chercheront à recruter des votes dans l'électorat souverainiste, qui entretient encore certaines réserves envers son nouveau chef. En ayant ainsi l'occasion de tenir un discours fort sur le thème de la souveraineté, M. Boisclair pourra plus facilement convaincre les siens de serrer les rangs, plutôt que de disperser leurs votes le 14 août dans des tiers partis comme Québec solidaire et le Parti vert, qui seront les seuls à lui opposer des candidats.
Cette dispersion du vote souverainiste, si elle ne constitue pas une réelle menace pour le chef péquiste, représente néanmoins un risque au plan de l'image. Dans un comté qui lui est acquis d'avance en principe, il serait humiliant pour lui que ces deux tiers partis le chauffent de trop près. Cela pourrait arriver si, en plus du vote libéral et adéquiste qui pourrait se déplacer vers eux, Québec solidaire et le Parti vert profitaient au surplus d'un transfert du vote péquiste.
L'absence du Parti libéral dans Pointe-aux-Trembles a été présentée comme un geste noble envers le nouveau chef du Parti québécois pour qu'il fasse sans plus tarder son entrée à l'Assemblée nationale. Cela relevait plutôt du calcul politique. On savait bien que Québec solidaire et le Parti vert ne résisteraient pas à la tentation d'aller marquer quelques points faciles dans cette élection. Laisser la gauche et les souverainistes se battre entre eux risquait d'être d'autant plus amusant que, par ailleurs, André Boisclair serait réduit à donner des coups dans le vide contre le gouvernement libéral en raison de son abstention. Ce n'est pas ce qu'on appelle jouer franc jeu. Mais est pris qui voulait prendre puisque, depuis l'Europe où il est en tournée, Jean Charest se retrouve au coeur de la campagne de Pointe-aux-Trembles.
bdescoteaux@ledevoir.ca


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