ENVIRONNEMENT

Le Québec ne joue pas sur deux fronts, se défend Couillard

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Couillard sur la défensive à Davos

Davos — Venu vanter les efforts du Québec en matière d’environnement à Davos, le premier ministre Philippe Couillard s’est défendu vendredi de jouer sur deux fronts dans ce dossier, même si son gouvernement est entre autres favorable à certains projets d’oléoduc ainsi qu’à la cimenterie de Port-Daniel-Gascons.

Parmi ses nombreuses rencontres, le premier ministre s’est notamment entretenu avec le président-directeur général de l’organisme environnemental international Climate Group, Mark Kember, pour discuter notamment de lutte contre les changements climatiques.

Rencontré plus tard vendredi par La Presse canadienne, M. Kember s’est montré surpris, même déçu, de constater que le gouvernement Couillard semblait pencher en faveur de projets comme la cimenterie de Port-Daniel-Gascons ainsi que les projets d’oléoducs d’Enbridge et TransCanada.

« Non, nous n’en avons pas discuté et je n’étais pas au courant », a-t-il affirmé, au cours d’une entrevue.

D’après les écologistes, le projet de cimenterie en Gaspésie ferait notamment grimper de plus de deux millions de tonnes par année les émissions de gaz à effet de serre (GES).

« Nous allons certainement les encourager à utiliser le carburant le plus propre possible et à mettre sur pied l’usine la plus efficace possible », a analysé M. Kember. Ce dernier et le premier ministre ont régulièrement des échanges, puisque ce dernier est notamment le coprésident de l’Alliance des États fédérés et des régions du Climate Group.

Questionné sur la réaction de M. Kember, le premier ministre a répliqué en point de presse qu’il ne fallait pas tomber dans le panneau de faire le choix entre le développement économique et la lutte contre les changements climatiques. « Justement, parce que l’on a un marché du carbone, des investissements comme celui-là [la cimenterie] se feront dans un contexte où ces gens-là devront prendre en compte le coût du carbone dans leurs investissements », a dit M. Couillard.

Depuis 2011, le Québec a adopté une réglementation sur le marché du carbone avant de mettre de l’avant, en 2013, le Système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre du Québec (SPEDE) en collaboration avec la Californie.

En vertu de ce système, les entreprises au bilan écologique plus reluisant pourront vendre leurs crédits d’émission de GES, ce qui devrait leur permettre de récupérer en partie leur investissement.

Pris avec Anticosti

Le président-directeur général du Climate Group ignorait également que la province s’était aventurée dans l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti — enclenchée par le gouvernement péquiste — qui a reçu le feu vert de Québec au printemps dernier, ce qui a semblé le faire sourciller.

« Selon moi, on ne devrait pas toujours chercher les réserves de pétrole, a analysé M. Kember. Je peux comprendre pourquoi certaines régions peuvent être tentées de le faire. Cela génère des revenus, mais c’est une distraction, parce que ces investissements ne sont pas destinés à l’énergie renouvelable. »

Sur cette question, M. Couillard a répliqué que son gouvernement « était pris » avec une entente qui avait déjà été signée et qu’il avait encore de « gros points d’interrogation », comme il le faisait valoir dans l’opposition, quant au potentiel pétrolier de l’île d’Anticosti.

La province s’est engagée à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre de 20 % d’ici 2020 par rapport au niveau de 1990, un objectif qui devrait être atteint, croit M. Kember.

M. Kember s’est par ailleurs dit déçu de voir que la lutte contre les changements climatiques — un des dix thèmes principaux du Forum — ne semblait pas figurer parmi les priorités de la délégation du gouvernement fédéral, qui a envoyé cinq ministres à Davos.


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