Trudeau doit calmer la colère de l'Ouest, avertit Preston Manning

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La pression monte pour forcer Ottawa à infléchir sa politique pétrolière


(Ottawa) Qu’il soit rationnel ou pas, le projet sécessionniste du mouvement « Wexit » gagnera en popularité si Justin Trudeau ne s’attaque pas aux causes fondamentales de la colère de l’Ouest, redoute l’ex-dirigeant du Parti réformiste Preston Manning.


Le sentiment d’aliénation qui assaille en particulier l’Alberta et la Saskatchewan est plus puissant aujourd’hui qu’à la fin des années 80. « Cette fois, c’est plus intense et plus concentré géographiquement », affirme l’ancien politicien en entrevue avec La Presse.


À l’époque, les troupes réformistes étaient débarquées à Ottawa avec le slogan The West Wants in (« L’Ouest veut entrer »). Trois décennies plus tard, voici qu’un mouvement baptisé « Wexit Canada » veut envoyer dans la capitale des élus séparatistes dont la motivation serait… l’inverse.


Le groupe a fait une demande d’enregistrement comme parti politique fédéral officiel, a indiqué lundi Élections Canada. Son fondateur, Peter Downing, a expliqué au réseau CTV vouloir faire pour l’Ouest du Canada ce que le Bloc québécois a fait pour le Québec.


« Irrationnel »


Le premier ministre albertain Jason Kenney a qualifié d’« irrationnel » ce projet qui a pris de l’ampleur au lendemain du scrutin du 21 octobre dernier — car la province, qui a soif d’oléoducs pour exporter son pétrole, serait enclavée et perdrait son accès aux côtes.





PHOTO AMBER BRACKEN, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE


Jason Kenney, premier ministre de l'Alberta





N’empêche, « si le premier ministre Trudeau ne règle pas les problèmes à l’origine de la colère des gens, on verra les appuis à la séparation croître, que le projet soit rationnel ou pas. Ça va devenir une réalité politique », argue M. Manning.


 

Car les résultats des élections « n’ont fait qu’aggraver les choses : on a un gouvernement libéral minoritaire appuyé par le NPD, et c’est le scénario que l’on redoutait le plus en Alberta et en Saskatchewan », expose-t-il.


Et Justin Trudeau ne peut y remédier avec des solutions « cosmétiques » comme celle de confier à l’ancienne ministre libérale albertaine Anne McLellan le mandat de formuler des conseils sur la composition du prochain cabinet ministériel, selon lui.


« Ce qu’il doit faire, c’est répondre aux trois demandes de Jason Kenney et de Scott Moe [premier ministre de la Saskatchewan] : cesser de mettre des obstacles à la construction d’oléoducs, revoir la formule de la péréquation et abolir la taxe carbone », tranche-t-il.


« Si le fédéral ne le fait pas, je crois que ces gouvernements provinciaux lui signaleront clairement que cela fournira des munitions à des mouvements indépendantistes sur lesquels ils n’auront que très peu de pouvoir », soutient Preston Manning.


L’abolition de la taxe carbone n’est aucunement dans les cartons à Ottawa, pas plus que la révision de la formule de calcul de la péréquation — une formule que Jason Kenney a défendue à l’époque où il était ministre sous Stephen Harper, a déjà souligné Justin Trudeau.


Le « Wexit »


Le terme « Wexit » — calqué sur le mot « Brexit », qui décrit la sortie prévue du Royaume-Uni de l’Union européenne — a cartonné sur les réseaux sociaux après les élections du 21 octobre, où les libéraux ont été rayés de la carte en Alberta et en Saskatchewan.


Selon un sondage Ipsos mené pour Global News entre le 24 octobre et le 1er novembre, la flamme souverainiste a pris de la vigueur dans l’Ouest. En Alberta, 33 % voudraient quitter le Canada. En Saskatchewan, c’est 27 %. Au Québec ? 26 %.


Il n’a pas été possible de s’entretenir avec le fondateur du mouvement Wexit Alberta, Peter Downing, ancien agent de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qui a été candidat en 2015 pour le Parti de l’héritage chrétien.


Le média russe Sputnik, reconnu pour sa proximité avec le Kremlin, s’est intéressé à sa croisade ; aussi pendant la campagne électorale un reporter l’a-t-il interviewé. Le porte-étendard de la souveraineté de l’Ouest n’y a toutefois rien vu de problématique.


« Je savais que c’était un média russe. Tout le monde connaît la réputation de la Russie. Je ne suis pas mort empoisonné, je suis toujours ici. Je ne brasse pas d’affaires avec la Russie, j’ai juste accordé une entrevue », a déclaré M. Downing à l’agence Postmedia.