Libérez les libéraux

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Sébastien Proulx est le seul qui pourrait sortir les libéraux du ghetto anglo-immigré montréalais


Telle Jeanne d’Arc, Sébastien Proulx a entendu une voix qui l’appelait à défendre une approche nationaliste dans la course à la chefferie du PLQ. L’idée que Gaétan Barrette puisse jouer ce rôle en glace plusieurs d’effroi.


En fin de semaine dernière à Drummondville, les militants libéraux de Montréal ont fait sentir leur poids en s’opposant fortement à ce que leur parti se rallie à la recommandation du rapport Bouchard-Taylor sur le port de signes religieux, comme le souhaitaient ceux qui s’inquiètent de voir le PLQ s’aliéner l’électorat francophone.


Son chef intérimaire, Pierre Arcand, s’est réjoui que le conseil général ait attiré un nombre record de participants, mais il était clair que cet afflux ne provenait pas des régions.


Cette division entre les défenseurs inconditionnels du libre-choix et les partisans d’une interdiction limitée semble aussi insurmontable que l’a été au PQ celle qui opposait les partisans d’un référendum à tout prix à ceux qui plaidaient la nécessité de respecter le rythme de la population.


La belle unité que le PLQ affichait traditionnellement n’a pas résisté à la mise en veilleuse de la question nationale. Pendant cinquante ans, la défense de l’unité canadienne a été plus importante que tout, mais ce ciment a disparu.


La question est maintenant de savoir si le PLQ va lutter pour que le Québec puisse vivre selon ses propres valeurs au sein de la fédération ou s’il va épouser celles du reste du Canada, comme cela a été le cas sous le règne de Philippe Couillard.


Quand le chat n’est pas là, les souris dansent. L’absence d’un chef permanent donne aux différentes factions une liberté inhabituelle. Pierre Arcand est essentiellement un chef parlementaire et ne prétend exercer aucun leadership intellectuel sur le parti. De quelle école sera le prochain chef ?


 

 

Il est vrai qu’en recourant à la disposition de dérogation prévue aux chartes canadienne et québécoise des droits et libertés, le gouvernement Legault va régler la question pour cinq ans, mais cela ne dispensera pas le PLQ de prendre position. S’il reprend le pouvoir en 2022, renouvellera-t-il la disposition de dérogation ou reviendra-t-il au libre-choix ?


Cette décision pourrait être lourde de conséquences. Quand Robert Bourassa a utilisé la disposition de dérogation pour maintenir la règle de l’unilinguisme français dans l’affichage commercial, à l’encontre d’un jugement de la Cour suprême, les trois ministres libéraux issus de la communauté anglophone, Clifford Lincoln, Richard French et Herbert Marx, ont remis leur démission.


La déclaration que M. Lincoln avait faite à l’Assemblée nationale — « rights are rights are rights » — traduit très bien le sentiment de ceux qui voient sincèrement le projet de loi 21 comme une intolérable violation des droits fondamentaux.


Si la majorité des députés du PLQ se sont rangés dans le camp du libre-choix, c’est qu’ils ont été élus dans des circonscriptions montréalaises, où le vote non francophone est déterminant. On peut difficilement leur reprocher de se faire les porte-parole de leurs commettants, mais il est évident que les libéraux se condamnent à l’opposition perpétuelle si les francophones les perçoivent comme le parti des « Montrealers ».


 

 

En imaginant un système de pointage qui accordera le même poids à chacune des 125 circonscriptions lors de l’élection du prochain chef, peu importe le nombre de membres qu’ils comptent, la direction du PLQ a clairement voulu éviter que les militants de Montréal imposent leur choix.


Tous les libéraux ne sont pas nécessairement allergiques aux transfuges, à la condition qu’il ne s’agisse pas d’anciens séparatistes. Si on a reproché son passé péquiste à Raymond Bachand, on ne peut certainement pas dire que le passé conservateur de Jean Charest lui ait nui.


Il n’en est pas moins curieux que trois des quatre candidats dont le nom circule viennent soit de la CAQ, soit de l’ADQ. Marwah Rizqy les a accusés de « marchander leurs valeurs » en se ralliant au rapport Bouchard dans l’espoir de faire des gains politiques.


Il est vrai qu’en se joignant au PLQ, Dominique Anglade avait expliqué que les positions identitaires de la CAQ lui étaient insupportables. Quelques années de politique lui ont manifestement permis de développer des anticorps.


Mme Rizqy a la vertu des néophytes, mais c’est précisément cette inexpérience qui constitue son principal handicap. Il faut toutefois reconnaître qu’elle apprend rapidement à se faire des ennemis.


Sébastien Proulx représente très bien le Québec hors Montréal. Non seulement il a un talent évident pour la politique, mais il est également un des rares ministres de l’ère Couillard dont la popularité s’est maintenue malgré tout.


Évidemment, rien n’est parfait. L’anglais de M. Proulx n’est pas à la hauteur de ce qu’on attend d’un chef du PLQ. Pierre Arcand a reconnu à demi-mot que cela pourrait constituer un problème. Les libéraux veulent bien se libérer de l’emprise montréalaise, mais il y a tout de même des limites.









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