Québec solidaire n'a pas le monopole de la justice sociale

Climat politique au Québec



Ainsi, Québec solidaire est le seul parti progressiste au Québec. Ses représentants nous informent aussi que des «accusations de division du vote commencent à pleuvoir sur eux et que les appels au vote utile, au vote stratégique, se font de plus en plus pressants».

Pour ma part, mon vote ne sera pas motivé par une obligation stratégique ou utile. J'ai décidé de voter selon mes convictions, et c'est pour cela que je ne voterai pas pour Québec solidaire. Je ne crois pas que ce parti soit le seul porteur de justice sociale.
Je refuse aussi un certain discours, en vogue dans certains milieux, qui réduit les principaux partis à la droite. Ce discours mise sur le désenchantement et le cynisme de la population devant la classe politique et nous ramène toujours au même coin de rue: «c'est tout du pareil au même». C'est ce discours qui porte en lui la semence d'une montée de la droite, celle à laquelle nous assistons par exemple avec l'Action démocratique et son chef, qui parle du vrai monde au vrai monde...
Comparons
Je refuse ce discours qui ne sait plus agir dans les nuances et les différences qui marquent l'un et l'autre. Comparons seulement les programmes des trois principaux partis sur quelques sujets qui vont déterminer certains aspects de nos vies au cours des prochaines années. L'un s'engage à geler les frais de garde à 7 $ par jour et à créer 20 000 nouvelles places dans le réseau de garderies, l'autre n'ose pas s'engager sur cette voie tandis que le pire des trois (celui qui parle au «vrai monde») veut payer directement les parents et gérer le grand chantier de démolition de notre réseau de garderies.
L'un s'engage fermement à geler les droits de scolarité à l'université et à réinvestir massivement dans le secteur de l'éducation alors que les deux autres se différencient seulement par leur vitesse de croisière sur la hausse des droits de scolarité et autres déstructurations du réseau public, et ce, sans parler du réseau de la santé et des autres programmes sociaux.
Oui, il y a des différences entre les trois principaux partis. Et elles tiennent non seulement aux questions de programme mais aussi à une vision de la société. Quand l'un nous dit que la Révolution tranquille est révolue et qu'il faut revoir tout ça, être moderne, il nous cache tout simplement une nouvelle offensive de la droite pour mettre en pièces le «modèle québécois». Et cette offensive répond à une vision de la société. Oui, Mario Dumont a une vision de la société, et Jean Charest aussi, soit dit en passant!
À contre-courant
Il y a un modèle québécois, un modèle qui dépasse largement la question souverainiste, un modèle qui a construit le Québec moderne et établi le rôle de l'État dans l'économie en se dotant de véritables outils permettant la redistribution de la richesse. Les innombrables programmes sociaux qui existent au Québec font de notre société une société distincte du reste de l'Amérique et qui va à contre-courant du modèle dominant.
Le Parti québécois a piloté plusieurs de ces avancées sociales (normes du travail, accès à la syndicalisation, réseau de garderies, assurance parentale, retrait préventif, financement de l'action communautaire, démocratisation de la gouverne, etc.) que nombre de chantres de l'économie libérale voudraient bien mettre à terre. L'un et l'autre représentent un projet de société pour le Québec, avec des incidences réelles et concrètes sur la vie des gens.
Si nous avons un devoir en ce moment, c'est un devoir d'éducation, d'explication et de pédagogie pour briser ce mauvais moule qui consiste à tout ramener au même pour laisser place au «changement». Ce changement qui monte dans les sondages (Mario Dumont) et celui que Jean Charest nous promet aussi sont rétrogrades. Je dis «devoir d'éducation» parce qu'il est anormal qu'un travailleur réclame de payer moins d'impôt tout en voulant conserver ses protections sociales ou qu'un autre se dise hésitant entre l'ADQ et QS.
S'il y a un devoir que la gauche québécoise doit s'imposer, c'est celui de protéger, de défendre et de cultiver le «modèle québécois», non par défense nationaliste mais bien parce qu'il est progressiste, que ses valeurs sont celles de l'ouverture, de la justice et de l'égalité des chances. La justice sociale, même élémentaire, ne se définit pas seulement dans la liste des demandes de QS. [...]
Il n'y a rien de parfait en ce monde, et force est de constater que les affairistes et les opportunistes se collent toujours au pouvoir, mais il y a encore des choses sur lesquelles nous avons prise et que nous pouvons améliorer. C'est ce chemin qui me semble porteur: celui de larges coalitions permettant la cohabitation de différents courants autour d'une vision commune et généreuse.
André Boisclair est peut-être mal entouré et manifestement pas toujours bien conseillé, mais il demeure un fait: le Québec qu'il défend servira les intérêts de la majorité et s'inscrit dans ce grand courant social-démocrate visant à nous faire avancer comme peuple. C'est cette même social-démocratie qui exerce le pouvoir au Brésil, qui l'exerce en Espagne et en Italie et qui y aspire en France. Cela s'appelle le centre-gauche et c'est très bien!
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Pierre Céré, Coordonnateur du Comité chômage de Montréal
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