Les déchirements de la gauche verte montréalaise

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La gauche fédéraliste s'entre-déchire sur le Plateau-Mont-Royal


La gauche se déchire au cœur de Montréal, dans Laurier–Sainte-Marie, en cette campagne électorale fédérale, autour de l’environnement.


Il y a quelques mois, lors d’un souper, la candidate du NPD Nimâ Machouf avait même «cuisiné» personnellement celui qui allait devenir son adversaire dans cette circonscription, Steven Guilbeault.


«Je connais Steven depuis très longtemps, on a envoyé nos enfants dans la même école», confie Machouf.


Pour elle, Guilbeault est d’abord cet activiste qui, en 2001, avait escaladé, avec une escouade de Greenpeace, la tour CN à Toronto, afin de sensibiliser la population à l’écologie.


«Je trouve ça très dommage qu’il ait finalement décidé de se joindre au Parti libéral!» peste Mme Machouf.


Guilbeault soutient que le gouvernement Trudeau est un de ceux qui «ont fait le plus en matière d’environnement». Machouf répond : «Oui, le PLC a fait des pas ; mais seulement si on le compare aux conservateurs.»


Pour le reste, les libéraux n’ont eu que de «belles» paroles : «Ils imposent une taxe de carbone, mais exemptent ceux qui font le plus de pollution! Ils achètent des pipelines! Steven Guilbeault, comment il s’arrange avec ça? Voulez-vous me dire?»


Pas de limousine


Hier matin, j’avais justement rendez-vous avec Steven Guilbeault, à la boulangerie Pain à Tartine, rue Ontario.


Son choix, explique-t-il, est clairement celui du pouvoir, la possibilité réelle de participer enfin directement à la définition des politiques publiques.


Il sent le besoin d’ajouter : «Ceux qui disent que je m’en vais en politique pour avoir une limousine, ils ne me connaissent vraiment pas.» Ne possédant pas de voiture, il ose même dire que si jamais il devenait ministre, il essaierait «certainement de faire sans».


Si jamais il est élu et entre au gouvernement, pourrait-il un jour, si on lui demande trop de compromis, imiter Nicolas Hulot? Cet environnementaliste français connu devenu ministre a, au bout de deux ans, claqué la porte du gouvernement Macron.


«Dans une démocratie, faire avancer les choses, ça prend du temps», philosophe Guilbeault. Hulot était surtout une personnalité médiatique avant de devenir ministre, insiste-t-il : «Moi ça fait 25 ans que je travaille avec les politiciens de tout acabit ou presque.»


Pique à Blanchet


Le Bloc québécois dit qu’il a choisi le parti qui s’est plié à la vraie nature du Canada, celui d’être un État pétrolier.


Le candidat libéral admet que le pétrole est une ressource importante dans le Dominion, mais lorsqu’on lui demande si un Québec plus autonome ou souverain serait plus vert, il répond « non » sans détour.


Faire partie du Canada ne «nous a pas empêchés de développer notre éolien» par exemple.


Puis, il lance une flèche à Yves-François Blanchet, actuel chef du Bloc québécois. Lorsque ce dernier était ministre de l’Environnement dans le gouvernement Marois, «il a autorisé l’inversion de la ligne 9B d’Enbridge» et signé les autorisations de prospection pétrolière pour Anticosti. «M. Blanchet est mal placé pour faire la morale à qui que ce soit là-dessus. Cette idée d’un Québec vertueux toujours... ça ne tient pas.»