Table ronde pour un seul CHU à Montréal

Le milieu va-t-il s’organiser?

Deux mégas CHUS à Montréal... serions-nous assez malades pour ça?

CHUM



Compte-rendu de la table ronde des Jeudis de la langue du MMF tenue le 25 septembre 2008 à la maison Ludger-Duvernay rue Sherbrooke à Montréal sous le thème : Deux mégas CHUS à Montréal... serions-nous assez malades pour ça? À lire absolument!
La table ronde portait sur la situation actuelle dans le dossier entourant les mégas centres hospitaliers universitaires à Montréal, sur leurs enjeux à la fois linguistiques et nationaux, sur ce que le Québec des régions en pense et sur ce qu’il faut maintenant faire pour que les Québécois se fassent entendre.
Les intervenants à cette soirée riche en information : Amir Khadir de Québec solidaire, René Boulanger et Patrick Bourgeois du Journal Le Québécois, Paul Cliche représentant la Coalition des régions, Mario Beaulieu du Mouvement Montréal français, Robert Laplante de l’Action nationale, Patrick Sabourin et Frédéric Lacroix, auteurs de plusieurs recherches sur le financement des mégas-hôpitaux universitaires.
Voici un compte-rendu le plus fidèle possible des principales idées émises par les intervenants au débat ainsi que de la cinquantaine de personnes présentes.
Volet linguistique
Le projet de deux mégas CHUS renforce la ségrégation linguistique à Montréal.
Ce combat est majeur pour le Québec français. Si on perd celui-là, ça va aller mal. Si on laisse faire ça, on n’a pas de fierté.
Le projet du Mc Gill University Health Center (MUHC) est très important pour développer le volet haute technologie en santé à McGill et attirer et retenir des experts ou futurs experts qui pourront vivre à Notre-Dame de Grâce en anglais en toute quiétude.
Ce projet est très important pour assurer les privilèges « rhodésiens » de la communauté anglophone de Montréal.
On peut accepter que le réseau des institutions anglophones québécoises ait des droits comme minorité historique, mais on ne peut pas accepter qu’il se développe et progresse de façon disproportionnée.
33% des lits d’hôpitaux de Montréal sont dans des hôpitaux anglophones alors que les anglophones ne forment que de 17,5% de la population. Il y a plusieurs années, le gouvernement a accordé par voie législative des services de santé et de services sociaux accrus aux anglophones. Le groupe de pression Alliance Quebec et son successeur Quebec Community Groups Network ont constamment fait du lobbying pour avoir plus de services bilingues dans les institutions de santé et de services sociaux de sorte que la demande d’exigence de la connaissance de l’anglais est très généralisée dans les affichages de postes. Or des francophones ne réussissent pas à avoir un rapport de leur condition médicale en français de certains hôpitaux anglophones de Montréal.
L’usage de la langue française à Montréal perd dangereusement du terrain.
Volet politique
Le plus gros cégep du Québec est anglophone. Est-ce normal?
Les institutions anglophones qui prospèrent à Montréal (santé, services sociaux, éducation supérieure) servent à créer artificiellement une majorité anglophone. Après 1976, plusieurs milliers d’anglophones ont quitté le Québec, remplacés par plusieurs nouveaux Québécois qui se sont intégrés aux anglophones. La même stratégie fédéraliste est utilisée en Outaouais. Alors que les nationalistes ont réussi à faire élire deux députés péquistes en 1976, cet exploit serait impossible aujourd’hui avec l’emprise institutionnelle du fédéral sur l’Outaouais.
Autre exemple symbolique de la prise de contrôle grandissant des institutions anglophones à Montréal : l’achat par l’Université Concordia des terrains d’une communauté religieuse.
La principale raison pour laquelle les politiciens ne veulent pas toucher à cette aberration qu’est le projet de deux mégas centres hospitaliers universitaires (CHUS), c’est que ça amorcerait la résolution de l’impasse constitutionnelle québécoise et ils n’en ont pas le courage.
Pourquoi le PQ laisse-t-il faire cette injustice? Aurait-il peur de la bourgeoisie anglo-montréalaise et de l’impact d’un tel dossier dans les médias anglophones?
En politique, il y a des intérêts et des groupes de pression. Il y a aussi les cartes de membre et le chéquier sur lequel on peut agir.
