Ritournelle libérale tristement révélatrice

15c82dc0fa55ce70e38ee2495e262475

Le français, langue de second ordre pour Trudeau fils



Depuis samedi après-midi, la ritournelle électorale du Parti libéral du Canada suscite l’hilarité et les moqueries, sur les réseaux sociaux.




C’est pourtant avec enthousiasme que Justin Trudeau l’avait présentée dans un gazouillis, samedi : « Montez le son pour écouter notre chanson officielle de la campagne. »




Or, on a beau écouter et réécouter, on entend peut-être les mots « enlève », « main », « haute », mais on ne comprend rien.




La mélodie est pleine d’espoir certes, mais le sens des paroles nous échappe.




Le PLC a par la suite précisé qu’il s’agissait d’une chanson d’un groupe canadien-anglais, The Strumbellas, que le même groupe avait « adaptée » en français.




L’anglais pour comprendre




Comme souvent à Ottawa, il faut passer par l’anglais pour comprendre la signification de certaines phrases qui ont pourtant l’air écrites en français.




Les paroles des Strumbellas, en anglais, sont : « We can hold one hand up for tomorrow / We can hold one hand up to the stars / We can be the change that we wanna see. »




Bref, il s’agit d’une sorte de chant militant pour l’avenir, pour célébrer les rêves de changements et l’engagement qui conduit au progrès.




Autrement dit, tout ce qu’il y a de plus convenu de la chanson politique.




C’est d’ailleurs un style casse-gueule de nos jours. Je me souviens de la ritournelle de campagne du PLQ de Charest en 2007... diffusée qu’une seule fois. Le ridicule l’avait tuée !




Même que certains préfèrent jouer de prudence. Le Bloc par exemple, a embauché le populaire Éric Lapointe pour simplement répéter, sur un vieux rock pâteux banal, son slogan.




Le problème de la chanson du PLC est ailleurs.




Les paroles, en simili-français, sont : « On lève une main haute pour demain / On lève une main haute aux étoiles / On peut être l’avenir aujourd’hui. »




J’ai testé Google traduction, et il a presque fait mieux... Le PLC refuse de demander au groupe d’en faire une qui serait clairement compréhensible pour les francophones.




Cette anecdote nous en dit beaucoup sur la manière dont le français est traité dans le Dominion depuis l’adoption de la Loi sur les langues officielles par le père Trudeau, il y a un demi-siècle.




Le traduidu




Cette loi est obsédée de symétrie : elle met les deux langues partout sur un même pied, comme si elles avaient chacune exactement le même poids politique. Fiction délétère.




Car dans la réalité des langues officielles (L.O.), il y a l’anglais et le « traduidu », formidable expression du poète Gaston Miron, qui désigne cette langue informe et inutile qui donne le goût de s’assimiler.




Surtout quand le premier ministre Justin Trudeau pense ceci au sujet des L.O. : « L’anglais, c’est facile : tu “pitches” des mots ensemble et ça fait une phrase. [...] Le français, il faut savoir un petit peu où on s’en va dans notre phrase. [...] Donc, oui, ça exige une petite attention dans son parler. »