Le PQ échoue dans sa tentative de refaire son image

La place des communautés culturelles

Crise de leadership au PQ


par Cauchy, Clairandrée
L'opération destinée à redresser l'image du Parti québécois, entachée par les démissions de Dominique Ollivier et d'Isabelle Beaulieu de l'exécutif national ainsi que par leurs critiques à propos de la place réservée à d'éventuels candidats issus de l'immigration, a fait chou blanc auprès de plusieurs membres issus des communautés culturelles.
Selon les informations obtenues par Le Devoir de diverses sources, la permanence du PQ a fait circuler la semaine dernière un projet de lettre ouverte à plusieurs membres issus de groupes ethnoculturels afin de répliquer à Mmes Ollivier et Beaulieu. Or aucun des membres sollicités du Groupe d'action politique des Québécois issus de l'immigration du PQ n'a accepté de signer cette lettre, jugeant qu'une discussion s'imposait au sein du parti quant à la place réservée aux néo-Québécois. Lundi dernier, le groupe a d'ailleurs demandé à rencontrer André Boisclair afin de discuter de cette question. La controverse risquait par ailleurs d'émerger hier lors d'une réunion de l'exécutif national portant sur le contexte politique et d'éventuelles élections.
Dans la lettre destinée à répliquer aux démissionnaires, on souligne la présence de plusieurs Québécois issus de l'immigration au sein des instances du PQ. «Toutes les instances du Parti québécois, y compris l'exécutif national, travaillent à la présence des membres issus de l'immigration et à recruter des candidats représentatifs de la diversité québécoise. [...] Jamais le Parti québécois n'a été aussi représentatif de la diversité québécoise», peut-on lire dans la lettre envoyée aux salles de rédaction la semaine dernière. Cette lettre ne comporte que cinq signatures, et aucun membre du Groupe d'action politique des Québécois issus de l'immigration ne l'a paraphée.
«C'est très ordinaire comme lettre. [...] C'est fait pour tenter de calmer le jeu. J'ai senti que cela dépassait un peu les bornes, c'était très propagandiste. Je ne pense pas que cela reflète la réalité. Il ne faut pas tenter de cacher les choses», a expliqué un des membres du comité, Éric Quillere, qui demeure néanmoins confiant que des réajustements pourront être faits avant les élections.
La responsable du groupe d'action politique, Kerlande Mibel, a pour sa part refusé de commenter publiquement cette lettre ouverte ainsi que les démarches entreprises par son comité pour rencontrer le chef du PQ.
Au Parti québécois, on nie que cette lettre émane de la permanence et que celle-ci l'ait fait circuler parmi les membres. Il s'agirait plutôt, selon le responsable des communications, Daniel Bussières, d'une «initiative de quelques membres du PQ issus de l'immigration».
«Le PQ va continuer à travailler de la même façon qu'il a travaillé ces dernières années avec les communautés culturelles. Je ne vois aucun problème à l'heure actuelle et, pour moi, l'épisode Dominique Ollivier est clos», a déclaré M. Bussières.
Cette épisode laisse néanmoins un goût amer dans la bouche de certains militants. Candidat du Bloc québécois dans Bourassa aux dernières élections fédérales, Appraham Niziblian estime que le débat a des allures de guerre de clans. Invité l'an dernier par André Boisclair à prendre contact pour discuter de son engagement au sein du PQ, il a vu ses appels demeurer sans réponse au cours des derniers mois. «On m'a dit que j'étais trop associé à Dominique Ollivier. [...] Je ne comprends pas la réaction de paranoïa», a expliqué le militant souverainiste.
Militant dans Groulx depuis neuf ans, Alexandre Gousse, d'origine haïtienne, a quant à lui renoncé à se porter candidat lorsqu'il a constaté qu'il n'aurait pas l'appui de la machine du parti. «Les gens de l'exécutif local étaient emballés, mais André Boisclair n'était pas emballé. On m'a fait comprendre qu'on voulait placer une vedette», a expliqué l'homme de 43 ans, qui a déjà travaillé comme attaché politique. En 1995, Jacques Parizeau lui avait d'ailleurs confié le mandat de convaincre des membres des communautés culturelles d'appuyer le OUI. «C'est le Bloc qui a pris le relais de ça. [...] Le non-politisé venu d'ailleurs ne se reconnaîtra pas dans les troupes du PQ», a laissé tomber M. Gousse.


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