AUSTÉRITÉ

Au nom de quoi?

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Il était temps de poser la question tant cette démarche pue l'idéologie

La confusion grandit présentement au Québec : à quel titre au juste le gouvernement Couillard fait-il le ménage dans les finances publiques ? Pour améliorer le sort des Québécois ou pour le défi idéologique de faire place nette ? Les deux propositions ne sont pas synonymes et ne produisent pas les mêmes effets, comme de plus en plus de voix le soulignent.
Elles se font rarement entendre, d’où l’intérêt de les écouter : voilà que même les fondations privées font état sur la place publique de leur inquiétude face aux changements enclenchés par le gouvernement libéral de Philippe Couillard. Y a-t-il des balises, des limites, ou ne s’agit-il que d’un exercice comptable ?

Le gouvernement répète comme un mantra qu’il s’agit d’assainir les finances publiques en vue de lendemains qui chantent. On débat pour savoir si la réduction des dépenses relève d’un exercice de rigueur, ce que prétend le gouvernement, ou d’austérité, ce que disent les économistes sérieux. Mais ce qui est clair, c’est qu’il manque un postulat à cette opération : que veut-on préserver de la manière d’être et de faire de l’État québécois ?

Pour les fondations privées, dont nous publions le texte collectif, signé d’organismes aussi différents que la Fondation Lucie et André Chagnon et la Fondation Léa-Roback, le critère à suivre s’exprime bien simplement : une réforme vaut la peine si elle permet de réduire les inégalités, ou à tout le moins ne les aggrave pas.

L’égalité sociale, soulignent-elles, n’est pas une tare. C’est au contraire un atout majeur, qui accroît la participation économique et démocratique, la santé, la paix sociale. Ne confondons pas l’examen de l’efficacité de l’action de l’État avec la réduction de celle-ci. Le fait que « le Québec est la société la plus égalitaire en Amérique du Nord » est une « situation enviable », lit-on encore, un rappel qui devrait être une évidence pour tous, encore plus pour un gouvernement.

Les fondations privées n’ont pas pour rôle de faire de l’analyse politique, et l’expression de leurs préoccupations relève ici d’une mise en garde plutôt que d’une dénonciation. Il reste que leurs craintes reprennent ce qu’on entend dans d’autres milieux, et pas seulement dans les syndicats ou chez des militants. C’est le cas en région par exemple ou dans les municipalités. Ainsi, après un appel lancé il y a quelques jours par Montréal et les villes avoisinantes, on a vu mardi la Fédération québécoise des municipalités s’associer à son tour à des regroupements de coopératives et de logements communautaires pour réclamer la reconduction d’Accès-Logis, un programme majeur et original qui, depuis des années, a permis le développement du logement social dans l’ensemble du territoire québécois, une vraie réponse structurante à des problèmes de pauvreté. Est-ce que le rendement social, sur le long terme, d’une telle dépense est pris en compte par le gouvernement qui, dit-on, voudrait la passer à la trappe dans son prochain budget ?

Un ménage intelligent des finances publiques permettrait en fait de renforcer les innovations québécoises qui profitent à la collectivité en séparant le bon grain de l’ivraie. Mais les libéraux version Couillard misent sur la logique inverse : effacer l’État. Après, c’est affaire d’individus : que les pauvres se tassent, que la classe moyenne paie davantage sa place en CPE comme son électricité, que les rois du village s’arrangent avec leurs problèmes de rentabilité, que les instances de concertation disparaissent, que le citoyen se contente de voter tous les quatre ans.

Tout cela est bien plus vaste qu’une lutte contre le gaspillage, bien plus pernicieux qu’une opération pour contrôler le déficit. La transformation radicale du Québec est en cours : c’est bien ce qu’il faut lire derrière les inquiétudes.


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