Quand on consulte les documents officiels sur le financement des partis politiques, on constate que les dirigeants des institutions anglophones québécoises financent grassement le Parti libéral du Québec et que tout ce beau monde forme une belle confrérie fédéraliste formée surtout de conservateurs et de libéraux tant d’Ottawa que de Québec.
Volet financier et économique
L’Agence des PPP dont le président est Claude Garcia, garantit des profits aux consortiums impliqués dans les projets de PPP.
Pourquoi bâtir en PPP? Parce que les édifices ainsi construits vont appartenir au privé, une autre façon de privatiser les réseaux publics.
Le site de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), recense les expériences de construction d’hôpitaux réalisées en PPP à travers le monde et constate que les budgets sont généralement respectés, mais au prix de rogner sur la qualité. Ce fait, seulement, doit nous inquiéter.
Ce projet et le bourgeonnement de cliniques privées spécialisées consacrent la loi du marché et profitera même à Michel Clair qui est maintenant dans le « business » de la santé, après avoir présidé une des nombreuses commissions publiques sur l’avenir des services de santé et de services sociaux au Québec.
Notez que la rénovation de bâtiments n’intéresse pas les PPP. On veut du neuf.
Observez comment le financement pour le Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) a cessé depuis que le site d’Outremont a été écarté. À Outremont, on parlait d’une technopole, une occasion en or pour développer le privé et faire beaucoup d’argent avec la maladie des gens.
Le grand capital a fait ses choix : c’est Mc Gill plutôt que l’Université de Montréal. Les coffres des fondations des institutions anglophones sont pleins alors que ceux du côté francophone sont presque vides.
Le pouvoir des fondations réside dans le fait que, contrairement aux élus, on ne peut pas congédier ses dirigeants. Les fondations contribuent à privatiser les services publics en mettant leurs décisions à l’abri de la loupe des citoyens et de leurs élus.
Volet médical
Une des conséquences graves de ce cafouillis est la menace de départ récente d’un des éminents spécialistes du CHUM.
Afin d’éliminer les dédoublements, l’ex-ministre Couillard a tenté sans succès de faire fonctionner en complémentarité le Montreal Children Hospital et l’Hôpital Sainte-Justine. Il a même menacé de couper le financement, mais les deux entités continuent d’œuvrer en parallèle.
Pourquoi pas une faculté de médecine à l’UQAM plutôt qu’un autre CHUM anglophone?
Pourquoi le CHUM ne serait pas en compétition avec Harvard plutôt qu’avec Mc Gill?
Étant donné que les leaders politiques se sont écrasés, les gens du milieu médical et de la recherche ne sont pas vraiment libres de parler, puisque le premier qui le fait se fera couper les vivres.
Un seul mégahôpital dans une même structure, c’était de loin supérieur pour attirer des chercheurs de renom, de l’expertise médicale.
Les médecins du CHUM sont très mécontents entre autres parce qu’on a réduit le projet à 700 lits et qu’on a un urgent besoin de lits en centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) pour libérer les lits d’hôpitaux.
La Fédération des médecins spécialistes fait un certain chantage avec le gouvernement sur la question du site du CHUM.
La presque totalité des médecins qui quittent le Québec sont formés à Mc Gill. Il faudrait peut-être leur demander de rembourser le coût de leurs études assumées par le trésor québécois.
Volet besoin de la population
Ce projet de deux CHUS n’a aucun rapport avec les besoins de la population.
Cet investissement de milliards de dollars de fonds publics qu’on dédouble à Montréal va inévitablement appauvrir encore davantage les services de santé et de services sociaux en région.
Pendant qu’on dilapide des fonds publics à Montréal avec deux mégas-hôpitaux, des drames humains se jouent en région. En voici quatre exemples : les femmes enceintes de Sainte-Anne-des-Monts doivent faire une heure de route pour aller accoucher à Matane. Un patient doit aller à Montréal pour une opération à la gorge. Ses proches ne peuvent pas quitter le travail pour le visiter avec une journée de trajet en autobus. Un couple de personnes âgées de la Côte-Nord dont le monsieur nécessite des soins spécialisés des yeux est obligé de quitter son coin de pays pour s’établir à Québec pour avoir accès au spécialiste.
