Boisclair fait face à une mutinerie

PQ - leadership en jeu - la tourmente


Denis Lessard et Tommy Chouinard - Devant André Boisclair qui veut repousser à un congrès en 2009 le vote de confiance des membres sur son leadership, une douzaine de députés péquistes ont répliqué hier qu’il fallait crever l’abcès bien plus rapidement.
Derrière les portes closes du caucus de deux jours qui s’est terminé hier, André Boisclair s’est fait dire par ses députés les plus influents que les militants devraient pouvoir se prononcer dès cet automne sur la confiance qu’ils ont envers lui.
«La question de la légitimité du chef se pose dès maintenant», ont soutenu plusieurs élus devant André Boisclair, ont indiqué hier de nombreuses sources à La Presse. Tout le monde avait convenu de ne pas souffler mot des discussions, et avant de quitter la réunion, M. Boisclair a soutenu qu’il comptait réfléchir, et que les journaux d’aujourd’hui allaient l’éclairer sur la marche à suivre.
Sans vouloir discuter de la réunion à huis clos, le député Serge Deslières s’est ouvertement dit d’avis qu’il fallait rapidement crever l’abcès. « Je suis partant pour que la question du vote de confiance se règle rapidement, dès l’automne prochain, dans un congrès spécial ou autre chose. Il y a une tendance au caucus pour que cette question se règle dans des délais assez courts », a révélé le député de Beauharnois, Bernard Deslières, dans un entretien accordé à La Presse.
«Actuellement, ça grouille. Cela va grenouiller, et se gangrener. Ne faisons pas comme en 2003, tentons de régler cela», a lancé M. Deslières. Il faisait allusion à l’incertitude qui avait perduré pendant plusieurs mois après les élections de 2003 quant à la volonté de Bernard Landry de demeurer à la tête du PQ.
Selon les informations obtenues d’autres sources, il n’y a pas eu de sorties émotives au caucus d’hier, mais le tir groupé de plusieurs élus a semblé surprendre André Boisclair. Il y a deux jours, il avait qualifié de « science-fiction » le reportage de La Presse révélant qu’une majorité de députés voulaient passer le capitaine par-dessus bord.
Stéphane Bergeron, député de Verchères, fut le premier à soutenir que le parti ne pouvait attendre 2009. Il fut suivi tout de suite par Camil Bouchard, député de Vachon. François Legault est intervenu peu après, suivi de plusieurs autres, François Gendron, Serge Deslières, Sylvain Pagé et Claude Cousineau.
Louise Harel s’est jointe aux mutins. Soutenant que la question du leadership était légitime, mais ambiguë, elle ne fixa pas d’ultimatum pour l’automne. Elle ajouta qu’il appartenait à M. Boisclair d’y répondre.
Une surprise : un nouvel élu, Pierre Curzi, a souligné aussi qu’il fallait tirer les choses au clair.
En tout, plus d’une douzaine des 36 élus n’étaient pas du tout d’accord pour attendre 2009 pour la tenue d’un congrès, le plan de match réitéré hier par André Boisclair.
Furieux après un accrochage avec André Boisclair, jeudi, Daniel Turp était absent hier. Mais il appuie les mutins, indique-t-on. Il s’était fait durement critiquer par ses pairs, la veille, pour avoir proposé publiquement, sur un projet de Constitution québécoise, une proposition trop proche du fédéralisme renouvelé de l’ADQ, selon plusieurs.
Hormis M. Curzi, la plupart des 11 nouveaux députés élus il y a un mois, dont Bernard Drainville, sont restés prudents, penchant plutôt en faveur du plan de match d’André Boisclair.
Paraissant fatigué à l’issue de la réunion, André Boisclair refusa de répondre quand on lui demanda si des députés voulaient devancer le vote sur son leadership. Ces «conversations sont confidentielles», a-t-il dit lors du point de presse de clôture. Pour lui, «le mot clé de deux jours de réunions, c’est qu’on fait une équipe unie, soudée, au caucus du Parti québécois». Il a souligné qu’« aucun » des élus n’avait réclamé son départ. «Je n’ai vu personne, dans les deux derniers jours, s’engager dans des procès d’intention, ou essayer de trouver des solutions simples à des problèmes complexes», a-t-il dit.
Mais André Boisclair vise toujours un congrès en 2009, « comme le prévoient les statuts et les règlements » du parti. « Je pense que, si ce n’est que par respect pour la qualité de la réflexion qui est engagée, il ne faut pas précipiter les choses.
Il y a une vraie discussion qui est engagée au Parti québécois », a-t-il expliqué.
