Vivement la discipline de Duceppe au PQ

Plusieurs députés bloquistes souhaitent voir leur chef remettre un peu d'ordre dans la famille provinciale

PQ - succession de Boisclair


«La discipline, ça ne vient pas à coups de pied quelque part. Ça vient par des débats, le choc des idées, puis la solidarité une fois qu'on s'est décidé», dit Gilles Duceppe.

Ottawa -- Alors que Gilles Duceppe se donne encore quelques jours pour décider s'il briguera ou non la succession d'André Boisclair, plusieurs bloquistes espèrent qu'il fera le saut pour exporter son sens de la discipline à un Parti québécois qui en a cruellement besoin. Cette déclaration est sortie de la bouche de Louis Plamondon, un membre fondateur du Bloc québécois. «Ce qui manque le plus au PQ, c'est un chef qui imposerait une discipline, qui botterait le derrière à certains, qui ferait en sorte que le parti pourrait aller de l'avant sans s'entredéchirer.»

Pour M. Plamondon, le problème vient de ces «125 présidents [de circonscription] qui croient diriger le parti et des présidents régionaux qui pensent être les conseillers du chef». Il faut, selon lui, «mettre de l'ordre dans ce parti».
Cet avis est partagé par un autre pilier du parti, Michel Gauthier, qui quittera la vie politique cet été pour prendre le micro. Lorsqu'on lui a demandé si les péquistes seraient prêts à accepter la poigne de M. Duceppe, il a répondu: «Il va falloir qu'il soit prêt, le PQ, parce qu'à mon avis, la marge de manoeuvre est épuisée. Ils ne l'ont plus. À un moment donné, il va falloir que ça marche. Gilles Duceppe a la qualité pour que ça fonctionne.»
Au moins un autre bloquiste qui a aussi connu le Parti québécois pour en avoir porté les couleurs lors d'un scrutin déplore la pagaille caractéristique de la famille provinciale et souhaite aussi voir M. Duceppe y faire le ménage.
«J'ai vécu les deux et je n'en suis pas revenu! Pendant la campagne, j'étais étonné de voir comment il y avait absence de discipline», a dit cette personne sous le couvert de l'anonymat. «Dans les comtés, on n'avait pas de directives claires, sauf ce qu'il y a dans la plateforme. J'étais étonné de voir ça.»
Selon cette personne, la survie du PQ dépend de cette rigueur et de cette discipline qu'il se devra se donner. «Je ne me sens pas péquiste quand j'entends Yves Michaud sortir et faire le pitre comme il l'a fait depuis plusieurs années. Je ne me sens pas péquiste non plus quand Marc Laviolette sort et prend position prétendument pour l'aile dure du PQ. On devrait prendre exemple sur d'autres partis politiques, les libéraux y compris. Ils ne lavent à peu près jamais leur linge sale en public. S'il y en a un qui devrait susciter les réactions de ses troupes, c'est bien Jean Charest, et pourtant, on n'entend pas ce genre de déchirements en public. Ça ne veut pas dire que ça ne se fait pas.»
La sortie de Louis Plamondon, tôt dans la journée d'hier, n'a pas tellement plu à l'entourage de M. Duceppe, à commencer par le chef lui-même. «Je pense que Louis est très coloré, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais non, la discipline, ça ne vient pas à coups de pied quelque part. Ça vient par des débats, le choc des idées, puis la solidarité une fois qu'on s'est décidé.»
«L'exigence, la rigueur, ça ne nuit jamais», a quand même lancé le chef bloquiste, qui reconnaît aussi être «exigeant». Toutefois, a-t-il ajouté, «les députés qui ont été membres d'autres caucus m'ont tous dit que là où ils avaient le plus de liberté, de démocratie, de capacité de s'exprimer, c'est au sein du caucus du Bloc».
En fin de journée hier, l'entourage du chef n'aimait tellement pas l'orientation que prenaient les reportages qu'il a dépêché deux députés pour parler aux journalistes alors que le matin même, à la sortie du caucus hebdomadaire, ceux-ci avaient été invités à ne pas piper mot.
