L’affaire Boisclair ou le syndrome d’Henri VIII

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N’est-il pas temps de définir clairement les postes qui seront réservés à des nominations partisanes ? { {{Denis Gaumond}} } - Ex-fonctionnaire et ex-professeur chargé de cours (UdeM, ENAP...)


La capacité qu’ont les premiers ministres de nommer des hauts fonctionnaires à des postes-clés qu’ils jugent importants pour eux, est un pouvoir hérité leur venant directement du pouvoir divin qu’avait le monarque, empereur, roi ou reine, de nommer ces acteurs politiques essentiels à leur pérennité. Aujourd’hui, ce pouvoir semble s’éroder de plus en plus sous les assauts des défenseurs de la démocratie. Et, cette démocratie pour sa part, se présente de plus en plus vêtue de ses habits moraux.
Vers les années 1530, incapable de ramener le pape Clément VII à la réalisation de ses intérêts, Henri VIII se sépare de son épouse légitime Catherine d’Aragon, épouse alors Anne Boleyn, se fait reconnaître comme le protecteur particulier et le chef suprême de l’Église et du clergé d’Angleterre par l’archevêque de Canterbury, William Warham. Puis, il fonde l’anglicanisme et consacre le schisme d’avec le Saint-Siège de Rome.
Avec le recul du temps, ce schisme a sorti l’Angleterre de la grande noirceur religieuse, a donné la démocratie américaine et certaines pratiques politiques dans les parlements des colonies britanniques encore présentes de nos jours dans les pays du Commonwealth. Dont celle de nommer des « alliés » fiables dans des postes politiques clés. C’est ce que l’on pourrait appeler le syndrome d’Henri VIII.

Contagion
Durant ses neuf années de pouvoir et aussi lors de son départ récent, M. Charest fut une victime des plus actives de ce syndrome. Mme Marois hérita du virus tout naturellement et nomma, par ministres interposés, Nicolas Girard à la tête de l’Agence métropolitaine de transport et, plus récemment, André Boisclair sous-ministre adjoint et délégué du Québec à New York.
Craignant à son tour d’être victime du syndrome d’Henri VIII de la part du prochain monarque que fait craindre un gouvernement minoritaire, M. Boisclair a demandé une certaine protection avant d’accepter ce poste. On lui donna alors le statut de sous-ministre lui assurant ainsi une permanence dans la haute fonction publique québécoise, afin qu’il ne se retrouvât le bec à l’eau trop rapidement, lui qui abandonnait tout pour satisfaire à cette demande de service à la nation nécessiteuse de la première ministre. Le scandale éclate !
Le PLQ, ignorant son propre passé trouble à cet égard, fait flèche de tout bois. La CAQ lave alors plus blanc que blanc. Québec solidaire étale sa jalousie structurante. Les médias, détectant ici une proie des plus facile, rivalisent de mesquinerie avec toute opposition possible et s’emparent du bébé naissant. On parle de despotisme (Henri VIII n’est pas loin ici), de privilèges indus, de favoritisme ancienne mode, de non-respect de la promesse de faire autrement, et j’en passe.
Plusieurs, mal renseignés et mal renseignant, dont Marie-France Bazzo à Télé-Québec entre autres, parlent du scandale de la double rémunération, laquelle pourtant, n’a jamais été proposée. Bref, Mme Marois, incapable d’expliquer son geste soudainement devenu illégitime plus à fond devant cette hystérie collective, et fort bien orchestrée, à la tête d’un gouvernement minoritaire sans pouvoir réel, et surtout prisonnière de promesses diverses et d’un horizon temporel « démoclèsien », recula ! Encore une fois. Évoquant cette fois-ci son écoute efficace du bon public. C’est la démocratie en marche vêtue de sa robe judéo-chrétienne, gardienne de la bonne morale, qui vient de gagner. N’est-ce pas là la plus dangereuse des démocraties ?

Victime dogmatique
Car ce public, souvent mal renseigné et croyant le contraire, facilement manipulé, auquel les médias n’apportent plus les faits objectifs, mais à qui plutôt ils enseignent quoi et comment penser, représente-t-il une démocratie réellement éclairée ?
À l’heure des médias sociaux marqués par l’absence de tout filtre valable, n’est-il pas plutôt transformé ce public vulnérable, en victime dogmatique d’une démocratie instantanée devenue « people-o-cratie » tuant toute réflexion créative réelle, changeant d’idée à chaque coup de « twitte » qu’apporte le vent ?
Tous ont reconnu la valeur de M. Boisclair, mais on lui nie le droit à la permanence et personne ne parle plus des 33 dernières nominations de même nature de M. Charest ! Ainsi, dans ce nouveau drame bien québécois, l’opposition se réserve en catimini le privilège du despote éclairé aussitôt revenu au pouvoir. N’est-il pas temps de définir clairement les postes qui seront réservés à des nominations partisanes ?
Sans doute quelques postes de confiance où la ou le nommé défend la politique du parti majoritaire au pouvoir, ne peuvent échapper à cet état de fait. Il faut bien convenir alors que cette pratique demeure nécessaire et essentielle dans certains cas. Ceci est aussi une composante fondamentale de la démocratie et une façon nouvelle de la pratiquer.
À l’Assemblée Nationale alors d’en disposer clairement, selon des critères publics reconnus, et préciser si le poste en cause sera permanent ou pas, et que finisse ce syndrome d’Henri VIII qui a de moins en moins sa place dans une démocratie en marche comme la nôtre. Et si on profitait du temps des Fêtes pour en discuter en famille…


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