Pour un nouveau pacte entre citoyens et agriculteurs

Agroalimentaire - gestion de l'offre

L'agriculture québécoise est à la croisée des chemins. Les décisions économiques importantes sont maintenant prises loin des terres agricoles, des paysans et de leurs familles. Désormais, la seule loi qui prévaut, c'est celle du commerce, sous l'égide pas toujours bienveillante de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
La vision mercantile de l'OMC réduit en effet le secteur agroalimentaire à une production industrielle d'aliments commercialisables partout sur la planète. Ce que ça donne? Alors que, bientôt, les étals des commerçants regorgeront de pommes «made in Québec», les chaînes alimentaires offriront, à des prix parfois moins élevés, des pommes en provenance de pays lointains.
Quelle place reste-t-il donc pour un contrôle démocratique et citoyen de l'agriculture? Pourrons-nous encore longtemps conserver nos mécanismes québécois de contrôle de l'offre pour certains produits alimentaires, comme le lait, par exemple? Notre État national, le Québec, soutenu par une population de plus en plus consciente de la nécessité de préserver sa souveraineté alimentaire, sera-t-il en mesure de faire des choix inspirés par le développement durable?
Une nouvelle ruralité
Au moment où la Commission sur l'avenir de l'agriculture entend les groupes nationaux à Montréal, Québec solidaire veut faire connaître ses propositions. D'abord, le gouvernement du Québec doit établir clairement que la souveraineté alimentaire est un droit universel laissant la possibilité aux États de mettre en place les politiques agricoles les mieux adaptées à leurs ressources et sans impact négatif sur les populations d'autres pays. La souveraineté alimentaire doit ouvrir la voie à des accords bilatéraux basés sur le commerce équitable.
En second lieu, les régions, les MRC et leurs populations doivent pouvoir développer une économie locale et régionale basée sur diverses formes d'agriculture, mais aussi sur des entreprises de deuxième et troisième transformations. Québec solidaire privilégie l'agriculture familiale, du terroir et biologique et propose divers moyens pour soutenir adéquatement les producteurs de ces catégories: mise en place de mécanismes encourageant le développement des liens entre producteurs et consommateurs (par exemple, coopératives d'alimentation et autres projets d'économie sociale, agriculture soutenue par la communauté, etc.), subventions accrues à ce type de production agricole, création d'écosystèmes biologiques, annualisation des revenus des agriculteurs, etc.
Une nouvelle ruralité, c'est cela: un dialogue constant entre agriculteurs et gens des villages et des banlieues pour imaginer un développement répondant aux besoins de tous, mais aussi et surtout respectueux de l'environnement. Dans ce monde rural méconnu des citadins, le rôle des agricultrices est encore moins reconnu et valorisé. Il leur faut une politique spécifique qui tienne compte de leurs préoccupations et de leurs besoins particuliers: reconnaissance fiscale du travail des agricultrices, ouverture de services de garde aux horaires flexibles, soutien à domicile et allocation parentale universelle.
Un nombre accru de citoyens québécois se soucient de ce qui se trouve dans leur assiette. Les informations dévoilées récemment sur les pesticides contenus dans les produits alimentaires québécois n'ont rien pour rassurer la population.
Québec solidaire propose donc la mise en place d'une cote éthique et écologique permettant au consommateur d'effectuer un choix éclairé lorsque vient le temps d'aller à l'épicerie, qu'il s'agisse de produits venus d'ici ou d'ailleurs. Par qui cette cote serait-elle attribuée?
Par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, à la suite d'une consultation de tous les acteurs concernés: agriculteurs, écologistes et groupes de défense des consommateurs. À partir de quels critères cette cote pourrait-elle être attribuée? Donnons ici quelques exemples: la taille de l'entreprise, l'utilisation ou non de produits chimiques, le respect des eaux riveraines et souterraines, le traitement des animaux, les techniques de production, etc. Éventuellement, cette cote pourrait servir à pondérer les subventions versées aux agriculteurs et à établir des écotaxes et des taxes éthiques ciblées. Le relèvement des cotes attribuées à des modes de production déficients nécessitera un accompagnement financier des entreprises agricoles sous forme de crédits écologiques et de capital patient.
La question est désormais posée: ne devrait-il pas y avoir place à une liberté de choix pour les agriculteurs quant à leur affiliation syndicale? La loi P-28, qui donne le monopole de l'affiliation syndicale à l'Union des producteurs agricoles, n'est-elle pas désuète? Québec solidaire croit que le pluralisme syndical est une valeur fondamentale dans un système démocratique et propose donc que cette loi soit modifiée afin de tenir compte de ce pluralisme et de la contribution significative des femmes à la profession. À quand une loi sur les producteurs agricoles?
Le Québec est à l'heure des choix. Continuerons-nous à développer une agriculture industrielle et axée surtout sur l'exportation, ce qui cause des problèmes importants aux plans de la souveraineté alimentaire, de l'environnement et du maintien de fermes familiales viables? Ou bien irons-nous dans le sens d'une agriculture à échelle humaine, viable pour les familles d'agriculteurs, soutenue par des consommateurs avertis et un État responsable et respectueux de l'environnement? Pour Québec solidaire, cette dernière option est la seule qui permettra à la population québécoise d'établir un véritable pacte citoyen avec les milieux agricoles.
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Françoise David, Porte-parole de Québec solidaire
Stéphane Lessard, Membre de la Commission thématique sur l'agroalimentaire et la ruralité


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