Éducation

À vos crayons, chers élèves!

Tribune libre

Les temps sont durs pour l’utilisation du crayon dans nos écoles, éclipsé par la prolifération des gadgets électroniques dont l’attrait ne cesse de croître en popularité.

Et pourtant, force est de constater que la qualité du français dans les institutions d’enseignement périclitent dangereusement. Il y a là, à mon sens, de quoi s’interroger sérieusement sur les moyens technologiques utilisés pour améliorer la qualité du français chez les élèves. Et si l’on apportait comme hypothèse possible qu’une des raisons principales expliquant, du moins en partie, le déclin du français, réside dans le fait que les élèves n’écrivent plus, enfin bref, qu’ils sont en train d’oublier l’existence même du crayon.

Cerveau à « off »

D’entrée de jeu, qu’on le veuille ou non, la présence des outils technologiques en éducation est là pour rester et évoluer continuellement. Aussi faut-il faire preuve de prudence eu égard à leur utilisation qui peut produire des effets néfastes sur le développement des facultés intellectuelles chez les jeunes. De plus, est-il utile de rappeler que c’est le cerveau humain qui a conçu ces outils et qu’en ce sens, ils existent comme moyens mis à la disposition des enseignants dans leur approche pédagogique occasionnellement.

Une des particularités de certains logiciels « correcticiels » comme Antidote, bien qu’utiles eu égard à certaines activités professionnelles, conduit inexorablement les élèves à une paresse intellectuelle qui va complètement à l’encontre du développement du sens de l’effort, une valeur fondamentale de l’école.

De surcroît, l’arrivée de l’intelligence artificielle (IA), quoiqu’une avancée remarquable dans plusieurs sphères de la société, apporte par ailleurs son lot d’inconvénients en éducation, notamment l’incitation au plagiat. En effet, le robot ChatGPT, à titre d’exemple, dispose de capacités infinies, notamment de résumer un livre de 300 pages en trois secondes ou de faire une recherche sur un sujet précis dans la même période de temps. En termes clairs, le cerveau des élèves est placé en position « off ».

Bienfaits de l’écriture

Devant de tels écueils menaçant vertement le développement des facultés intellectuelles des élèves, l’écriture apparaît comme un moyen privilégié d’allumer l’imagination des jeunes tout en leur permettant d’acquérir des connaissances nouvelles sur leur langue. Dans notre monde de culture numérique, certains pourraient croire que l’apprentissage de l’écriture est sans intérêt et gaspille un temps d’apprentissage précieux. Or, frapper la touche « d » sur un clavier ne relève pas du même processus mental que de la coucher sur papier. Pour d’autres, l’écriture cursive semble être démodée et trop difficile à maîtriser. Or, écrire n’est difficile que si ce n’est pas automatique, et par conséquent inscrit dans la mémoire à long terme.

Selon les recherches effectuées sur le sujet, c’est à partir de la 4ème année du primaire que les exigences cognitives s’accélèrent brusquement. D’ailleurs, ceux qui sont capables d’écrire couramment ont une plus grande capacité de mémoire qui leur permet de planifier, d’organiser, de réviser et de récupérer un vocabulaire sophistiqué.

Le cerveau humain a nécessairement besoin de stimuli pour se développer. Conséquemment, il est plus que temps de ressortir des boules à mites les grammaires et les dictionnaires, et que les étudiants soient confrontés seuls avec leur crayon et devant la page blanche, et mettent sur papier les résultats émergeant de leurs propres réflexions. En bref, il est grand temps de remettre le crayon entre les mains des élèves.


Henri Marineau, enseignant de français au secondaire à la retraite


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Né dans le quartier Limoilou de Québec en 1947, Henri Marineau fait ses études classiques à l’Externat Classique Saint-Jean-Eudes entre 1959 et 1968. Il s’inscrit par la suite en linguistique à l’Université Laval où il obtient son baccalauréat et son diplôme de l’École Normale Supérieure en 1972. Cette année-là, il entre au Collège des Jésuites de Québec à titre de professeur de français et participe activement à la mise sur pied du Collège Saint-Charles-Garnier en 1984. Depuis lors, en plus de ses charges d’enseignement, M. Marineau occupe divers postes de responsabilités au sein de l’équipe du Collège Saint-Charles-Garnier entre autres, ceux de responsables des élèves, de directeur des services pédagogiques et de directeur général. Après une carrière de trente-et-un ans dans le monde de l’éducation, M. Marineau prend sa retraite en juin 2003. À partir de ce moment-là, il arpente la route des écritures qui le conduira sur des chemins aussi variés que la biographie, le roman, la satire, le théâtre, le conte, la poésie et la chronique. Pour en connaître davantage sur ses écrits, vous pouvez consulter son site personnel au www.henrimarineau.com





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