Paradis fiscaux: le nouveau PDG de la Caisse rabroué par les partis d'opposition

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« L'optimisation fiscale » est monnaie courante à la Caisse de dépôt


Le nouveau patron de la Caisse de dépôt n’a pas perdu de temps pour causer des remous à l’Assemblée nationale. Les partis d’opposition tirent à boulets rouges sur son orientation assumée à vouloir continuer à flirter avec les paradis fiscaux, à peine trois semaines après son entrée en poste.  


Charles Émond, PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) depuis le 1er février, en relève de Michael Sabia, a indiqué, jeudi, que les «juridictions à fiscalité réduite [...] sont simplement utilisées comme terrains neutres» pour structurer des transactions financières internationales.     


«Pour moi, ce n’est pas de l’évitement fiscal, a ajouté M. Émond. En faisant ça, on s’assure surtout, au bout du compte, que la Caisse ne paie pas de double imposition.»    


  


Ça ne passe pas  


Ses propos ont tôt fait d’écorcher les trois partis d’opposition, qui appellent d’une même voix le patron de la Caisse à revoir sa position.      





La députée libérale Marwah Rizqy dénonce les propos du nouveau président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Charles Émond, concernant les paradis fiscaux et lui demande de revoir sa position.




La députée libérale et experte en fiscalité Marwah Rizqy évoque un «recul» en comparaison au règne de Michael Sabia, sous qui la Caisse a placé des milliards dans des actifs situés ou transitant par des paradis fiscaux. M. Sabia avait cependant indiqué devant les parlementaires, en 2018, que de désinvestir de tels placements était une «priorité importante».      


«M. Sabia reconnaissait, au moins, qu’il fallait faire quelque chose, concède Mme Rizqy. Maintenant, d’entendre que ce sont des pays à fiscalité neutre... ce sont des paradis fiscaux!» peste-t-elle.      


«Les propos tenus par le nouveau patron font en sorte que si on banalise la question, on ne s’en occupe pas. Ce n’est pas une priorité ni une préoccupation», s’inquiète la députée de Saint-Laurent.      








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Éthique  


«On attend de la Caisse qu’elle fasse fructifier les avoirs des Québécois, mais qu’elle le fasse en faisant preuve d’un leadership clair et sans équivoque [...] en matière d’éthique et de responsabilité sociale», poursuit-elle, se disant «profondément inquiète» par les propos du M. Émond.       


«On peut se demander si ces questions ont été prises en considération par le gouvernement Legault dans le processus de sélection du nouveau PDG.»      


Entretenant «peu d’espoir» quant à un changement de cap significatif, son homologue de Québec solidaire Vincent Marissal est néanmoins déçu du discours tenu par M. Émond, à la tête d’un portefeuille de 340 milliards $ d’actifs.      


«Ces banquiers-là sont tous allés à la même école, ironise M. Marissal. Sa fin de non-recevoir est aussi cavalière qu’arrogante. On ne peut pas traiter les paradis fiscaux comme s’ils étaient nécessaires et anodins.»      


Un plan  


«On a toujours dit que la Caisse devrait sortir des paradis fiscaux. On s’attendait à un plan pour en sortir. [...] Si on en sort, quel serait le coût sur le portefeuille global?» questionne le député de René-Lévesque, Martin Ouellet.      


«L’Assemblée nationale a le pouvoir de légiférer pour donner à la Caisse des orientations d’investissement. En ce moment, on veut juste que la Caisse fasse du rendement», pointe le porte-parole péquiste en matière de finances.      


Le cabinet du ministre des Finances Éric Girard a rétorqué par écrit, dimanche, que «la Caisse doit conserver son indépendance pour faire ses investissements», tout en jurant être «résolument engagé[e]» dans la lutte à l’utilisation de tels leviers fiscaux.       


Charles Émond a indiqué, jeudi, que la Caisse «tente d’influencer ce débat-là» à l’international, un plaidoyer repris par le cabinet de M. Girard dimanche.      


– Avec la collaboration de Jean-Nicolas Blanchet  


Les actifs de la Caisse de dépôt et placement du Québec   



  • 66,7 G$ au Québec      

  • 273,3 G$ à l’extérieurde la province       

  • Total : 340 G$   


Rendement de 10,4 % en 2019, son meilleur en 5 ans (12 % en 2014)  


Actifs de la Caisse dans les paradis fiscaux   



  • 14,8 G$ en 2013      

  • 26,2 G$ en 2016      

  • 29,77 G$ en 2018