«En regardant les chiffres, a souligné M. Boisclair, en faisant de l’analyse politique très froide, les gens comprennent que le problème n’est pas que le chef, que la difficulté ne se trouve pas que là, qu’elle se situe aussi sur le fond des choses.»
Au caucus, certains ont parlé d’un vote par la poste, d’un congrès spécial convoqué spécifiquement pour ce vote de confiance, un passage obligé pour le chef péquiste après une défaite électorale.
La démission surprise de Philippe-Edwin Bélanger, le président régional de Québec, a valu à ce dernier hier plusieurs coups de fil. Déjà, Louise Harel l’avait contacté la veille pour «parler de la suite des choses», a-t-il expliqué. Cette rencontre n’a pu avoir lieu encore parce qu’il est en convalescence. Hier, Daniel Turp a aussi tenté d’entrer en contact avec le dissident Bélanger, qui avait été élu à la vice-présidence du PQ au moment de la démission de Bernard Landry.
Hier, M. Bélanger prédisait qu’il serait difficile de réunir les deux tiers des voix à la prochaine conférence des présidents pour la tenue d’un congrès dès l’automne.
Les régions de Lanaudière, des Laurentides, de l’Outaouais et de Québec veulent presser le pas, mais à Montréal et en Montérégie, les supporters d’André Boisclair ont davantage de contrôle, évalue-t-il. Dans les Laurentides, une majorité de circonscriptions réclament un congrès. Les députés Pagé (Labelle) et Cousineau (Bertrand) ont en poche des résolutions de leur exécutif en ce sens.
André Boisclair a dit «regretter» la démission de M. Bélanger, qui soutenait que le chef du PQ avait peur du verdict de ses militants. «Le vrai courage, ce n’est pas de démissionner. C’est de s’engager dans un débat sur les orientations qui seront privilégiées par le Parti québécois», a soutenu le chef péquiste, reconnaissant «une divergence sur le fond» avec le démissionnaire.
«Il faut travailler ensemble», a-t-il martelé. Avant cette démission, M. Boisclair avait soutenu qu’il avait «un vrai conflit» avec certains militants de Québec et qu’il n’avait pas l’intention de baisser la garde. «Je persiste et signe», avait-il soutenu.
Hier, il temporisait. «Ce n’est pas parce que nous avons des désaccords que pour autant il faille claquer la porte. Cette culture-là est sans doute celle qui a beaucoup nui dans le passé au Parti québécois. J’invite les militants à se tenir loin de ce réflexe. Venez discuter autour de la table avec nous.»
«Jamais de la sainte vie» il ne cherche à se débarrasser de ceux qui le défient ouvertement, a-t-il ajouté.
Des souverainistes «purs et durs», dont Patrick Bourgeois, éditeur du journal indépendantiste Le Québécois, se réuniront la semaine prochaine et pourraient aller jusqu’à créer un nouveau parti indépendantiste. «Je ne suis fermé à rien. Un moment donné, un PQ qui s’en va sur une voie fédéralisante, moi je n’ai plus ma place là. À partir de là, qu’est-ce que je fais?» a lancé M. Bourgeois, partisan d’un congrès à l’automne 2007 ou au printemps 2008. Il entend demeurer au sein du PQ à la condition que celui-ci pose des gestes visant à faire la promotion de la souveraineté.
Devant cette menace de départ, André Boisclair a souligné que «le défi, ce n’est pas de quitter mais plutôt de travailler ensemble». Les Québécois sont fatigués selon lui que les péquistes se chicanent sur la place publique.
À ceux qui le soupçonnent de vouloir mettre l’option en veilleuse, le chef péquiste a répondu que «la souveraineté demeure au cœur de la démarche politique» du PQ. «Il reste à voir cependant quels sont les moyens pour reprendre la discussion sur la souveraineté, quelle stratégie nous proposerons aux Québécois pour y arriver. Mais en toutes circonstances, il est clair que l’accession du Québec à la souveraineté devra se faire de façon démocratique par un référendum», a-t-il expliqué.
Le chef péquiste a déjà écarté l’idée de tenir un référendum «le plus tôt possible dans un prochain mandat», un engagement contenu dans le programme du PQ.
Avant de se soumettre à un vote de confiance, André Boisclair compte présenter aux militants de nouvelles orientations pour le parti. Son objectif est que le parti «se rapproche de la population sans vendre son âme». Il dit avoir l’appui de tous les députés pour réformer le programme.


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