Le dénigrement a ses limites !

Lettre au chef du Bloc québécois

Harper - obsession et raideur

Dans une [lettre publiée le 25 octobre->9837] dans certains quotidiens québécois, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, poursuit sa campagne de dénigrement contre l'accord entre les gouvernements du Canada et du Québec relatif à l'UNESCO. Ce qui est nouveau, c'est que M. Duceppe choisit désormais de prendre des libertés consternantes avec les écrits et les faits.
Son affirmation selon laquelle le Québec doit se taire à l'UNESCO en cas de désaccord est contredite par le texte même de l'accord, dont l'article 2.3 se lit comme suit: «Lors de ces travaux, réunions et conférences [à l'UNESCO], tout représentant du gouvernement du Québec aura droit d'intervenir pour compléter la position canadienne et faire valoir la voix du Québec.» Contrairement à ce que soutient M. Duceppe, compléter la position canadienne ne comporte ni l'interdiction de la nuancer ni la renonciation à faire valoir la voix du Québec, un droit -- et non un privilège -- que consacre bel et bien cet accord.
Tous comprendront que nous privilégions, de part et d'autre, la concertation et qu'il est dans l'intérêt bien compris du Québec et du Canada de ne pas arriver en ordre dispersé à l'UNESCO. Le Québec demeure cependant libre d'exprimer sa position dans toutes les instances de cette organisation, ce dont il ne se prive pas lors de la conférence générale qui se déroule actuellement à Paris. En effet, il y prend la parole en matière d'éducation et de sciences, comme il l'a d'ailleurs fait lors de la première conférence des parties à la Convention sur la protection et la diversité des expressions culturelles, en juin 2007.
Lorsqu'il ne plane pas au-dessus des écrits, le chef du Bloc québécois choisit de les tourner en dérision. Ainsi en va-t-il de son propos au sujet de l'obligation canadienne de justifier par écrit un éventuel désaccord avec le Québec. Je me permets d'attirer son attention sur le précédent que crée cette disposition. Non seulement elle oblige le Canada à se justifier auprès du Québec, elle lui transfère aussi le fardeau de la preuve en même temps que le poids politique d'un éventuel désaccord.
M. Duceppe approfondit sa relation ambigüe avec la réalité lorsqu'il tente de récrire l'histoire en accusant notre gouvernement d'avoir enregistré un recul en acceptant de faire partie de la délégation canadienne à l'UNESCO. Dès 1969, le Québec avait accepté d'assister, au sein d'une délégation canadienne, à une conférence internationale portant sur une de ses compétences exclusives, en l'occurrence l'éducation. Les gouvernements du Québec qui se sont succédé depuis ont tous observé la même pratique. L'accord sur l'UNESCO va plus loin en permettant aux représentants du Québec d'intervenir comme tel.
Certes, le Québec détient un statut de gouvernement participant au sein de l'Organisation internationale de la Francophonie, mais l'UNESCO et l'OIF sont deux choses bien différentes. Tenter de les confondre ou même de les assimiler, comme le fait M. Duceppe, témoigne d'une grande méconnaissance des organisations internationales. La première fait partie du système des Nations unies et a été créée en 1946, bien avant que le Québec ne soit présent de façon systématique sur la scène internationale; la seconde constitue une organisation regroupant les États et les gouvernements ayant le français en partage, et le Québec a eu l'occasion de participer à sa fondation, en 1970.
L'accord que M. Duceppe dénonce est une réalisation d'envergure. Cet accord est le premier à associer officiellement et de façon permanente le Québec aux travaux d'une organisation des Nations Unies. Il consacre pour la première fois la reconnaissance, par le gouvernement fédéral, du rôle particulier du Québec sur la scène internationale. À cette reconnaissance s'est ajoutée celle du Québec comme nation, ce qui confirme définitivement sa légitimité sur le plan international. Il est désolant de voir M. Duceppe tenter de créer des conflits de toute pièce et saper avec une telle insistance une avancée qui va dans le sens que les gouvernements du Québec ont toujours souhaité. Nier une telle évidence rompt au surplus avec une tradition bien établie, celle de transcender les intérêts partisans lorsqu'il s'agit de l'action internationale du Québec. Cet accord est un gain historique d'une importance telle qu'on comprend pourquoi il dérange autant ceux qui croient détenir le monopole de la défense des intérêts du Québec.
Comme Québécois, pouvons-nous enfin nous réjouir de cet accord historique et en être fiers?
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Monique Gagnon-Tremblay, Ministre des Relations internationales et ministre responsable de la Francophonie
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