Le prétendant

Corruption libérale - FIER - CDP - etc...

À Québec, plusieurs font des gorges chaudes des ambitions de Raymond Bachand, qui rêvait d'être ministre des Finances depuis longtemps, mais qui vise encore plus haut.
Le départ de Philippe Couillard a laissé un grand vide. L'ancien ministre de la Santé en imposait tellement qu'on tenait plus ou moins pour acquis qu'il succéderait un jour ou l'autre à Jean Charest. Les anciens lieutenants de Robert Bourassa lui avaient même offert leurs services, mais il en est arrivé à la conclusion que son heure était passée. La façon politiquement suicidaire dont il s'est recyclé dans le secteur privé atteste du fait qu'il a définitivement tourné la page.
Si plusieurs doutent que M. Charest sollicite un quatrième mandat, bien malin celui qui pourrait prédire aujourd'hui qui sera le prochain chef. Il n'y a actuellement personne qui ne s'impose d'emblée, ni à Québec ni à Ottawa. Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a peut-être d'authentiques racines libérales, mais il n'a pas l'étoffe d'un premier ministre.
Pour peu qu'elle se révèle durable, l'idylle entre Nathalie Normandeau et le député adéquiste François Bonnardel risque de disqualifier la vice-première ministre. Il est déjà suffisamment embêtant qu'une ministre partage sa vie avec un membre de l'opposition. Dans le cas d'une première ministre, ce serait tout simplement impensable.
Le retour en forme du ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, a réjoui tout le monde, mais son état de santé demeurera un objet de préoccupation. D'ailleurs, il est bien possible que son combat contre le cancer l'ait amené à revoir ses priorités.
Si M. Charest décide de passer à autre chose, M. Bachand peut légitimement aspirer à lui succéder. D'autant plus qu'après trois mandats libéraux de suite, la perspective d'un long séjour dans l'opposition, qui a rebuté M. Couillard, pourrait en décourager d'autres.
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Les temps sont difficiles pour un ministre des Finances et du Développement économique, mais l'économie finira bien par se relever. Encore faudrait-il que M. Bachand soit en mesure d'en profiter.
Depuis le départ de Monique Jérôme-Forget, il lui a aussi succédé comme tête de Turc de l'opposition et il n'en mène pas large. Dans le dossier des Fonds d'intervention économique régionale (FIER), François Legault semble jouer avec lui comme un chat qui fait durer le plaisir avant d'attraper la souris. Même François Bonnardel réussit à tirer son épingle du jeu.
En toute justice, on ne peut pas exiger d'un ministre qu'il connaisse le dossier de chaque entreprise qui participe à un programme, même s'il semble évident que les règles de fonctionnement des FIER comportent de sérieuses lacunes, particulièrement en ce qui concerne les conflits d'intérêts.
En revanche, à partir du moment où certains de ces dossiers se retrouvent au centre du débat public, un ministre doit s'en saisir personnellement et rapidement. On peut comprendre que les premières questions de M. Legault aient pris M. Bachand au dépourvu, mais il n'est pas normal qu'il donne l'impression d'aller d'une surprise à l'autre depuis une semaine.
«S'il y a un cas qui semble irrégulier au député de Rousseau, je vais le porter à l'attention des autorités d'Investissement Québec, et le président d'Investissement Québec prendra les sanctions s'il trouve une irrégularité. C'est comme ça que ça fonctionne», a déclaré le ministre des Finances.
Désolé, mais ça ne devrait pas fonctionner comme ça. Depuis quand un ministre s'en remet-il à l'opposition pour savoir ce qui ne va pas dans son ministère? Dès qu'il y a le moindre doute, il doit s'empresser d'aller au fond des choses.
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Au contraire, dès que l'affaire a éclaté au grand jour, M. Bachand s'est employé à embrouiller les choses. En mettant dans le même sac Claude Blanchet et les hommes d'affaires libéraux, qui détiennent tous des actions d'entreprises dans lesquelles des FIER ont investi, il cherchait sciemment à tromper la population.
Il savait très bien qu'à la différence du conjoint de Pauline Marois, MM. Pietro Perrino, Valier Boivin et Charles Sirois agissent comme administrateurs de FIER qui ont investi dans des entreprises dont ils sont eux-mêmes actionnaires.
On peut comprendre que la Fédération des chambres de commerce du Québec se porte à la défense de ses membres, comme l'a fait sa présidente, Françoise Bertrand, en accusant l'opposition de se livrer à une chasse aux sorcières.
Le devoir d'un ministre est de défendre l'intérêt public, en l'occurrence l'argent des contribuables investi dans les FIER, mais cela ne semble pas préoccuper M. Bachand. Après avoir vu la façon dont la direction d'Investissement Québec a tenté de minimiser l'affaire au départ, il devient presque risible de lui demander de faire elle-même le ménage.
Le ridicule ne tue pas, dit-on. En politique, il peut cependant causer un tort immense, surtout à un prétendant au trône. Hier, à l'Assemblée nationale, il était franchement ahurissant d'entendre le ministre des Finances défendre bec et ongles un investissement du FIER de l'Estrie dans un hôtel de luxe pour chiens et chats à Montréal.
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mdavid@ledevoir.com


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