Entrevue à RDI

Bouchard estime défendre «les intérêts» des Québécois

À la place de Jean Charest, il déclencherait une commission d'enquête sur la construction

Gaz de schiste


Lucien Bouchard

Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir

Alexandre Shields - S'il était premier ministre, Lucien Bouchard déclencherait une commission d'enquête sur l'industrie de la construction, à l'instar de ce que souhaitent une majorité de Québécois mais que refuse toujours Jean Charest. C'est ce qu'a lancé hier le nouveau président de l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) au cours d'une rare sortie publique consacrée essentiellement à défendre l'exploitation des énergies fossiles.
«Pendant très longtemps, je comprenais le gouvernement de vouloir éviter une commission d'enquête. Il faut faire attention avant de créer une commission d'enquête, a-t-il affirmé sur les ondes de RDI. Mais depuis quelque temps, je crois qu'il en faudrait une. Le gouvernement paie un prix énorme pour ne pas la faire et si j'étais au gouvernement, je la ferais.»
Celui qui se définit toujours comme un souverainiste n'est toutefois pas convaincu que cela permettrait de faire «le ménage». «Mais dans le contexte d'un assainissement des perceptions au Québec, je pense que ce serait important.»
Oui au gaz de schiste
Au cours d'une entrevue d'une heure, M. Bouchard a surtout répété que s'il a accepté de prendre la tête de l'APGQ, c'est qu'il a à coeur «les intérêts supérieurs des Québécois» et que selon lui, ces intérêts sont compatibles avec l'exploitation de l'énergie fossile.
Lucien Bouchard s'est d'entrée de jeu défendu d'être «un simple porte-parole» ou encore «un esclave» des entreprises pétrolières et gazières. L'ancien premier ministre, dont la rémunération sera assurée par la multinationale albertaine Talisman Energy, voit plutôt l'exploitation du gaz de schiste comme un dossier d'«intérêt public». «Je suis convaincu que les industriels ne pourront jamais penser développer cette ressource s'ils ne sont pas capables de subordonner leurs intérêts à l'intérêt public, a-t-il fait valoir. Et quel est l'intérêt public? C'est l'environnement, c'est de s'assurer que l'enrichissement profitera à tout le monde, s'assurer que les relations avec les communautés locales se feront dans le respect, s'assurer qu'il y ait une collaboration avec les municipalités, etc. C'est un vaste programme, j'en conviens.»
Vaste programme en effet, lorsqu'on sait que 55 % des Québécois refusent qu'on se lance dans l'exploitation gazière. «Manifestement, mes clients doivent accepter un repositionnement, a d'ailleurs reconnu celui qui travaille aujourd'hui pour un des cabinets d'avocats les plus réputés du Québec. La situation qu'on constate résulte en grande partie de dérapages qui leur sont attribuables. Il faut qu'ils le reconnaissent.»
Qu'en est-il de l'impression de copinage qui se dégage du départ de nombreux membres du gouvernement Charest vers les compagnies pétrolières et gazières? «Il y a eu des perceptions négatives qui ne sont pas nécessairement illégitimes», a admis Lucien Bouchard.
Convaincu que le Québec «doit exploiter ses ressources naturelles», l'ancien premier ministre a plaidé pour une hausse substantielle des redevances. Il suggère aussi de créer un «fonds pour les générations futures» avec une partie de l'argent provenant des redevances.
Mais pas question de nationalisation, ni de moratoire. «Mieux qu'un moratoire, je crois qu'on devrait convenir d'un programme limité où on travaille surtout sur les puits déjà forés. On va apprendre des choses pour réduire les risques et se donner des normes.» Au chapitre de la protection de l'environnement, il s'en remet entièrement au travail du BAPE et a souligné que les nombreux cas de fuites recensés au cours des derniers mois ne constituent pas des «désastres».


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