SANTÉ

Tractations pour endiguer la crise au CHUM

Pendant que Québec négocie pour ramener Jacques Turgeon, le centre hospitalier perd un autre administrateur

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Couillard et Barrette tentent de sauver leur peau

Alors que les démissions continuent de se multiplier au CHUM, des discussions sont en cours entre le gouvernement et Jacques Turgeon pour ramener ce dernier en poste.

L’ancien directeur général, qui a démissionné avec fracas jeudi, aurait reçu un appel du bureau du premier ministre pour reprendre son poste, et ce, dès vendredi. Tout irait très vite depuis quelques jours, et la possibilité que M. Turgeon soit réintégré serait envisagée, confirme une autre source.

En entrevue au Téléjournal, vendredi soir dernier, le ministre s’était dit ouvert à rétablir Jacques Turgeon dans ses fonctions, et ce, sans condition. Ce dernier avait témoigné d’un certain intérêt, mais s’était refusé à négocier sur la place publique. Jacques Turgeon n’a pas répondu aux demandes d’entrevue du Devoir dimanche.

Au cabinet du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, on reste prudent, refusant de confirmer ou d’infirmer la tenue de négociations avec l’ancien directeur général du CHUM. « Ce qui se passe dans le cadre de négociations potentielles va rester pour le moment dans la sphère privée, on ne va pas mettre ça dans la sphère publique », répond l’attachée de presse du ministre, Joanne Beauvais.

Au bureau du premier ministre, on laisse clairement entendre que le retour de Jacques Turgeon serait le bienvenu, mais on refuse de dire d’où émane la consigne de négocier avec le directeur général démissionnaire. « Le premier ministre et le ministre Barrette ont indiqué depuis jeudi que le choix du gouvernement a toujours été de reconduire M. Turgeon dans ses fonctions de directeur général du CHUM, a répondu Harold Fortin, l’attaché de presse du premier ministre contacté par Le Devoir dimanche soir. Pour le reste, je n’ai pas de renseignement à communiquer à ce moment-ci. »

Le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) se fait également très vague sur l’éventuel retour de M. Turgeon : « Je n’ai rien à divulguer pour l’instant », se contente de répondre la responsable des communications, Isabelle Lavigne.

Démission de Michel Gervais

Ces négociations surviennent alors que les démissions au conseil d’administration du CHUM continuent d’affluer. Le dernier en lice, Michel Gervais, estime que le départ de Jacques Turgeon et du président du conseil d’administration, Jean-Claude Deschênes, n’est « rien de moins qu’une catastrophe dont on verra se déployer les effets dans les prochains jours et les prochaines semaines ».

Dans sa lettre de démission, envoyée au ministre dimanche, Michel Gervais l’accuse d’avoir voulu « noyer le poisson » en mettant l’accent sur les « chicanes de docteurs » et une prétendue bisbille. « Ces problèmes dont il parle, ils étaient en voie de solution et en grande partie derrière nous avant son intervention odieuse et son abus de pouvoir qui font s’effondrer tout le beau travail accompli… »

En entrevue au Devoir, Michel Gervais, qui est également président de l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), affirme que ce n’était qu’une question de temps. Il y a à peine quelques semaines, lors des consultations sur le projet de loi 10, l’Association qu’il préside tirait la sonnette d’alarme. « À l’AQESSS, on avait prévenu que la loi donnait la possibilité au ministre de faire de l’abus de pouvoir et de l’ingérence politique. C’est bien écrit dans la loi que si le ministre n’est pas content d’un de ses nouveaux p.-d.g., il a le pouvoir de le “dénommer”. On disait que ça pouvait porter flanc à de l’abus, mais on n’avait jamais pensé qu’il le ferait si tôt et qu’il se livrerait à une intimidation de la sorte. »

Selon lui, le ministre Barrette « veut diriger le réseau de la santé comme si c’était sa clinique privée ».

D’autres démissions à venir

Michel Gervais est le cinquième à annoncer publiquement sa démission depuis jeudi dernier. Et d’autres suivront, assure-t-il, puisque la majorité des 19 membres réunis en conseil extraordinaire vendredi dernier ont annoncé leur intention d’en faire autant. « Ça s’est fait verbalement, on n’a pas dit qu’on allait démissionner en bloc, car certains avaient besoin de parler à leurs commettants avant d’annoncer la nouvelle. Nous avons donc décidé de le faire de façon individuelle. »

Michel Gervais s’inquiète pour l’avenir du CHUM. Il se demande qui saura mener l’hôpital à bon port puisque le directeur général par intérim, que le conseil d’administration avait désigné pour remplacer Jacques Turgeon, a été nommé à des fonctions plus importantes par le ministre lui-même vendredi soir. Yvan Gendron, qui était directeur général adjoint du CHUM, devient en effet le nouveau président-directeur général du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, l’un des plus gros regroupements d’établissements créés dans la foulée du projet de loi 10. « Ça veut dire que le ministre va devoir gérer lui-même le CHUM. De toute façon, il n’a pas besoin de conseil d’administration, il n’a qu’à nommer une marionnette qui va suivre ses ordres, et tout va bien aller. »

Au ministère, l’attachée de presse du ministre, Joanne Beauvais, affirme que le CHUM pourra fonctionner normalement malgré la tourmente. Elle rappelle que le nouveau CIUSSS ne sera créé officiellement que le 1er avril et que, d’ici là, Yvan Gendron pourra assurer l’intérim du CHUM sans problème. Quant aux démissions successives des membres du conseil d’administration, elle répète qu’il existe des mécanismes permettant de prendre des décisions importantes sans avoir recours à un conseil d’administration. Elle donne l’exemple de la tutelle, mais précise que rien n’est envisagé dans ce sens au CHUM.

« J’ose imaginer que le conseil d’administration a pris des décisions responsables ce vendredi et que toutes les décisions nécessaires au bon fonctionnement du CHUM ont été prises […] S’il y a des décisions importantes à prendre et que le CA n’était pas en nombre suffisant pour voter la décision, on verra les mesures à prendre. Ce n’est pas une situation idéale, mais ce n’est que pour trois semaines. »


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