Le gouvernement caméléon

Harper - obsession et raideur


Le premier ministre Stephen Harper n'a pas perdu de temps pour s'atteler à ses devoirs de vacances. Il a profité de la fin de la session parlementaire vendredi pour jeter du lest dans le dossier de l'Afghanistan. Son gouvernement ne prolongera pas la mission militaire actuelle en l'absence d'un consensus en ce sens à la Chambre des communes.
En clair, cela signifie que le Canada ne restera pas sur la ligne de front au-delà de l'échéance actuelle de février 2009. La déclaration de M. Harper constitue un revirement par rapport au langage qu'il avait employé sur la question jusqu'à tout récemment et une reconnaissance tardive de la réalité canadienne.
Il se pourrait qu'elle soit suivie plus tard cet été d'une annonce dans le même sens des Pays-Bas. De passage à Ottawa il y a quelques semaines, le premier ministre Jan Peter Balkenende, dont les troupes sont aux côtés du Canada dans le sud de l'Afghanistan, avait essuyé un feu nourri de questions des journalistes qui l'accompagnaient sur le même sujet. L'impuissance de l'OTAN à assurer une rotation digne de ce nom dans la région est à la clé de difficultés politiques dans les deux pays.
L'annonce de M. Harper précède de peu le départ d'un contingent de Valcartier vers le front afghan. Plusieurs y verront un geste susceptible de préserver les appuis conservateurs au Québec. Mais si les Québécois forment le groupe qui souhaite le plus ardemment la fin de la mission, l'idée de la prolonger sous sa forme actuelle se heurte également à un mur de plus en plus élevé dans l'opinion publique canadienne.
Plus tôt ce printemps, la reprise des hostilités en Afghanistan, ponctuée d'abord par la mort de plusieurs soldats et par la suite par la controverse entourant le traitement des détenus remis par les troupes canadiennes aux autorités locales, avait coïncidé avec le début d'un tassement des appuis conservateurs dans les sondages.
Aujourd'hui, le premier ministre n'est pas autant à la recherche d'un consensus que déterminé à ramener son gouvernement dans le giron de la mouvance principale de l'opinion publique. Ce n'est pas la première correction de tir de ce gouvernement et ce ne sera pas la dernière.
On a assisté au cours de la dernière année à une manoeuvre du même ordre sur le front de l'environnement et, avant cela, sur celui de la reconnaissance du statut national des Québécois. En mars, le gouvernement Harper a accouché d'un budget que plusieurs ont qualifié de libéral pour son caractère dépensier. Il a changé de cap sur la péréquation et sur les fiducies de revenue.
Cela fait dire aux critiques du gouvernement - et c'est de bonne guerre - qu'il change de couleur selon l'air du temps. Mais en cela, le régime de Stephen Harper n'a rien d'unique. Par définition, son statut minoritaire l'oblige à mettre et à remettre de l'eau dans son vin. Mais même dans les parlements majoritaires, la teneur de l'opposition teinte souvent davantage les politiques du gouvernement que son idéologie.
Pierre Trudeau s'est inspiré du NPD pour ses politiques sociales. Jusqu'à ce que Brian Mulroney s'en approprie, le libre-échange était un concept libéral. Sans l'influence des réformistes, Jean Chrétien n'aurait pas nécessairement eu la même ardeur pour l'équilibre fiscal ou les baisses d'impôt ni pour la loi sur la clarté référendaire.
Au pouvoir, les libéraux ont maintenu l'ALENA et la TPS, deux réalisations conservatrices contre lesquelles ils avaient fait campagne avec virulence dans l'opposition. Après le référendum, ils auraient voulu enchâsser le caractère distinct du Québec dans la Constitution, auparavant dénoncé par tant d'entre eux.
D'ici aux prochaines élections, le gouvernement Harper va continuer d'être en perpétuelle réingénierie. Il a dépassé la durée de vie moyenne d'un régime minoritaire au Canada. À son arrivée au pouvoir, le premier ministre avait privilégié des projets à court terme, destinés à lui donner un bilan pour faire campagne à brève échéance. Cela ne se produira pas. Il est même plausible que le gouvernement se rende au terme d'un mandat normal de quatre ans.
Cela signifie que le gouvernement dispose de l'été pour se donner un second souffle. Mais en un an et demi, les conservateurs sont arrivés au bout de leur logique initiale en matière de déséquilibre fiscal, de relations fédérales-provinciales, de lutte contre les changements climatiques, de réforme des institutions, d'intervention en Afghanistan et de communications avec les médias.
Le gouvernement est également arrivé au bout de sa logique stratégique. Jusqu'à présent, Stephen Harper s'est acharné à démontrer la supériorité de son parti par rapport aux libéraux de Stéphane Dion. C'est une mission partiellement accomplie puisque, malgré les difficultés du gouvernement, le PLC fait du surplace dans les intentions de vote.
Les Canadiens voient davantage M. Harper que son adversaire libéral dans le rôle de premier ministre. Mais leurs réserves quant au bien-fondé de lui accorder une majorité sont intactes, ce qui donne un sens supplémentaire à la décision de plusieurs de continuer d'appuyer des tiers partis comme le Bloc québécois. La levée de cette hypothèque passe notamment par un arrondissement supplémentaire des coins des politiques les moins bien reçues du gouvernement.
Les électeurs des bastions bloquistes de Roberval et Saint-Hyacinthe-Bagot seront bientôt parmi les cobayes de la plus récente phase de la métamorphose du premier ministre. À défaut d'un scrutin général, c'est une série d'élections complémentaires fédérales au Québec et en Ontario qui attendent le Canada au tournant des grandes vacances. D'ici là, bon été !
chebert@thestar.ca
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.


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