Le dernier-né des délires de la droite canadienne

Attachez votre turban avec de la broche, après Adolf Bouchard, voici Oussama ben Boisclair

Politique étrangère et Militarisation du Canada



Ainsi si Céline est antisémite pis qu'icitte on est franco,
_ Ipso facto, on se mérite le titre d'ostie de fachos.
_ Tout ça m'irrite,
_ surtout qu'on oublie vite qu'en Ontario,
_ Les plages un jour furent interdites aux juifs,
_ aux chiens pis aux négros.
_ Dans l'ordre pis texto
_ -- Loco Locass, La Censure pour l'échafaud
Lorsqu'ils perçoivent les spécificités culturelles québécoises (qui nous distinguent par-delà tout statut politique), les Canadiens les considèrent au mieux comme de gentilles curiosités qui égaient la fédération, au pire comme d'immondes anomalies à laminer. Le conflit au Liban révèle un exemple des abyssales différences entre Canadiens et Québécois. Selon les sondages, nous serions ici plus nombreux que dans le ROC à trouver que le gouvernement d'Israël exagère en bombardant des civils libanais pour éradiquer une organisation terroriste.
Cet écart de perception a fourni à la journaliste du National Post Barbara Kay l'occasion de tartiner son fiel sur le dos des Québécois. Dans un article intitulé [«The rise of Quebecistan»,->1510] elle reproche aux chefs souverainistes Duceppe et Boisclair d'avoir participé à une marche pour la paix qui a rassemblé 15 000 personnes à Montréal le 6 août dernier. Puisqu'on y a aperçu quelques drapeaux du Hezbollah, elle déduit que cette manifestation était anti-israélienne et proterroriste.
En fait, pour la correspondante du Post, le réel est très simple : tous ceux qui n'appuient pas inconditionnellement les actions du gouvernement israélien sont antisémites et proterroristes. Et Mme Kay de conclure avec un sombre trémolo dans le clavier : «Would an independent Quebec be a friend to terrorists ?»
Discréditer l'indépendance
Les fédérés ne savent plus comment discréditer l'indépendance aux yeux des Québécois. La dernière flèche de leur carquois est aussi pathétique que minable : associer l'élite souverainiste aux idées les plus ignobles. Dans les journaux canadiens, le gène maléfique des souverainistes mute selon les époques. En 1976, Lévesque et sa bande étaient communistes. En 1995, Bouchard était un nazi. Onze ans plus tard, Duceppe et Boisclair soutiennent les terroristes.
L'ennemi évolue, mais c'est toujours la même logique d'épouvantail extrémiste. Mené par de tels chefs, que serait un Québec indépendant sinon un nouveau terreau à terroristes en terre d'Amérique ?
J'exagère ? L'original est encore mieux. «Think about what this would mean if Quebec ever were to become independent, and detached from the leadership of politicians who know the difference between a democracy and a gang of fanatical exterminationists.»
On se croirait dans Bon cop, bad cop, tellement la caricature est grossière.
Heureusement, les lumières canadiennes révèlent au grand jour l'émergence de ce sombre Quebecistan : «Complacent Canadians think it can't happen here. It won't if our political class takes its cue from the principled Stephen Harper rather than the shameless Quebec politicians who led that pro-terrorist rally.» Saint Stephen, délivrez-nous de nos démons !
Ce pourrait être drôle si Mme Kay était une illuminée engagée par un mensuel évangéliste albertain. Mais elle travaille pour un quotidien national, dont l'éditeur a défendu les propos en affirmant que le Québec avait une longue histoire antisémite. Parce qu'elles sont partagées plus ou moins tacitement par de nombreux Canadiens, les élucubrations de Kay (aussi farfelues soient-elles) méritent qu'on y réponde sérieusement.
La paix d'abord
