Remaniement de la carte électorale fédérale - Le poids du Québec sera réduit

Un nouveau projet de loi d'Ottawa sème l'inquiétude

Ignatieff l'équilibriste-girouettiste

Guillaume Bourgault-Côté - Ottawa -- Trente-quatre nouvelles circonscriptions pour l'Ontario, l'Alberta et la Colombie-Britannique, mais aucune au Québec: le nouveau projet de loi modifiant la carte électorale canadienne s'annonce encore plus désavantageux pour le Québec que son prédécesseur.
Le Globe and Mail révélait hier que le gouvernement élaborait actuellement un nouveau projet de loi concernant la représentation démocratique. Un projet du même acabit avait été déposé en 2007, sans que le gouvernement y donne suite. À l'époque, le Québec et l'Ontario avaient vivement protesté: or, tout indique que seules les doléances de Toronto ont été entendues dans la nouvelle mouture préparée par le ministre de la Réforme démocratique, Steven Fletcher.
Le projet de loi de 2007 prévoyait de faire passer le nombre de députés de 308 à 330 d'ici 2014. L'Ontario aurait obtenu une dizaine de nouveaux sièges, l'Alberta et la Colombie-Britannique se partageant le reste. La réforme préparée par M. Fletcher sera cette fois plus généreuse pour l'Ontario, répondant aux demandes exprimées fin 2008 par le premier ministre Dalton McGuinty.
La plus grande province canadienne passerait donc de 106 à 127 sièges, alors que l'Alberta aurait six nouvelles circonscriptions et la Colombie-Britannique, sept. Le Parlement compterait ainsi 342 sièges. Dans un projet comme dans l'autre, le Québec garderait les 75 circonscriptions que lui garantit la Constitution.
Actuellement, ces 75 sièges représentent 24,3 % de la députation de la Chambre des communes. Dans un Parlement de 342 députés, le poids du Québec tomberait à 21,9 %. Celui de l'Ontario passerait de 34,4 % à 37 %, et les deux provinces de l'Ouest de 20,7 % à 22,5 %.
Selon les dernières estimations de Statistique Canada (avril 2009), le pays compte 33,6 millions d'habitants, dont 7,8 millions habitent le Québec (23,3 %), 13 millions l'Ontario (38,6 %) et quelque 8 millions l'Alberta ou la Colombie-Britannique (24 %). La réforme permettrait de mieux représenter des régions où la croissance de la population est soutenue, très souvent grâce à l'immigration.
En filigrane, on souhaite que la réforme permette la fin des gouvernements minoritaires. Les tendances actuelles laissent présager que les conservateurs pourraient profiter le plus de ces changements, quoique les libéraux auraient aussi plusieurs chances en Ontario.
Seul perdant assuré: le Bloc québécois, qui n'a pas tardé à réagir hier. «On va s'opposer vivement à ce changement, comme la dernière fois, a indiqué le porte-parole pour la réforme démocratique, Pierre Paquette. C'est un projet qui a pour effet de diminuer le poids politique du Québec au sein des institutions fédérales, et c'est inacceptable. À partir du moment où l'on reconnaît la nation québécoise, il faut faire en sorte qu'on lui donne le nombre de députés nécessaire pour se faire entendre.»
Selon M. Paquette, même si le poids démographique du Québec baisse au sein du Canada, le fait que la province soit une nation reconnue par le Parlement devrait lui assurer une représentation adéquate. «Il faut continuer d'accorder au Québec 25 % des sièges. C'est un principe fondamental pour éviter la marginalisation.»
Du côté des libéraux, le chef Michael Ignatieff a convenu hier que le «poids du Québec dans la Confédération doit être toujours respecté». Mais il a refusé d'indiquer quel ratio de députés devrait conserver la province. «C'est clair que lorsque la population d'une province augmente, il faut changer la distribution des sièges. Mais il faut aussi maintenir un bon équilibre avec le Québec», a-t-il dit.
Au NPD, on se dit «pour une représentation juste et équitable qui reflète la diversité et la croissance de la population tout en respectant les considérations historiques et culturelles».


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