Réécrire l'histoire?

Option Canada

Au lendemain de la publication du livre des essayistes Normand Lester et Robin Philpot, le chef du Parti québécois, André Boisclair, s'est joint à eux pour réclamer la tenue d'une enquête publique sur les dépenses présumées illicites du camp du NON lors du référendum de 1995. À notre avis, une telle enquête serait futile, coûteuse et néfaste.
MM. Lester et Philpot exposent plusieurs documents troublants, notamment des factures pour des campagnes de publicité, factures datées d'octobre 1995 et payées par Option Canada. Des contrats, aussi, en vertu desquels Option Canada a payé des gens qui ont, selon toute apparence, fait du travail pour le NON pendant la campagne référendaire. Ce sont les faits.
Le livre propose aussi une interprétation de ces faits. MM. Lester et Philpot sont des militants souverainistes durs. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à lire ce qu'ils disent sur la commission Gomery (" une opération destinée à camoufler le fond du scandale " des commandites) ou sur la série Point de rupture de Radio-Canada (une " émission de propagande "). On ne s'étonnera pas qu'ils voient dans la paperasse qu'ils ont découverte la confirmation d'un sombre complot fédéraliste. Leur ouvrage compte trop de raccourcis et de suppositions pour qu'on accepte cette interprétation comme étant la seule possible.
Il revient aux personnes visées de mettre de l'avant leur propre interprétation. À cet égard, les plaidoyers de Jean Charest et de Daniel Johnson sont convaincants. Par ailleurs, le silence de plusieurs autres acteurs de l'époque est plus qu'inquiétant. S'ils persistent à ne rien dire, c'est l'interprétation de MM. Lester et Philpot qui prévaudra.
Il y a aussi dans Les Secrets d'Option Canada des insinuations malhonnêtes. Notamment, cette charge contre M. Johnson et notre collègue Alain Dubuc, dont Option Canada aurait payé le transport par avion pour qu'ils participent à des conférences dans l'Ouest canadien. Il n'y a absolument rien d'inhabituel ou de répréhensible à ce que les organisateurs d'une conférence déboursent les frais de déplacement de leurs invités. De toute façon, les conférences s'étant déroulées en 1996, plusieurs mois APRÈS le référendum, ce passage n'a aucun rapport avec l'objet du livre. C'est du salissage pur et simple.
Admettons une seconde qu'il doive y avoir une enquête publique. Pourquoi devrait-elle porter seulement sur la thèse de Normand Lester? Bien des gens soutiennent depuis 1995 que des milliers de votes d'électeurs fédéralistes ont été rejetés sans motif valable. Le Directeur général des élections a abandonné les poursuites lancées dans cette affaire contre 29 scrutateurs (tous nommés par le camp du OUI) après que la Cour d'appel eut innocenté deux d'entre eux. Pourtant, il faut rappeler que le juge Biron avait qualifié les résultats du dépouillement dans les bureaux de vote touchés d'" absolument aberrants, pour ne pas dire révoltants ". Il avait aussi déploré " la faiblesse de la preuve " présentée par le DGE, celui-ci n'ayant fait entendre " aucun témoin, pas même le directeur local du scrutin. "
Bref, s'il y avait enquête publique, celle-ci devrait porter sur l'ensemble des manoeuvres des deux camps pendant la campagne référendaire. On voit cela d'ici: les politiciens, organisateurs et bénévoles paradant devant un commissaire, tentant de se rappeler ce qui s'est produit tel jour, à telle heure, il y a dix ans... Des enquêteurs partant à la chasse aux documents jaunis, jetés, perdus... Les bulletins de vote qu'il faudrait bien réexaminer... L'affaire coûterait les yeux de la tête, prendrait une éternité et rouvrirait toutes les blessures de cette époque. Et pour aboutir à quoi? Pas de poursuite possible, puisqu'il y a prescription. Faudrait-il annuler le résultat de 1995 si on trouvait qu'un camp (ou les deux) a violé les règles?
Il est malheureusement de plus en plus vraisemblable que les troupes fédéralistes n'ont pas respecté toutes les règles financières pendant la campagne référendaire. C'est déplorable, inexcusable. Néanmoins il est également évident, pour toute personne qui a vécu cette campagne, que ces écarts n'ont pas conféré au camp du NON un avantage perceptible en termes d'affichage ou de publicité.
Les Québécois ont voté en 1995 en toute connaissance de cause. Une décennie plus tard, l'avenir nous pose des défis trop considérables pour que nous perdions temps et énergie à tenter de réécrire l'histoire.

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André Pratte875 articles

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[une chronique intitulée « Tout est pourri » (critique de Anne-Marie Gingras) ->http://books.google.fr/books?id=EZWguAMXAtsC&pg=PA27-IA27&lpg=PA27-IA27&dq=pratte+Tout+est+pourri&source=bl&ots=MUti9NTQuH&sig=h2zgJlLgOg844j5ejxnUl4zH2_s&hl=fr&sa=X&ei=73RrT8aQEqnh0QHuh4GyBg&ved=0CEEQ6AEwBQ#v=onepage&q=pratte%20Tout%20est%20pourri&f=false]

[Semaine après semaine, ce petit monsieur nous convie à la petitesse->http://www.pierrefalardeau.com/index.php?option=com_content&task=view&id=30&Itemid=2]. Notre statut de minoritaires braillards, il le célèbre, en fait la promotion, le porte comme un étendard avec des trémolos orwelliens : « La dépendance, c’est l’indépendance ». « La soumission, c’est la liberté ». « La provincialisation, c’est la vraie souveraineté ». « La petitesse, c’est la grandeur ». Pour lui, un demi-strapontin à l’Unesco est une immense victoire pour notre peuple. C’est la seule politique étrangère qu’il arrive à imaginer pour le peuple québécois. Mais cet intellectuel colonisé type n’est pas seul. Power Corp. et Radio-Cadenas en engagent à la poche.





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