Moulin à vent

1759 - Commémoration de la Conquête - 12 et 13 septembre 2009



Les souverainistes ont tout à fait le droit de s'offrir une grand-messe aux frais de la Commission (fédérale) des Champs de bataille qui leur offre gracieusement le théâtre, mais ils devraient s'abstenir de prétendre servir l'Histoire. Si telle était leur intention, ils auraient inclus dans leur florilège au moins un ou deux textes fédéralistes issus de ce courant de pensée qui fait au moins autant partie de l'histoire que le délire felquiste, et qui représente toujours, ne leur en déplaise, l'opinion dominante au Québec.
Un choix majeur s'imposait, celui de Pierre Elliott Trudeau, l'auteur des textes remarquables regroupés en 1967 sous le titre «Le fédéralisme et la société canadienne-française» (Éditions HMH). Ces textes écrits dans les années 50 et 60, «La nouvelle trahison des clercs» par exemple, sont de grands classiques de la pensée politique, et la base intellectuelle du courant fédéraliste au Québec.

Si la lecture d'un bouquin de 227 pages s'était avérée trop ardue (c'est vrai que la langue est un peu plus recherchée que celle du manifeste du FLQ), on aurait pu lire des extraits des deux discours historiques que Trudeau a livrés durant la campagne référendaire de 1980.
Au lieu de choisir des textes rationnels et intelligents (au risque qu'ils soient convaincants) pour faire contrepoids aux textes souverainistes et donner un caractère inclusif à la cérémonie, les porte-parole de ce colloque se targuent hypocritement d'être pluralistes en offrant à leur auditoire... un texte de Lord Durham et un autre de Mordecai Richler! Autrement dit, des textes de non-francophones - un impérialiste britannique et un méchant Anglais - qui serviront de repoussoir et qui conforteront les zélotes dans leur impression qu'il n'y a ni salut ni dignité (ni francophones!), en dehors de l'Église souverainiste.
C'est une chose que de travestir l'histoire (tout le monde le fait en politique), c'en est une autre que de prétendre qu'avec des alibis pareils, le Moulin offrira une «programmation» inclusive.
Le manifeste du FLQ fait partie de l'Histoire, certes, et il pourrait avoir sa place dans un programme équilibré... encore qu'il s'agisse d'un texte mal foutu, vulgaire et infantile, qui n'aurait jamais survécu si Trudeau et Radio-Canada, pour de pures raisons humanitaires (dans l'espoir de sauver la vie de James Cross), ne lui avaient pas donné un tel retentissement.
Si les organisateurs du Moulin avaient eu un minimum de culture politique, ils auraient choisi, pour représenter à sa juste valeur le courant de pensée indépendantiste-socialiste, l'un des excellents textes que la revue Parti-Pris a publiés durant ces années-là.
À l'époque, dans mon entourage pourtant très indépendantiste, personne n'avait été ému par ce manifeste, d'abord parce que nous abhorrions le terrorisme, et aussi parce que le texte était franchement minable. On avait bien ri, cependant, à la vue du pauvre Gaétan Montreuil, le présentateur des nouvelles qui lisait avec son impeccable accent radio-canadien et une mine imperturbable les imprécations joualisantes où il était question, entre autres personnages, de «Trudeau-la-tapette». Le contraste entre Montreuil et ce qu'il était obligé de réciter était irrésistible.
Au fond, le pire dans cette histoire n'est pas la lecture du manifeste. C'est la banalisation du FLQ, comme s'il avait servi «la cause», serait-ce en se trompant sur les moyens. Sans l'intransigeance de René Lévesque, qui a tout fait pour dissocier le PQ du FLQ, le terrorisme aurait irrémédiablement souillé le mouvement indépendantiste, car il était, dans le contexte québécois, absolument inexcusable. La décence élémentaire commanderait qu'on fasse suivre la lecture du manifeste d'un texte condamnant sans ambiguïté tout recours au terrorisme. Pourquoi pas une citation de Lévesque?


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