Santé: changer de vocabulaire pour transformer la réalité

«Davos de la santé» Saint-Sauveur 2007



Au 5 au 7 novembre dernier, le Collège des médecins du Québec avait, pour la première fois au Québec, invité les principaux acteurs de terrain du réseau de la santé de tous les horizons (patients, professionnels, administrateurs, personnel non professionnel, chercheurs, formateurs du personnel soignant) à venir partager leurs solutions aux problèmes auxquels fait face notre réseau de santé, à l'exclusion des journalistes et des politiciens.

Près de 60 organisations ont répondu à l'invitation et le rapport final faisant état de leurs délibérations a été rendu public [la semaine dernière]. Au-delà du rapport et de ses recommandations, l'exercice du sommet a permis de prendre conscience de plusieurs réalités qui, jusqu'à maintenant, avaient été occultées par des débats idéologiques ou politiques très éloignés de la réalité du terrain. À la surprise de plusieurs, ce ne sont pas les mots «public» et «privé» qui ont dominé mais plutôt «patient» et «personnel soignant».
Sans vouloir évacuer les différences de points de vue quant aux façons d'appliquer des solutions, qui se sont clairement et parfois assez fermement exprimés, mais de façon respectueuse, il est permis de constater qu'à la grande surprise des participants eux-mêmes, ils avaient en commun plus de convergences que de divergences d'opinion.
Recherche d'efficacité
La nécessité de conserver un financement public et d'innover dans l'organisation du travail pour être plus efficace et donner de meilleurs services à la population a rallié la très grande majorité des participants. Tous reconnaissent qu'il n'y a pas de solution magique et que l'avenir ne réside pas dans l'opposition de concepts abstraits désignés par les mots «le privé» et «le public».
À ce sujet, on pourrait résumer les débats de façon pragmatique dans la formule-synthèse suivante: «Gérer le réseau public de santé avec la mentalité d'une entreprise privée.» Autrement dit, rechercher l'efficacité, en avoir pour son argent et favoriser l'innovation, la flexibilité et l'adaptabilité en fonction du besoin des patients, c'est-à-dire, finalement, de nous-mêmes.
Pour ce faire, il faut une condition préalable: que tous et chacun soient prêts à faire un bout de chemin pour le bien commun. Que le personnel soignant, y compris les professionnels, en retour d'une prise en compte du nécessaire équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle, assure une offre de services 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
Revoir l'organisation du travail
On pourrait peut-être remettre en question certains principes jugés intouchables comme celui de l'ancienneté. Il est peut-être envisageable que le patient accepte que la prise en charge et le suivi de sa maladie puissent ne plus se faire exclusivement par un médecin de famille mais par une équipe de première ligne multidisciplinaire où la rencontre du médecin de famille, ce spécialiste de la coordination des soins, se produirait au moment où sa compétence particulière serait requise.
Peut-être y a-t-il lieu de rechercher et d'éliminer dans les processus de soins toutes les étapes inutiles qui font perdre temps et argent à tout le monde et contribuent à l'engorgement du système. De nombreux exemples de solutions à ce sujet ont été présentés et discutés au sommet, et ils existent au Québec comme ailleurs.
Dans ce domaine de l'organisation du travail, tous les participants ont reconnu qu'il y avait beaucoup de travail à faire et qu'il y avait une place considérable à l'amélioration. De façon très concrète, il s'agit de trouver des réponses à des questions simples comme celles-ci:
- Dans une clinique externe d'hôpital, pourquoi faire venir tous les patients à 8h le matin?
- Pourquoi garder des chirurgies électives comme les traitements de hernies ou les investigations par endoscopie dans des blocs opératoires d'hôpitaux plutôt que de les faire dans des cliniques à l'extérieur de l'hôpital, qui seraient d'autant plus efficaces qu'elles se spécialiseraient dans ce type d'interventions?
- Pourquoi faire en sorte que le patient revienne passer des traitements et des investigations sur plusieurs jours alors qu'on pourrait synchroniser ses rendez-vous dans la même journée et gagner le maximum de temps tant pour le patient que pour le réseau?
À bas les étiquettes!
Posées ainsi, les questions sur la prestation de soins et de services n'ont que faire de savoir sous quelle étiquette, «privée» ou «publique», elles logent puisque l'important, c'est que le patient en bénéficie au premier chef, ce qui est possible si le financement demeure public quelle que soit l'organisation qui donne le service.
Quant aux soins de première ligne, beaucoup ont été surpris de constater la perception positive des coops santé installées dans quelques régions du Québec, davantage perçues comme des entreprises d'économie sociale que des partenariats privés-public. Pour explorer des solutions porteuses d'espoir, ne pourrait-on pas s'accommoder d'un vocabulaire moins menaçant?
Notre système de santé actuel a été pensé à une époque où l'espérance de vie était plus courte, où les maladies aiguës dominaient et où les examens et les traitements disponibles étaient moins nombreux et moins complexes que maintenant. Les défis actuels et futurs n'étaient pas soupçonnés au moment de sa mise en place: dominance des maladies chroniques, nouvelles technologies d'investigation, de traitement et de communication, nouveaux rapports entre les professionnels de la santé et -- surtout -- cette responsabilité nouvelle, personnelle et collective, qui émerge des mauvaises habitudes de vie et de la sédentarité, annonçant leur cortège de complications dont l'impact collectif s'annonce beaucoup plus grand que celui du vieillissement de la population.
Promoteurs de solutions
Curieusement, le rapport du sommet a été rendu public au lendemain de la signature d'une entente entre le gouvernement et les médecins omnipraticiens où l'inscription des patients auprès des médecins de famille et le soutien de ceux-ci sont favorisés. Dans la même semaine, l'Association des médecins anesthésiologistes était entendue par le gouvernement pour mandater un groupe d'experts itinérants dans le but de revoir et d'optimiser le fonctionnement des blocs opératoires des hôpitaux.
Le Collège des médecins se réjouit de ces initiatives de la part des médecins ainsi que de celles de tous les acteurs de terrain du réseau de la santé pour se réapproprier leur place dans le système de soins et faire en sorte de devenir des acteurs et des promoteurs de solutions.
Si le sommet de la santé n'aura servi qu'à permettre de s'éloigner du faux débat «privé-public» pour le ramener à la question de trouver et de mettre en place des moyens afin de mieux servir le patient et de mieux soutenir le personnel soignant, il n'aura pas été vain. L'avenir de notre réseau de santé dépend de la volonté et de l'engagement de chacun d'entre nous à trouver et à mettre en place des solutions. La profession médicale entend bien répondre à l'appel. Et vous, ami lecteur?
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Yves Lamontagne, Président-directeur général du Collège des médecins du Québec
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