Le principe de précaution, l’unique voie du succès

Transformer les menaces en opportunités pour tous les Québécois.

Idées — Le destin québécois


Par Denis Gaumond,
Ni criminel du français (G. Bouchard), ni caribou déboussolé (C. Dufour)
_ Souverainiste de la première heure, ex-professeur chargé de cours, et cadre-conseil à l’UQAM
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Plusieurs débats politiques ont présentement cours au Québec. Parmi eux, l’exploitation des gaz de schiste, la venue éventuelle d’un nouveau parti politique provincialiste et la bilinguisation des élèves francophones en sixième année soulèvent les passions. La venue massive d’immigrants, plus de 55,000 en 2010 au Québec, plus d’un million en 20 ans, et la disparition aussi massive de babyboumeurs francophones dans les 20 prochaines années, plus d’un million d’individus selon les prévisions, passent au second plan.
Si le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) vient d’imposer le principe de précaution au gouvernement québécois dans l’exploitation du gaz de schiste, il faudrait en faire autant dans la gouvernance des quatre autres dossiers précédemment cités. Car, à première vue, ces dossiers ne peuvent être perçus autrement que comme de sévères menaces à la pérennité de la francophonie d’Amérique et plus précisément à celle de la seule nation francophone possédant encore son territoire et son gouvernement officiel sur ce continent.
Devant ces menaces, seule l’application du principe de précaution absolue peut renverser la vapeur et transformer ces menaces en opportunités que les nationalistes, les autonomistes, les souverainistes et les fédéralistes éclairés devraient saisir à deux mains et expliquer à pleine voix à la population québécoise, canadienne et mondiale. Dans toutes les langues s’il le faut…
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La venue possible d’un nouveau parti politique dirigé éventuellement par MM. François Legault et Charles Sirois semble de plus en plus confirmée. Bicéphale comme Québec-Solidaire, nationaliste, pour ne pas dire autonomiste comme l’ADQ, ce futur parti provincialiste, d’une droite mollassonne, s’engage dès le départ à mettre sur la glace les dossiers constitutionnels où les Québécois, souvent autant fédéralistes que souverainistes d’ailleurs, s’opposent à Ottawa. Si ce parti prend le pouvoir et se maintien en force les vingt prochaines années, c’est possible, le PQ a fait mieux, les Québécois sont en mesure de s’inquiéter et de se demander ce qu’il adviendra des dossiers à forts contenus constitutionnels en cours. Référons-nous, entre autres, au pouvoir fédéral de dépenser, au bois d’œuvre à exporter, aux énergies fossiles à remplacer, au développement durable et environnemental dominé par le Québec, aux coûts faramineux du dédoublement Québec-Ottawa, à la péréquation toujours à renégocier, à l’harmonisation des taxes de ventes à financer avec équité avec le Québec, au favoritisme des fédéraux envers l’Automobile en Ontario qui se fait toujours politiquement courtiser, à l’envahissement de Terre-Neuve/Labrador pour le pétrole d’Old Harry au détriment de la Gaspésie, pour ne nommer que ceux-là. Ces dossiers si néfastes pour le Québec, statu quo oblige, seront délaissés comme l’annoncent ouvertement ces politiciens québécois. Ottawa aura alors désormais la voie libre de faire à sa tête sous l’œil complaisant des leaders Caquistes de la coalition pour l’avenir du Québec, incapables de faire la différence entre gouverner et gérer, confondant ainsi leurs responsabilités gouvernementales avec celles d’un gestionnaire d’une PME, aussi efficace soit-elle.
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Selon les intentions gouvernementales, d’ici cinq ans, tous les élèves francophones de sixième année devront développer un niveau respectable de bilinguisme en suivant une demi-année de formation intensive et exclusive de l’anglais langue seconde. On oppose un gain personnel légitime, le bilinguisme, à une menace certaine à l’identification collective des Québécois prisonnier d’un Canada dans les faits unilingue et fortement anglicisant. Comment alors motiver cette jeunesse à améliorer la qualité de sa langue française, tout en survalorisant l’apprentissage de l’anglais, qui devient, lui martèle-t-on, essentiel à ses succès professionnels futurs? Quelle contradiction!
Ce faisant, on la pousse encore plus vers les Cégeps et les universités anglaises. Quel aveuglement! Et quel message surtout à nos immigrants. Liés par leur serment de fidélité au Canada depuis leur arrivée, ils ne peuvent en faire autant en faveur du Québec francophone et provincialiste qui les accueille avec tant d’espoir et de générosité. Grâce à la faiblarde loi 101, le Québec fera d’une bonne partie de leurs enfants des francophones. Pas nécessairement francophiles. Souvent mêmes francophobes à cause de l’obligation de l’apprentissage forcé du français à l’école, langue en déclin déclarée elle-même en désuétude par le message politique officiel actuel. Sauf que maintenant, ces enfants pourront eux aussi s’angliciser aux frais du contribuable, rendant ainsi inopérantes les écoles passerelles devenues inutiles. Gain appréciable, diront certains!
