Rappel à l'ordre de Marois

Les sorties publiques, «ce n'est pas bon pour le parti»

Marois "tannée"

Québec -- La chef du Parti québécois, Pauline Marois, est tombée à bras raccourcis, hier, sur tous les péquistes qui étalent leurs opinions sur la place publique, à commencer par l'ancien premier ministre Bernard Landry et deux personnes qui l'ont conseillée, Joseph Facal et Jean-François Lisée. La chef péquiste a ordonné que cesse la «culture de confrontation» qui sévit dans son parti.
«À chaque fois, j'entends vos dents grincer. Vous êtes tannés. Moi aussi, je suis tannée», a lancé Pauline Marois devant les membres de l'exécutif régional de la Capitale nationale qui amorçait une journée d'échanges sur des propositions en vue du conseil national de la mi-mars.
La chef péquiste n'a guère prisé que MM. Landry, Facal et Lisée, ainsi que le président de la Commission politique du PQ, François Rebello, signent la semaine dernière un manifeste de la Coalition Stoppons la réforme réclamant l'imposition immédiate d'un moratoire de l'implantation de la réforme scolaire en 4e et 5e secondaire. M. Landry et M. Facal ne se sont aucunement privés de commenter dans les médias cette réforme qu'ils considèrent comme un échec, mais dont la première artisane, à titre de ministre de l'Éducation à l'époque, est Mme Marois.
«À chaque fois qu'un membre ou qu'un groupe déballe ses états d'âme ou ses propositions sur la place publique, on donne, qu'on le veuille ou non, la perpétuelle image d'un parti dans lequel il y a tout le temps de la bisbille. On est toujours dans une sorte de culture de confrontation», a-t-elle affirmé devant les militants.
Le droit à la dissidence est consacré au PQ, a-t-elle avancé, et ce n'est pas le «règne du "Je crois ou meurs"» qu'elle propose. Mais les débats péquistes doivent dorénavant avoir lieu au sein des instances du parti, a-t-elle martelé, à l'abri du regard des médias jusqu'au conseil national, à tout le moins, où ce sont les propositions retenues par les exécutifs régionaux et l'exécutif national qui seront discutées. Elle cherche à imposer une «discipline de militants exemplaires», selon ses propres termes.
C'est un «rappel à l'ordre» qu'a envoyé la chef péquiste «sans acrimonie mais fermement», un rappel à l'ordre qui dépasse la sortie publique de Bernard Landry et consorts sur la réforme scolaire. Cette semonce s'adresse aussi au SPQ libre (Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre), ce club politique dont les porte-parole, Pierre Dubuc et Marc Laviolette, ont signé mercredi une lettre ouverte dans Le Devoir.
La chef péquiste, qui se sent «bien en selle», ne voit pas dans ces sorties publiques qu'elle déplore une remise en question de son leadership. Des critiques, elle est «capable d'en prendre» et elle en a essuyé en 20 ans de vie politique active, a-t-elle rappelé. Mais ces tiraillements sur la place publique, «ce n'est pas bon pour le parti». Ces débats ne font pas progresser l'idée de la souveraineté et n'encouragent pas non plus les électeurs à se rallier au parti. «La seule conséquence, c'est de donner une mauvaise image et surtout une fausse image de notre parti et de beaucoup, beaucoup amuser nos adversaires», estime-t-elle.
Au cours des dernières semaines, Pauline Marois a dû commenter les «gestes de souveraineté» préconisés par le président du Conseil de la souveraineté, Gérald Larose, une idée qui a semblé lui plaire et qu'elle a reprise en parlant de «gouvernance nationale». Puis elle a dû rejeter la proposition du SPQ libre d'utiliser la clause dérogatoire afin de contrer les effets du jugement Chaoulli de la Cour suprême sur le système public de santé.
La chef péquiste a dû également se prononcer contre la proposition du SPQ libre qui réclame une loi sur le référendum. Cette loi permettrait de tenir un référendum d'initiative populaire par l'entremise d'un registre qui, s'il était signé par 10 % des électeurs inscrits, obligerait le gouvernement à tenir un référendum l'année suivante. Il y a quelques années, la chef péquiste a été séduite par cette idée de référendum d'initiative populaire, mais elle l'assimile aujourd'hui à la «mécanique référendaire» maintenant honnie au parti.
Sur la question de la réforme scolaire, Pauline Marois continue de rejeter toute idée de moratoire et de plaider pour que «des redressements» y soient apportés de façon pressante. La chef péquiste a dit avoir consulté des gens du milieu de l'éducation au cours de la dernière semaine. «Ce qu'on m'a dit, c'est qu'effectivement, le jugement que j'ai porté est le bon», a-t-elle soutenu. «Je suis en bonne compagnie.»
Par ailleurs, cette fameuse réforme a été décriée par plusieurs centaines de manifestants qui ont défilé samedi dans les rues du centre-ville de Montréal, à l'appel de la Coalition Stoppons la réforme et de la Fédération autonome des enseignants.
La coalition estime que les élèves de milieux défavorisés ne sont pas bien servis par la réforme, contrairement à ses objectifs. De plus, les commentaires des professeurs de sixième année et du secondaire laissent croire à la coalition que le Québec n'a jamais formé d'élèves dont la maîtrise des connaissances soit aussi faible.
Elle juge également que le système d'éducation québécois doit revenir à la base et prôner l'enseignement plus systématique du français, des mathématiques et des sciences et ramener les connaissances au coeur de l'enseignement à la place des compétences.
La coalition, qui comprend près de 8000 membres, dont plusieurs enseignants, entend déposer sous peu une pétition signée par plus de 20 000 personnes pour réclamer des changements importants à la réforme.
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Avec la collaboration d'Alexandre Shields
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