Succession de Gilles Duceppe
Selon Louis Plamondon, M. Duceppe prendra sa décision d'ici quelques jours. «M. Duceppe s'est engagé à faire une réflexion très intense dans les jours qui viennent», a-t-il dit. Au cours du caucus, le chef avait invité chacun de ses députés à révéler le fond de sa pensée sur l'opportunité pour lui de faire le saut à Québec.
Peu de choses ont transpiré de cette rencontre, à part le fait que les députés étaient «sereins», de l'avis de plusieurs. Contrairement à 2005, quand le poste de chef péquiste s'était libéré une première fois, les députés bloquistes ne craignent plus de voir partir leur chef. Claude Bachand est du groupe. «En 2005, je lui avais recommandé de ne pas partir, alors que là, je lui dis d'y aller», a-t-il expliqué au Devoir.
Un autre ex-bloquiste qui souhaite taire son identité a noté que contrairement à 2005, la survie du Bloc québécois est en jeu elle aussi, d'où son voeu de voir M. Duceppe tenter sa chance. «Il y a urgence. Le PQ tire le Bloc vers le bas», analyse-t-il à la lumière des résultats de sondages. Les députés bloquistes se rendraient donc compte qu'ils ne se protégeraient pas nécessairement en conservant leur chef.
La question de la succession de M. Duceppe se pose aussi avec acuité. Le nom de Pierre Paquette revient le plus souvent. Certains croient que son impressionnant réseau de contacts, qui lui a permis de bien arrimer le programme du Bloc avec les préoccupations des gens, est un atout. D'autres estiment qu'il n'a pas «l'adrénaline» nécessaire pour le poste de chef.
Les ex-députés Richard Marceau et Yvan Loubier ne sont pas intéressés. Le nom de Réal Ménard (Hochelaga-Maisonneuve) revient beaucoup. Il serait tenté par l'expérience pour pousser ses idées jusqu'au bout. Ce député, discret mais toujours parfaitement au fait de ses dossiers et redoutable critique législatif, ne ferait toutefois pas l'unanimité à cause de ses idées tranchées. En outre, son état d'homme homosexuel montréalais pourrait peut-être lui nuire compte tenu du contexte actuel.
Poigne de fer
La discipline avec laquelle Gilles Duceppe a réussi à diriger ses troupes n'a pas toujours fait des heureux à Ottawa. Il y a quatre ans, le député Bernard Bigras avait déposé une résolution en plein congrès de son parti pour réclamer l'assouplissement de la ligne de parti.
«Les députés doivent pouvoir s'exprimer librement et publiquement sur toute situation politique qui ne fait pas déjà l'objet d'une position adoptée par le congrès, par le conseil général ou par le caucus», disait cette résolution, approuvée contre la volonté du chef et de son entourage.
Cette résolution en apparence banale avait à ce point irrité l'équipe du chef que celle-ci avait arpenté les corridors du congrès pour enregistrer systématiquement les propos des députés chaque fois que ceux-ci s'adressaient à un journaliste, ne serait-ce qu'une conversation privée autour d'un café.
Récemment, la députée Louise Thibault a claqué la porte du Bloc québécois en déplorant l'incapacité de prendre la parole et le risque constant d'être puni advenant le moindre écart idéologique.
Le PQ réagit
Tout juste élu chef de l'aile parlementaire du PQ par ses pairs, le député d'Abitibi-Ouest, François Gendron, a indiqué que le caucus péquiste n'acceptait pas les propos de M. Plamondon, qu'il juge inappropriés. «Je connais M. Plamondon depuis des années. On dirait qu'il fait parfois de l'humour comme son frère [le parolier Luc Plamondon]», a dit M. Gendron.
Avec la collaboration de Robert Dutrisac


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