Les députés divisés entre un couronnement et une course

PQ - succession de Boisclair

Québec -- Les larmes de certains députés n'étaient pas encore sèches après la démission d'André Boisclair que déjà des divergences surgissaient parmi les élus péquistes: faut-il dérouler le tapis rouge à Gilles Duceppe et lui assurer un couronnement ou tenir plutôt une course à la direction du Parti québécois en bonne et due forme?

D'emblée, la présidente du caucus du PQ, Agnès Maltais, a annoncé, hier, sa couleur: elle préfère la tenue d'une course à la chefferie. Elle s'est d'ailleurs demandé si le parti pouvait se permettre d'en faire l'économie. Mme Maltais aimerait bien que Pauline Marois, qui avait terminé deuxième en 2005 derrière André Boisclair, tente sa chance une nouvelle fois.
Toujours prompt à flairer le vent quand il tourne, le député de Richelieu, Sylvain Simard, est d'avis que le couronnement de Gilles Duceppe s'impose. Il s'en est ouvert, hier, tout en lançant une première fleur à celui qu'il voit déjà comme son prochain chef. «Je souhaite avoir la même sagesse [que M. Duceppe] au cours des derniers jours. Bien respirer par le nez, bien réfléchir. Évaluer toutes les données du problème. Et nous verrons ensemble avec lui ce qu'il convient de faire pour le mieux-être du Québec et du Parti québécois», a-t-il dit avec les accents sirupeux du courtisan.
Interrogé sur l'opportunité d'un couronnement de Gilles Duceppe, le député de Beauharnois, Serge Deslières, qui était un de ceux qui a sonné la charge pour qu'André Boisclair se soumette à un vote de confiance dès cet automne, a rappelé, hier que le PQ est un parti de militants. «Ça appartient aux militants et militantes, ces courses à la chefferie», a-t-il dit.
Le député de Rousseau, François Legault, croit qu'il faut tenir une course à la direction. «Il y a un débat d'idées à faire au parti, et ça prend une course», a-t-il dit. Il estime que c'est d'ailleurs le sentiment qui prévaut au sein de la députation péquiste.
Mais, pour éviter un couronnement, encore faut-il pouvoir compter sur plus d'un candidat. François Legault a indiqué qu'il ne se porterait pas candidat: les raisons familiales qu'il avait évoquées en 2005 pour se retirer de la course sont toujours valables, a-t-il dit. Et Pauline Marois n'a aucune intention de se lancer dans la mêlée, surtout contre Gilles Duceppe.
Parmi les élus qui pourraient se porter candidats, on note Camille Bouchard qui avait songé à se présenter en 2005. Les noms de deux nouveaux venus circulent: Pierre Curzi, l'ex-président de l'Union des artistes, et Bernard Drainville, ex-journaliste à Radio-Canada. Mais le manque d'expérience politique de ces deux recrues serait considéré comme un handicap.
Si Mme Marois passe la main et qu'un couronnement s'annonce, Jean Ouimet, le candidat vert qui a obtenu 0,2 % des voix en 2005, voudra jouer les trouble-fêtes. «Si on veut faire un couronnement sans qu'il y ait un débat [sur les changements climatiques et le "contrat social"] , je vais me lancer», a-t-il déclaré au Devoir hier. Rappelons qu'en 2001 Jean Ouimet avait bien failli empêcher le couronnement de Bernard Landry, mais il n'avait pu obtenir le nombre de signatures requis.
Pour l'ex-ministre Joseph Facal, le PQ doit d'abord se choisir un chef puis entreprendre une réflexion sur les idées, «sinon on se retrouve avec un chef menotté, ce qui est arrivé à M. Boisclair». Selon lui, les militants du PQ doivent cesser de se parler en vase clos. On doit «ouvrir les fenêtres», et le PQ «doit ajuster ses idées et ses pratiques au monde qui change».
La présidente du PQ, Monique Richard, a indiqué que l'exécutif du parti se réunira prochainement pour définir les règles de la prochaine course à la direction du parti. Une proposition sera ensuite soumise pour approbation à la Conférence des présidentes et présidents du PQ. Cette dernière instance se réunit le 26 mai. Chose certaine, l'élection d'un nouveau chef se fera au suffrage universel des membres comme en 2005, comme le stipulent les statuts du parti qui ne peuvent être changés que lors d'un Congrès national. Il n'est donc pas question de tenir un congrès classique où ne voteraient que des délégués.
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Avec la collaboration de Kathleen Lévesque


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