Ces deux mégas projets consacreront des milliards de dollars dans le béton et les services administratifs, milliards qui seraient tellement nécessaires pour les services directs à la population des régions et de Montréal dont celle de l’est de Montréal.
Si on explique la situation en région, on pourrait marquer des points.
La Coalition des régions va faire de ce dossier un de ses dossiers prioritaires.
Il faut un mouvement populaire pour faire renverser la vapeur.
Il n’est pas trop tard pour se mobiliser afin de contrer cette catastrophe, même si 300 millions $ ont déjà été engouffrés dans cette malheureuse aventure.
Il n’est pas trop tard pour reculer quand ça fait appel à la sagesse.
Si nous ne faisons pas cette lutte, nous allons nous déshonorer.
Il faut utiliser nos moyens de communication, bien informer les gens, faire une tournée des régions.
N’oublions pas que pour le Suroît, on disait que c’était trop tard.
Cette offensive est plus considérable que le projet de la Loi 101. On touche aux institutions du Canada anglais.
Notre stratégie devrait mettre l’emphase sur le volet économique et de service à la population plutôt que linguistique pour ne pas prêter flanc aux critiques.
Il faudra une coalition prenant en charge le volet financier et économique, une autre le volet médical, le MMF prendrait en charge le volet linguistique et il ne faudra pas oublier d’aller chercher l’appui des syndicats.
Volets multiples
C’est une injustice que 50% des fonds soient consacrés au projet du MUHC alors que la minorité anglophone historique ne compte que 17% de la population de l’île de Montréal et 12% de la population de la région de Montréal.
Le MUHC est le quatrième plus gros employeur de Montréal, plus gros que le CHUM.
De nombreux diplômés, formés avec les impôts des Québécois, quittent le Québec pour pratiquer ailleurs et l’Université Concordia réalise des projets majeurs d’agrandissement, pendant que l’UQAM croule sous les dettes.
On sait que la Loi 101 adoptée en 1977 visait à faire du français la seule langue officielle, commune, publique et de travail du Québec. Or la conséquence logique et juste aurait dû être que le gouvernement du Québec reconfigure, réaménage les institutions publiques pour tenir compte de la réalité majorité francophone, minorité anglophone, ce qui malheureusement n’a pas été fait avec les conséquences qu’on connaît. L’élite politique s’est plutôt contentée de concentrer son action sur la francisation des enfants à l’école. Au contraire de la reconfiguration des institutions, une nouvelle législation a accru démesurément les services bilingues dans les institutions de santé et de services sociaux.
Le développement démesuré des institutions anglophones à Montréal crée de fait une fausse double majorité : anglophone et francophone. Pour assurer leur développement, les institutions anglophones revendiquent aussi une partie de la clientèle francophone.
L’Université Mc Gill se targue de jouer la super université qui tisse des liens au-delà des frontières, partout dans le monde, mais ne sent pas le besoin d’en tisser avec son université sœur, l’Université de Montréal. Le réseau universitaire Mc Gill développe même un volet « national québécois » qui dessert 25% du territoire québécois.
Ce projet des deux mégas-hôpitaux est une aberration économique pour les régions. C’est aussi une aberration médicale puisqu’avec le vieillissement de la population, les Québécois âgés des régions auront besoin de plus de services de maintien à domicile et de centres d’hébergement pour personnes âgées plutôt que des services super spécialisés distincts anglophones et francophones concentrés à Montréal.
M. Jean Dorion, lors de son allocution comme président de la SSJB à l’Hôtel de Ville le 24 juin dernier a dénoncé de façon non partisane tous les partis politiques à l’Assemblée nationale pour la détérioration générale du français, notamment au travail, l’anglicisation des immigrants et aussi pour le projet des deux mégas-hôpitaux.
Il semble se dessiner dans le monde des grandes institutions du réseau québécois, le développement en compétition du pôle anglophone représenté par Mc Gill et du pôle francophone représenté par l’Université Laval sans se préoccuper du pôle médical francophone de Montréal.
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Georges le Gal, Mouvement Montréal français, 2 octobre 2008


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