Les contorsions d'une coalition

Coalition BQ-NPD-PLC



C'est l'une des premières choses qu'a dites Stéphane Dion, le plus invraisemblable des leaders politiques du pays, qui attend d'être sacré premier ministre cependant que son parti prépare son oraison funèbre. Devant les difficultés qui s'annoncent, son gouvernement de coalition ne restera pas les bras croisés.
C'est un euphémisme à lire le programme de relance auquel libéraux et néo-démocrates ont souscrit, avec la caution des bloquistes. En fait, ce programme est tellement chargé de priorités -un travers typiquement libéral- qu'on voit mal comment un gouvernement passera au travers de la liste en 30 mois, même à supposer que cette coalition tienne jusqu'en juin 2011. Un coup parti, se sont-ils dit, pourquoi ne pas réformer l'immigration?
Ce programme part d'un bon constat. Le gouvernement peut et doit agir, autant que faire se peut, pour atténuer les effets de la crise. Et s'il aggrave le déficit budgétaire qui pointe à l'horizon, ainsi soit-il. La peur du rouge ne doit pas devenir une phobie. Pourvu que le Canada corrige le tir ensuite, ce que la coalition s'engage à faire en renouant avec les surplus d'ici quatre ans.
Le hic, c'est qu'on ignore combien coûteront les mesures présentées hier, ce qui donne à ce programme les allures d'une ébauche. Jusqu'à quel point est-ce que le Canada s'enfoncera? Ce n'est pas un détail.
Cela dit, il y a de bonnes mesures dans ce programme. Sans surprise, un gouvernement rouge orange accélérerait les investissements dans les infrastructures. Dans le budget 2007, les conservateurs s'étaient engagés à y investir 33 milliards de dollars sur sept ans, mais seulement 6,2 milliards ont été déboursés jusqu'à maintenant. Ainsi, le gouvernement peut encore investir 27 milliards, ce qui équivaut à 1,7% du produit intérieur brut, a calculé Stéphane Marion, économiste en chef de la Banque Nationale.
Pierre Paquette, critique du Bloc en finances, croit que les astres sont enfin alignés pour que le train à haute vitesse entre Québec et Windsor démarre, un projet immobilisé depuis 20 ans. Yes we can!
Autre engagement très significatif: une réforme en profondeur de l'assurance emploi. Les chômeurs n'auront plus à attendre deux semaines avant de toucher leur premier chèque.
Surtout, la coalition dirigée par Stéphane Dion mettra fin au détournement des surplus de la caisse d'assurance emploi -ce qui ne manque pas d'ironie quand l'on sait que ce sont les libéraux qui ont allègrement pigé dans ces surplus.
Le gouvernement créera une société d'État pour administrer le programme. Tous les revenus de cotisations serviront à indemniser et à former les chômeurs. Ainsi, la lutte aux déficits ne se fera plus sur le dos des travailleurs et des employeurs, qui ont involontairement contribué pour des dizaines de milliards à la "cause".
Le gouvernement de coalition se targue aussi de ne pas rester insensible aux malheurs des industries manufacturières et forestières. Il aidera ces industries à se moderniser et à se diversifier, à la condition -et c'est important- que celles-ci déposent un plan de redressement crédible.
La coalition s'engage à rétablir le financement des programmes culturels, ce qui sera bien accueilli au Québec. Rappelons que pour économiser 45 millions et "assainir" les moeurs de l'industrie, les conservateurs ont joué du ciseau dans 14 programmes.
C'est beaucoup et c'est assez pour atténuer les effets de cette crise. Ce programme de relance, la raison d'être officielle de cette coalition, aurait dû s'arrêter là. Mais, pour que la colle qui cimente cette alliance tienne, les partis se sont livrés à toutes sortes de compromis et de contorsions, avec des résultats bancals.
Le meilleur exemple, c'est la volonté annoncée de réduire les gaz à effet de serre, bien qu'on ne précise pas dans quelle mesure. C'est une mesure louable et même souhaitable, mais ce n'est pas avec cela qu'on relance une économie nord-américaine chancelante. D'autant que le gouvernement de coalition propose d'utiliser 1990 comme année de référence, à l'instar de l'accord de Kyoto, ce qui en fera une cible très ambitieuse à atteindre, de l'aveu même de certains écologistes.
Stéphane Dion ne pouvait revenir avec son archi impopulaire taxe sur le carbone, qui explique en partie sa défaite aux dernières élections. Mais le système que le gouvernement de coalition compte mettre en place -prôné par les néo-démocrates- est plus malavisé que la taxe sur le carbone, qui était plus critiquée par son imposition inopportune et par l'emploi à toutes les sauces de son produit.
Le système de négociation des droits de pollution (cap&trade en anglais) est plus complexe et lourd à administrer qu'une taxe. Pis, il ouvre la porte à du favoritisme dans l'allocation des crédits de pollution.
Surtout, cette proposition risque de jeter de l'huile sur le feu qui brûlera dans l'Ouest, notamment en Alberta, le fief des conservateurs. Déjà que la légitimité de Stéphane Dion sera contestée, le chef libéral n'ayant récolté que 26% du vote populaire aux dernières élections. Imaginez si, en plus, la coalition se propose de leur faire avaler des mesures de réduction des émissions à la sauce de Kyoto, l'Ouest se rebellera.
Et c'est peut-être ce qui tuera cette coalition.


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