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Le dossier immigration recèle également d’autres importants enjeux. Le nombre opportun d’immigrants à accueillir, la capacité du Québec à intégrer efficacement ces nouveaux venus, les scolarités étrangères à reconnaître, les accommodements raisonnables à consentir, l’interrogation eu égard à l’utilité réelle de ces nouveaux venus dans la construction du Québec moderne(1), les accusations gratuites de xénophobie et de racisme à supporter, etc. Selon les objectifs actuels, c’est plus d’un million d’immigrants qui seront accueillis au Québec dans les prochains 20 ans. À eux, s’ajouteront leurs enfants maintenant officiellement et légitimement assistés dans leur bilinguisation, comme tous les autres jeunes Québécois de leur groupe d’âge.
Ces Néo-Canadiens formeront donc rapidement une force politique et votante de plus en plus importante au Québec. D’autant plus que pendant cette même période, la masse des babyboumeurs, qui assurent encore une certaine force au français, déclinera brutalement. En effet, la pyramide des âges et l’espérance de vie nous indiquent, hors de tout doute, que plus d’un million d’entre eux disparaîtront dans les deux prochaines décennies.
Comme la nature a horreur du vide, ce trou sera aussitôt rempli par nos immigrants et leur descendance. Croire que la langue et la culture françaises, dans de telles conditions, pourront s’améliorer, se renforcer et attirer davantage la jeunesse québécoise est faire preuve d’une irresponsabilité sans nom que seul l’aveuglement volontaire autorise, diront plusieurs.
Pourtant, les Québécois de toutes origines, de tous les partis politiques et de toutes les langues, devraient savoir qu’il existe une solution qui leur permettrait de transformer ces menaces contre la majorité francophone en opportunités pour tous. Ils devraient appliquer, comme ils l’ont fait pour le gaz de schiste, le principe de précaution indispensable qu’imposent l’Histoire, le devoir de mémoire et le besoin de se doter d’un outil essentiel à leur participation efficace à la mondialisation dans le respect de l’identité collective majoritaire, c’est-à-dire, posséder leur propre pays.
Les francophones d’Amérique et leurs sympathisants francophiles, principalement regroupés au Québec, s’ils le désirent vraiment, doivent d’abord assurer et garantir leur protection identitaire impossible à réaliser en demeurant dans ce Canada centralisateur qui leur est de plus en plus étranger.
Cependant, dans cette mer anglophone qui les entoure, ils doivent également acquérir une maîtrise solide de la langue anglaise. Pour ce faire, la simple précaution envers eux-mêmes ne les oblige-t-elle pas à quitter leur statut de provincialistes canadiens pour se doter d’abord d’un pays souverain officiellement français et membre de toutes organisations internationales salutaires pour lui? Ainsi protégée, cette minorité d’Amérique du Nord, enfin libre et mieux outillée, sensible et protectrice de sa propre minorité anglaise pourra même exiger en toute sécurité la maîtrise d’au moins une seconde langue s’ajoutant au français, pour l’obtention d’un diplôme d’études secondaires!
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Voici donc comment transformer en opportunités quatre immenses menaces. Si les parents québécois, de toute orientation politique, désirent réellement protéger la langue et la culture françaises tout en rendant leurs enfants bilingues, qu’ils se donnent, en toute précaution, cet outil essentiel. Ainsi, tout comme de nombreux pays dans le monde, tels la Suède, le Danemark, la Finlande et la Norvège, pour ne nommer que les plus évoqués, les Québécois seront plus enclins à se doter de plusieurs langues facilitant en toute sécurité leur ouverture sur le monde et leur participation active à la mondialisation qui s’offre à eux.
Sans cette précaution de base, les menaces annoncées plus haut ne pouvant être évitées, cette vieille culture française disparaîtra d’Amérique en moins de deux générations. Et, cette insouciance collective dans le contexte actuel, au profit d’un égoïsme individuel, aura bêtement et criminellement appauvri l’humanité sur notre petite planète devenue le village global tant évoqué par le grand Canadien Marshall Macluhan(2).
Les Québécois n’ont pas à choisir entre le français et l’anglais. N’ont-ils pas plutôt à se choisir eux-mêmes pour ensuite prendre, librement, sans menace ni retenue, tout ce que la vie leur offrira d’opportunités et de possibilités, sans détruire ce qu’ils sont à la base, et surtout, dans l’espoir de ce qu’ils deviendront demain dans cette nouvelle union que la vie et l’Histoire leur proposent ?
Références:
1) Étude de Marc Termote et de Benoît Dubreuil, chez Lemeac, Mars 2011
2) McLuhan, M.(1962): The Gutenberg Galaxy. London: Routledge & Kegan Paul et McLuhan, M.(1964): Understanding Media. New York: Mentor ainsi que McLuhan, M. and Q. Fiore (1967): The Medium is the Massage. New York: Bantam - McLuhan, M. and Q. Fiore(1968): War and Peace in the Global Village. New York: Bantam


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