Valeurs communes québécoises - Une nouvelle frontière entre «Nous» et «Eux»?

Déclaration sur les valeurs communes <br>Contrat d'adhésion



Au Québec, l'ouverture à la diversité et le cosmopolitisme sont en vogue... D'ailleurs, les discours gouvernementaux ne ménagent pas les épithètes pour rappeler à quel point l'immigration, le pluralisme et les restaurants ethniques contribuent à l'enrichissement collectif.
En dépit de ces belles paroles, le Parti libéral annonçait mercredi dernier l'adoption prochaine d'une déclaration des valeurs communes québécoises destinée aux immigrants. Il est difficile de ne pas voir dans ce geste stratégique un glissement vers un populisme douteux, qui, de surcroît, coïncide pratiquement avec le lancement de la campagne électorale provinciale.
Au delà des motivations électoralistes qui la sous-tendent, quelle est donc l'utilité de cette déclaration des «valeurs communes en vigueur au Québec» quand deux chartes (canadienne et québécoise) et un ensemble de lois existent déjà pour préciser la portée et la limite des droits de chaque citoyen?
Quel bien-être?
Sur un plan symbolique, ce document cautionne d'abord une hiérarchisation des droits (déjà) protégés par les chartes en sélectionnant certains d'entre eux, dont l'égalité entre hommes et femmes, et en en omettant d'autres, dont le droit à l'égalité et à la liberté de conscience et de religion. Qui plus est, les contours de ces valeurs considérées comme primordiales et présumées communes sont plutôt nébuleux, car on se limite à les nommer sans en approfondir le contenu. Mais alors, qu'entend-on par l'égalité entre hommes et femmes ou encore par «le bien-être général»? Ces valeurs revêtent-elles vraiment le même sens pour tout le monde?
Par les choix de valeurs qu'elle opère, surtout en ce qui concerne l'égalité entre hommes et femmes, cette nouvelle déclaration semble en outre cibler certains groupes en particulier, plus visibles que d'autres dans l'espace public, tels les sikhs, les musulmans ou les juifs orthodoxes. Certains segments de ces groupes entretiennent en effet un rapport moins sécularisé à leur religion que le groupe majoritaire au Québec et servent de repoussoir à partir duquel on essaie de se forger une nouvelle identité.
Symbolique
Mais si nous sommes plus frileux par rapport à ces «zones sensibles» symbolisant la modernité, pour reprendre l'expression de Margalit Cohen-Émérique, n'est-ce pas justement parce que ces valeurs sont acquises depuis peu dans notre propre société et qu'elles ne sont peut-être pas aussi solidement ancrées qu'on aimerait le croire, même chez les membres de la majorité? Or la déclaration des valeurs communes en vigueur au Québec, en traçant une frontière implicite mais non moins réelle entre le «Nous» et le «Eux», semble confirmer que la majorité est dans la bonne voie et que ce sont les immigrants qui doivent être soupçonnés d'emblée de transgresser les droits.
Si cette déclaration acquérait plus qu'un statut symbolique pour devenir coercitive, son interprétation pourrait, à mon sens, devenir élastique et finir par exclure ceux qui respectent les droits et les lois mais qui s'écartent peut-être du religieusement acceptable au Québec.
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Stéphanie Tremblay, Détentrice d'une maîtrise en sociologie de l'UQAM


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