Martin Riposte

Les libéraux ressortent les épouvantails pour détourner les électeurs de Stephen Harper

PLC - publicités négatives


Ottawa -- Malmené dans les sondages et même critiqué par certains de ses candidats pour sa mauvaise performance, le chef libéral Paul Martin a sorti l'artillerie lourde hier en livrant contre son rival conservateur un discours alarmiste conçu pour donner le ton des derniers jours de campagne et mettre la table en vue d'une nouvelle série de publicités négatives. M. Martin a reconnu vouloir éliminer la clause dérogatoire de la Constitution canadienne afin d'empêcher Stephen Harper d'y avoir éventuellement recours pour interdire l'avortement et le mariage des couples homosexuels.
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«Le premier geste que fera une nouvelle administration libérale sera d'amender la Constitution pour s'assurer que le gouvernement ne puisse pas se servir de la clause dérogatoire», a réitéré M. Martin alors qu'il se trouvait devant le Canadian Club et l'Empire Club de Toronto. Il a rappelé que Stephen Harper a refusé de le suivre sur cette voie lorsqu'il en a fait la promesse pour la première fois au débat des chefs en anglais, lundi soir. «M. Harper est bien content que cette arme soit là où elle se trouve : entre les mains des politiciens. C'est une arme utilisée pour fouler au pied le droit, ce qui nous amène à nous demander : pourquoi ? Ce n'est certainement pas parce qu'il craint les changements constitutionnels. Pendant les débats, M. Harper a dit qu'il voulait changer la Constitution pour protéger le droit à la propriété.»
La clause dérogatoire, contenue dans la Charte des droits et libertés, permet au gouvernement d'adopter une loi contraire à certains droits à la condition qu'il l'inscrive dans cette même loi. Le gouvernement fédéral n'a jamais eu recours à cette clause, qui existe depuis 1982. M. Martin estime pouvoir apporter ce changement constitutionnel seul. «Nos avis vont dans ce sens», a-t-il dit mardi soir après les débats. Tous les experts consultés par Le Devoir cette semaine estiment au contraire qu'il faudrait l'appui d'au moins sept provinces comptant plus de la moitié de la population canadienne.
«Alors, si M. Harper n'a pas l'intention de l'utiliser, pourquoi n'accepte-t-il pas de l'éliminer ?», a continué le chef libéral dans son discours d'hier midi. «Je crois que la réponse est évidente. Des membres du parti de M. Harper ont promis à des groupes conservateurs que s'ils étaient élus, ils organiseraient des votes au Parlement sur le droit des femmes de choisir [l'avortement], sur le mariage entre conjoints de même sexe et d'autres questions sociales. Ces votes ne signifieront rien à moins que M. Harper ne conserve le pouvoir d'outrepasser la Charte. C'est l'arme que M. Harper veut conserver, et il ne la lâchera pas.»
Le discours de Paul Martin n'est pas un élément isolé : c'est plutôt le coup d'envoi du dernier volet de la campagne libérale visant à dépeindre le Parti conservateur comme une formation extrémiste, aux antipodes des valeurs canadiennes. La nouvelle série de publicités négatives est d'ailleurs à l'avenant. Dans ces 12 publicités -- dont une qui affirme que M. Harper posterait des soldats dans les villes et qui a été retirée --, le visage et parfois seulement le regard clair de Stephen Harper servent d'arrière-plan. On l'accuse tantôt d'être trop près de George W. Bush, tantôt d'être un nouveau Mike Harris. Certaines se déroulent sur fond de roulements de tambours militaires.
Le premier intéressé s'est moqué de ces attaques. «Je pense que c'est le problème de la campagne libérale. Nous attendons encore d'en voir la direction. J'imagine que nous avons attendu toutes ces années pour, au bout du compte, n'assister qu'à des attaques.» M. Harper a mis en doute la crédibilité des publicités à saveur militaire, surtout celle qui a été retirée. «J'imagine qu'ils tentent de suggérer que nous imposerions la loi martiale ou quelque chose du genre. [...] Qui croira cela ? Il n'y a qu'un seul gouvernement dans notre histoire qui a déclaré la loi martiale et posté des militaires dans nos rues. Et c'était le gouvernement libéral de [Pierre Elliott] Trudeau.»
Même le leader du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, a tourné en ridicule cette tentative libérale. «Le chef du Parti libéral, un premier ministre, n'a rien d'autre à dire aux Canadiens que le soleil ne se lèvera pas et que les volcans vont détruire la planète s'ils ne votent pas libéral. [...] Cette fois-ci, Paul, ça ne fonctionnera pas.»
Programmes dévoilés
Ces attaques et ripostes particulièrement acrimonieuses ont jeté un peu d'ombre sur les programmes du PLC et du NPD dévoilés en journée. Le programme libéral de 86 pages contient bien peu de surprises. La plupart des promesses avaient déjà été annoncées. Paul Martin l'a lui-même reconnu en point de presse. «J'ai donné un résumé d'annonces qui ont déjà été faites.» On apprend toutefois qu'un gouvernement libéral étendrait le programme de congés parentaux aux travailleurs autonomes, comme c'est le cas au Québec. Il mettrait sur pied un régime d'épargne invalidité enregistré, inspiré du modèle des REER, et piloterait une initiative internationale à l'ONU pour interdire la présence de tout type d'armes dans l'espace. Cette promesse permet de rappeler à la population que Stephen Harper voudrait renégocier la participation du Canada au bouclier antimissile américain.
Les néo-démocrates s'engagent à dépenser 71,5 milliards en cinq ans en programmes sociaux et en réductions d'impôt pour les plus pauvres. Il resterait encore un petit surplus, selon le parti, qui se base sur les prévisions financières des libéraux. Les représentants néo-démocrates ont reconnu qu'il ne serait pas possible de réaliser ce programme si les conservateurs réduisaient la TPS ou si les libéraux baissaient les impôts, mais ils n'ont pas voulu dire lesquelles de leurs promesses ils sacrifieraient pour parvenir à une entente avec le parti au pouvoir. «Notre travail consistera à convaincre autant de parlementaires que possible pour faire adopter ces mesures», a dit le chef Jack Layton.
On retrouve dans le plan du NPD une hausse du salaire minimum pour les emplois relevant des compétences fédérales à 10 $ l'heure (il s'établit à 7,60 $ au Québec). On veut bonifier la Prestation fiscale pour enfant de 1000 $ par enfant. Le NPD s'engage aussi à s'attaquer au déséquilibre fiscal (qui n'est pas appelé ainsi dans le document). Le NPD consacrerait tout surplus budgétaire non prévu aux infrastructures, au logement social, à l'assurance-emploi et au remboursement de la dette.
Libéraux mécontents
Cette semaine, des voix libérales discordantes ont commencé à se faire entendre. L'hebdomadaire politique Hill Times cite certains députés mécontents de l'allure de la campagne de Paul Martin. «C'est inquiétant», a confié Peter Milliken, président sortant de la Chambre des communes et candidat aux élections du 23 janvier. «La campagne nationale est plus faible cette année. [...] Je suis affecté par la couverture médiatique.» Sous le couvert de l'anonymat, un autre libéral a confié que la campagne est désastreuse. «Où est la foutue plateforme électorale ? Elle était censée être publiée avant Noël. [...] Les gens qui font du porte-à-porte se font poser des questions par les électeurs et ne savent pas quoi répondre.»
Avec la Presse canadienne


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