Les Écossais face à leur destin

Plusieurs souverainistes québécois sont à Édimbourg en ce jour de référendum

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Du leur en dépendent plusieurs autres, et peut-être même le nôtre

Les yeux du monde entier sont tournés vers l’Écosse : la petite nation de 5,3 millions d’habitants doit décider ce jeudi si elle maintient une union politique vieille de 307 ans avec la Grande-Bretagne ou si elle vole de ses propres ailes.

Comme au Québec en 1995, les camps du Oui et du Non se trouvent dans une quasi-égalité — 51 % à 49 % en faveur du Non, selon les sondages — au moment où les électeurs doivent envahir les bureaux de vote. Le sort de la nation repose entre les mains de 600 000 électeurs indécis qui peuvent pencher d’un côté ou de l’autre au moment de remplir leur bulletin de vote, estiment les analystes.

Le référendum se déroule sous haute surveillance de Québécois, surtout du mouvement souverainiste, venus chercher la recette du succès de la campagne du Yes Scotland. Le député péquiste Pierre Karl Péladeau et sa conjointe Julie Snyder sont débarqués mercredi à Édimbourg pour voir de leurs propres yeux ce moment historique.

Les péquistes Alexandre Cloutier, Martine Ouellet et Mathieu Traversy ont aussi participé à une manifestation pour le Oui, en soirée à Édimbourg. Des représentants de Québec solidaire et d’Option nationale se trouvent aussi sur place. Jean-Martin Aussant, qui a appelé la semaine dernière à une « refondation » du Parti québécois (PQ), doit arriver ce jeudi de Londres avec femme et enfants.

« La campagne référendaire peut certainement donner des ailes à d’autres mouvements indépendantistes, notamment en Catalogne et au Québec », croit Michael Fry, historien et auteur écossais qui est devenu indépendantiste en 2007, après avoir milité pour le Parti conservateur.

« Peu importe le résultat jeudi, la campagne a changé la dynamique politique en Écosse », estime de son côté Michael Keating, professeur de science politique à l’Université d’Aberdeen, qui a déjà enseigné à l’Université Western Ontario, à London au Canada.

L’Écosse sort plus forte de cette campagne d’une intensité jamais vue, et les électeurs plus exigeants envers leurs élus, selon lui. « Le statu quo est à peu près impensable. Il y aura certainement dévolution de pouvoirs en cas de victoire du Non, même si on ne sait pas lesquels », ajoute Michael Keating.

Des débats passionnés

Le professeur dit être agréablement surpris par le ton civilisé des débats et la passion des citoyens pour l’avenir de la nation. « L’autre jour, dans le train qui me ramenait de Glasgow, j’ai assisté à un long échange sur l’union monétaire entre deux jeunes passagers. Et ils étaient très bien informés ! »

Dans les pubs, dans les restaurants et même dans les autobus, les Écossais ne parlent que de ça depuis plusieurs semaines. Au café Cortado, sur le Royal Mile qui traverse la vieille ville d’Édimbourg, les propriétaires ouvertement indépendantistes débattent avec deux touristes espagnoles. « Vous n’êtes pas bien en Grande-Bretagne, un beau et grand pays ? », lance une des visiteuses espagnoles.

« On veut simplement prendre le contrôle de nos affaires. C’est une question de dignité », répond John Cameron-Clarke, derrière son comptoir.

« Les gens en Catalogne vont dire : pourquoi pas nous ? » ajoute la dame.

« Pourquoi pas, en effet !, enchaîne le commerçant. L’autre jour, un Américain m’a demandé pourquoi on voulait notre indépendance des Anglais. Je lui ai rappelé que son propre pays a déclaré son indépendance des Anglais en 1776 ! Il ne savait plus quoi dire. »

Appels de dernière minute

Les chefs du Non et du Oui ont passé la journée de mercredi à motiver leurs partisans et ont livré un ultime appel aux électeurs. Les caravanes se sont croisées en matinée à Glasgow, où des citoyens des deux camps ont échangé quelques gros mots, sous un soleil automnal.

Le député travailliste Alistair Darling, chef du Non, a invité les indécis à rejeter l’indépendance s’ils ont le moindre doute sur les conséquences d’un Oui. Et des doutes, ils en ont, de toute évidence. Darling était flanqué de l’ancien premier ministre Gordon Brown, d’origine écossaise, venu lui prêter main-forte sur la scène.

« En prenant une décision aussi importante, vous devez avoir une certitude. Il est très clair, après cette longue campagne, qu’il n’y a aucune certitude du côté nationaliste. Pour quiconque en Écosse qui a des doutes, rejetez les doutes et dites Non », a déclaré le député travailliste.

Le chef du Oui, le premier ministre Alex Salmond, a exhorté les Écossais à ignorer la peur et à se faire confiance. « Les campagnes des deux côtés ont fait valoir leurs arguments. Ce qui reste, c’est nous, les gens qui vivent et qui travaillent ici. Les gens qui votent. Les gens qui comptent. Les gens qui, durant quelques précieuses heures durant la journée, tiennent la souveraineté et le pouvoir entre leurs mains », a dit le chef indépendantiste.

« Vous n’aurez jamais eu autant de pouvoir en tant que citoyens. L’avenir de l’Écosse, notre pays, est entre nos mains. Que faire ? C’est à chacun d’entre nous de le déterminer. Je ne vous demande qu’une chose : prenez cette décision de façon pleinement consciente. »


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