Le temps est manifestement venu d'agir

Santé - le pacte libéral

En février 2008, le groupe de travail sur le financement de la santé que j'ai présidé rendait public son rapport. Au terme de nos travaux, nous recommandions en premier lieu une augmentation de 0,5 point de pourcentage de la TVQ et l'introduction, non pas d'un ticket modérateur, mais d'un T-4 santé.
Dès le lendemain de la publication de notre rapport, le gouvernement rejetait la recommandation de hausser la TVQ de 0,5 point de pourcentage. Le rejet fut si catégorique que l'on a conclu que l'ensemble du rapport était voué aux oubliettes.
Mais, surprise, peu de temps après sa réélection avec une majorité de sièges, le gouvernement annonçait son intention de hausser la TVQ de 1 point de pourcentage. Il semble même qu'il s'apprêterait à annoncer une hausse supplémentaire de 1 point.
La décision de rejeter notre rapport était-elle justifiée? Poser la question, c'est y répondre. Notre rapport comprend un ensemble de mesures visant à dynamiser notre système de santé, à améliorer l'accessibilité et à freiner de façon ordonnée la croissance de ses coûts. Je souligne que ces propositions respectent pleinement son caractère public et universel.
Elles permettraient de réduire graduellement la progression des coûts du système, sans réduire les services, d'au moins 10 % par année. Sur un budget de 26 milliards, les économies possibles sont substantielles. Les soins de première ligne, les soins à domicile, les infirmières, les médecins de famille, le dossier patient informatisé pourraient bénéficier grandement d'une réallocation de ces économies.
Au lieu d'analyser sérieusement notre rapport, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a choisi de l'ignorer. À deux reprises, j'ai offert de lui présenter le contenu de ce rapport qui, en passant, a coûté plus de 400 000 $ aux contribuables. Il préfère agir sans plan d'ensemble au fur et à mesure que les problèmes et les crises surgissent. Pourtant, il est clair que c'est précisément cette approche qui, trop souvent utilisée dans le passé, est largement responsable de l'état actuel de notre système de santé.
Notre rapport proposait également un décloisonnement encadré de la pratique médicale et une ouverture limitée sur le secteur privé. Il s'agit de propositions de nature complémentaire qui ne remettent pas en cause l'universalité du système. Bien que ces propositions demeurent à mon avis pleinement pertinentes, ouvrir à ce moment-ci un débat sur ces questions aurait malheureusement pour effet de détourner l'attention de l'enjeu prioritaire.
À la suite de la publication de notre rapport, les principaux acteurs du secteur de la santé se sont prononcés en faveur de la majeure partie de nos recommandations sur notre système public et son financement. Les gens sont inquiets et espèrent que les mesures qui s'imposent seront prises. Le maintien au rancart de nos recommandations n'a plus de sens.
Le temps est manifestement venu pour le premier ministre d'intervenir afin de sortir notre système public de santé de son état de crise chronique et de rassurer la population.
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Claude Castonguay - Ex-ministre de la Santé du Québec et fellow invité au CIRANO


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