Québec, tu me fais peur!

Selon Amar Baouche, de plus en plus de musulmans songent à un retour dans leur pays d'origine ou à un déménagement (en Ontario ou en Alberta) afin d'échapper aux difficultés d'intégration au Québec.

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Immigration : francisation et intégration

Quelle ne fut ma stupéfaction quand une collègue de travail m'apprit qu'une musulmane, qu'elle côtoie régulièrement en allant chercher ses enfants à l'école, avait soudainement enlevé son foulard!

Intriguée, ma collègue a cherché à comprendre la raison de ce geste. Devinez la réponse... Cette maman a été agressée et insultée dans un centre d'achat à cause de son foulard. Traumatisée par ses agresseurs, cette maman a décidé d'enlever son foulard pour se protéger et protéger ses enfants.
Cette semaine encore, dans un restaurant de Laval, mon épouse et trois de ses copines assises à leur table (trois parmi les quatre portent le foulard) ont été interpellées par une femme du club du NOUS armée d'un sermon écrit et d'une langue acérée. Elles ont eu droit à toute une leçon sur la haine de l'église et des religions...
Également cette semaine, un ami à moi faisant partie du EUX depuis une vingtaine d'année, m'a informé qu'il a vendu sa maison d'ici, qu'il en a acheté une dans son pays d'origine et que ses jours parmi les EUX sont désormais comptés!
D'ailleurs, de plus en plus d'autres personnes dans mon entourage parlent de retour dans leur pays d'origine ou de déménager en Ontario ou en Alberta... Un ami «très» francophone diplômé de Polytechnique, qui possède un doctorat, a même quitté Montréal après avoir vécu une douzaine d'années sans jamais trouver de travail ici. Il est maintenant établi en Ontario.
L'autre jour, en discutant avec lui au téléphone, il m'a rappelé qu'à une heure de Montréal on se retrouve dans une province où les associations de femmes ne considèrent pas le voile comme un symbole de soumission et ne prétendent pas être des sauveurs. Il m'a appris aussi que, dans cette province, la femme musulmane avec son foulard occupe des emplois selon sa compétence et que l'une d'entre elles a même été candidate aux élections fédérales sans enlever son foulard!
Il m'a fait prendre conscience que, parmi la dizaine de docteurs arabo-musulmans de ma promotion, au cours des années 90, tous formés a l'Université de Montréal, aucun n'a pu obtenir un travail dans son champ de compétence. Ce ne sont pourtant pas des diplômes étrangers! En effet, moi qui ai fini mon Ph.D il y a 15 ans, je me demande combien de personnes après moi ont eu le même sort...
Un an dans le Grand nord
Notre ami Abdel, un francophone qui avait fini un doctorat en mathématique (1994-1995) à l'Université de Montréal, ne trouvant pas de travail, a complété une maîtrise en informatique pour augmenter ses chances de réussite. Pourtant, ça n'a rien changé! Il a été obligé de s'exiler toute une année dans le Grand nord québécois pour enseigner dans une école secondaire autochtone. Maintenant installé à Paris où il travaille selon ses compétences depuis quelques années, il se moque royalement de notre débat sur les accommodements.
Mon ami de l'Ontario m'a rappelé aussi toutes les personnes de notre communauté, diplômés d'universités québécoises, qui ont quitté le Québec faute de trouver un emploi, qui habitent actuellement dans d'autres provinces canadiennes, aux États-Unis et en Europe, qui travaillent dans leurs champs de compétences et qui ne vivent pas le stress du débat sur les accommodements!
Mieux encore, il m'a fait prendre conscience aussi que la communauté musulmane est, dans sa grande majorité francophone, qu'il n'y a pas d'école musulmane anglophone, que la dizaine d'écoles privées musulmanes sont toutes francophones, que nos femmes voilées maîtrisent le français et mettent leurs enfants dans les écoles francophones, qu'elles contribuent beaucoup au peuplement du Québec, que grâce à nos enfants francophones plusieurs écoles de la région de Montréal n'ont pas fermé et que nos enfants font le plein des cégeps et des universités du Québec.
Il a noté que pour tout cela, on a un prix à payer. On doit accepter que nos petites filles qui portent le foulard ne jouent pas au soccer, ne font pas de karaté, ne font pas de natation, que nos femmes doivent accepter des tuteurs (associations de femmes, groupes de femmes, groupes d'experts...), qu'elles doivent aussi accepter le label de femmes soumises et maltraitées par leurs maris, que des gens qui ne sont pas de leur culture s'improvisent experts, parlent en leur nom et donnent des avis sur elles.
On doit aussi accepter des petits boulots pour pouvoir vivoter, accepter que nos femmes doivent se cacher à la maison bien qu'elles soient hautement diplômées, que si on veut obtenir une entrevue d'emploi on doit changer son nom. Nos barbus doivent accepter des coups de couteau de temps en temps dans le métro, nos femmes voilées doivent accepter les regards méchants, les insultes et les agressions dans la rue. Nos imams doivent aussi accepter d'être taxés de dangereux et d'être expulsés.
Mon ami de l'Ontario m'a fait prendre conscience que, même si on est en majorité des francophones, même si on assure la sauvegarde du français au Québec, même si on renforce la continuité de l'identité francophone au Québec, même si on contribue fortement au peuplement du Québec, même si tous nos enfants fréquentent l'école française, même si toutes nos écoles privées sont francophones, même si on organise des journées cabane à sucre, même si nos femmes préparent des gâteaux et vont les porter à Hérouxville, même si on vote pour les candidats du NOUS, même si on accepte d'aller vivre et travailler à Chibougamau, on fera toujours parti du EUX. Enfin, même nos enfants resteront des EUX. Et là, il a fini par me dire: «Vous savez ce qu'il vous reste à faire maintenant...»
***
(Photo : Robert Mailloux, La Presse)

Amar Baouche

L'auteur est Ph.D. en mathématique. Il se définit comme «membre du EUX depuis 20 ans».
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L'auteur est Ph.D. en mathématique. Il se définit comme «membre du EUX depuis 20 ans».





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