Le NPD en congrès à Québec

17. Actualité archives 2007



Le Nouveau Parti démocratique tentera d'attirer l'attention des Québécois, cette fin de semaine: pour la première fois de son histoire, il tiendra son congrès biennal au Québec. Ils n'aiment pas trop la comparaison, mais les néo-démocrates espèrent que le rassemblement, qui regroupera quelque 1500 délégués au Centre des congrès de Québec de vendredi à dimanche, leur sera aussi bénéfique que le congrès de Montréal l'avait été pour les conservateurs, en mars 2005. Le chef du NPD, Jack Layton, croit encore que son parti prendra un jour le pouvoir. Il est toutefois conscient que la concrétisation de ce rêve ne peut passer que par une percée au Québec. PC
Et pour cela, il faut selon lui éradiquer les "mythes" qui circulent au sujet du parti, notamment celui voulant que les néo-démocrates soient des centralisateurs invétérés.
En fait, M. Layton veut jouer sur deux tableaux. Au Canada anglais, pour séduire les progressistes, il parle d'un gouvernement fédéral fort qui doit mettre au pas les provinces conservatrices. Au Québec, où il juge le gouvernement provincial suffisamment à gauche, il offre le "fédéralisme asymétrique", expression chérie par Jean Charest du temps de Paul Martin.
"Ce que nous voulons, c'est que le reste du Canada soit aussi social-démocrate que le Québec", a expliqué M. Layton en entrevue à la Presse Canadienne.
"Nous ne voulons pas laisser une grande grande marge de manoeuvre à toutes les provinces, sauf au Québec, a-t-il ajouté. C'est un fédéralisme asymétrique. Par exemple, si on laissait à toutes les provinces, avec leurs gouvernements conservateurs, la possibilité de réduire leurs impôts jusqu'au point où seul le gouvernement fédéral aurait de l'argent pour les programmes sociaux (...), c'est l'intention de M. Harper: étape par étape, minimiser la capacité (financière) du fédéral et ensuite des provinces."
Déséquilibre fiscal
Jack Layton ne croit donc pas plus qu'il ne le faut au règlement du déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces. A ses yeux, les conservateurs ont trop augmenté les dépenses militaires et trop réduit les impôts des grandes entreprises pour avoir les moyens de s'y attaquer sérieusement. Et de toute façon, il craint que certaines provinces se servent d'une hausse des transferts fédéraux pour réduire leurs impôts, au lieu d'améliorer leurs programmes sociaux.
"Nous voulons arrêter la privatisation des services publics", martèle l'ancien conseiller municipal de Toronto.
Pour l'instant, c'est la force du Bloc qui éteint toutes les aspirations des néo-démocrates au Québec, ce qui explique pourquoi M. Layton a décidé de faire du parti souverainiste un adversaire en bonne et due forme.
"Le Bloc est en train de bloquer les progrès de la social-démocratie ailleurs au Canada, a-t-il accusé. J'imagine que les Québécois progressistes, y compris les électeurs du Bloc et les souverainistes, préféreraient en bout de ligne que les politiques social-démocrates soient de plus en plus fortes à l'extérieur du Québec."
Jack Layton tient à préciser que contrairement au Bloc, qui a appuyé le premier budget de Stephen Harper, "nous, nous attaquons vraiment les conservateurs".
Pas d'alliance avec les verts
Alors que les verts viennent de se choisir une nouvelle chef plus médiatique, Elizabeth May, M. Layton rejette du revers de la main l'idée de partager avec le parti environnemental une équipe de candidats aux prochaines élections, afin de maximiser les chances des deux formations.
Le chef néo-démocrate préfère convaincre les verts de voter pour son parti, ne serait-ce qu'à courte échéance.
"Ce que j'invite les verts à faire, c'est d'appuyer le NPD, parce que nous avons la possibilité, dans le contexte actuel, de vraiment changer les choses en faisant adopter le système (électoral) de représentation proportionnelle, a-t-il expliqué. Quand on aura atteint cet objectif, on aura la possibilité d'avoir des députés verts au Parlement."
Plusieurs des 650 résolutions rédigées en vue du congrès de Québec sont à l'extrême-gauche de l'échiquier politique canadien. Malgré tout, Jack Layton ne sent pas le besoin de recentrer son parti, comme M. Harper l'a fait en 2005, pour espérer prendre le pouvoir.
"Où est le centre ?" demande-t-il laconiquement, en se riant des libéraux et des verts qui se sont dits sociaux-démocrates, ces derniers mois.
"C'est un problème que Stephen Harper doit considérer soigneusement. Tout le monde commence à dire: "voilà, on a un vrai parti social-démocrate et comme nous sommes en majorité au Canada, on doit choisir ce parti-là'", a lancé M. Layton, le sourire aux lèvres.
Certes, on est encore loin d'une majorité de néo-démocrates au Québec, mais le chef continue de croire en l'élection d'un premier député du NPD dans la province aux élections générales. Le seul député québécois du parti a été Phil Edmonston, élu en 1990 à la faveur d'une élection complémentaire.
Jack Layton rappelle qu'aux élections de janvier, le NPD a recueilli près de 300 000 voix au Québec, contre quelque 60 000 en 2000.
"300 000 votes, c'est plus que ce que nous recevons au Manitoba et en Saskatchewan (deux bastions néo-démocrates) ensemble, a-t-il noté. C'est intéressant. Le Québec est la province qui nous donne le troisième plus grand nombre de votes dans tout le Canada. On peut dire qu'il y a des personnes qui ont certaines attitudes face au NPD, mais je pense que ces attitudes sont en train de changer."
Sur le plan des militants, la situation demeure toutefois difficile: le Québec ne compte que 3000 des 100 000 membres du partis. De plus, les tentatives de rapprochement entre le NPD et les porte-parole de Québec solidaire, Françoise David et Amir Khadir, n'ont pas porté fruit.
Le chef fera l'objet d'un vote de confiance dimanche matin. Jack Layton assure qu'il ne s'est pas fixé d'objectif minimum à atteindre.


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