Rappelons que la marche à laquelle ont participé Duceppe et Boisclair était en faveur de la paix au Moyen-Orient. Elle rassemblait des personnes de toutes allégeances : des Québécois juifs, des Québécois dits de souche, des Québécois arabes, des souverainistes et des fédéralistes (à moins que Denis Coderre n'ait viré son capot au cours de l'été).
Même s'ils ont été hués par une certaine partie de la foule, Duceppe et Boisclair ont clairement (et avec raison) rappelé le droit d'Israël à se défendre. À ma connaissance, aucun discours de ces deux hommes ne contient la moindre parcelle d'antisémitisme ou de racisme, et ce, tout simplement parce que les chefs souverainistes sont à l'image de l'immense majorité des Québécois : ouverts, pacifistes et respectueux des différences.
C'est tout de même curieux que la droite canadienne perçoive les Québécois comme des sympathisants islamistes radicaux alors qu'elle dénonce leur manque de tolérance religieuse au sujet du kirpan à l'école. Quoi qu'il en soit, il semble que les Québécois traînent le boulet d'un lourd passé antisémite, qui expliquerait notre sympathie envers les Arabes. Cela nous a tellement été répété qu'on a fini par le croire.
Dans une lettre ouverte au quotidien Le Devoir, [l'historien Michel Gaudette->1410] imputait ce prétendu antisémitisme aux relents de catholicisme qui subsisterait dans notre inconscient collectif. Cela me semble un peu court. C'est oublier que les croisés catholiques ont aussi massacré des Arabes au nom de leur foi. Au Québec comme ailleurs, la religion catholique a souvent été intolérante envers l'autre.
Affaire de langue
Je ne suis pas historien, ni politologue, mais Montréalais depuis presque dix ans. C'est à ce titre que je vais tenter une hypothèse pour expliquer en partie les nuances qui distinguent les Québécois des autres Nord-Américains dans leur interprétation du contentieux arabo-israélien.
Au Québec, l'indigestion religieuse des années soixante nous a rendus allergiques à toute forme de foi dans la sphère publique, qu'elle soit catholique, juive ou musulmane. Je postule donc que ce n'est pas la religion qui influence nos positions mais la langue. À Montréal, tout le monde connaît au moins un Arabe. Que ce soit au restaurant, dans un taxi ou à l'épicerie, on peut discuter avec eux parce qu'ils parlent français. Et de quoi croyez-vous qu'on parle ces temps-ci ? Je ne dis pas qu'on nous lave le cerveau mais que nous sommes exposés à une autre vision.
La communauté juive a fait le choix de la discrétion et de l'anglophilie (hormis les Séfarades, qui sont francophones). C'est son droit le plus strict. Mais elle ne doit pas s'étonner que les Québécois comprennent mieux le point de vue des Arabes francophones. Pour exposer ses positions, la communauté juive doit faire un effort pour apparaître en français aux Québécois. Après tout, elle le réussit très bien en anglais avec les Canadiens.
Et puis, une fois pour toutes, ce n'est pas parce que les Québécois se montrent sensibles aux malheurs des civils libanais qu'ils sont antisémites. Ce n'est pas malsain de critiquer un gouvernement qui perd tout sens de la mesure, c'est un devoir. Un devoir qui incombait notamment au Canada du temps de Pearson et de Trudeau. Un devoir qui échoit maintenant au Québec, minuscule -- et désormais unique -- contrepoids à l'hégémonie de la pensée anglo-saxonne en Amérique.
Madame Kay, vous prétendez redouter l'émergence d'une république totalitaire et obscurantiste au Québec. N'ayez crainte, la nuance se porte très bien ici. Par contre, à votre place, je m'inquiéterais davantage de la vassalité inconditionnelle du Canada à l'Empire états-unien. C'est que le bigot W n'est pas réputé pour la subtilité de sa gouvernance.
Un conseil en terminant. Vous cherchez des terroristes ? Commencez donc par nettoyer votre cour. Aux dernières nouvelles, c'est à Toronto que se terrait la terreur.
Biz
_ Membre du groupe Loco Locass


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